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Actualité 2015

 ADDITION D’ADDICTIONS

Je réagis à la lecture d’un article du courrier international (n°1261, du 1er au 7 janvier 2015, p26 à 30 : « Ma vie offline » de David Roberts ).

Pour résumé, il y est question de ce qui serait une nouvelle maladie mentale; à savoir la dépendance aux outils numériques, notamment l’usage des sites internets : blogs et autres réseaux sociaux.
Dans cet article il s’agit particulièrement de l’histoire d’un journaliste travaillant avec l’outil internet: publiant tweet et alimentant son blog de chroniques journalistiques…
L’auteur explique comment il est devenu addict à l’utilisation de ces outils, y passant la majeure partie de son temps : du réveil au coucher. Il rapporte une anecdote où il pose cette question à son fils: « Tu sais ce que je fais comme métier ? », et son fils de répondre : « Tout ce que tu fais, c’est rester assis devant ton ordinateur… »

 Il s’agit là d’une histoire particulière. C’est précisément ce particulier qui nous permet d’avancer que ce dont parle cet auteur est davantage qu’une simple addiction. Il s’agit de son histoire, construite sur sa vie réelle.

La solution au problème qui s’est ainsi révélé à lui –notamment par la remarque de son fils– a été, pour ce journaliste (David Roberts), de  le considérer comme une addiction puis de tenter de la guérir comme telle : notamment par un certain sevrage et des méthodes de méditations.

La question qui s’est posée à moi, à l’issue de cette lecture, était de savoir comment un psychanalyste pourrait répondre au mieux de son regard sur une telle histoire.

Ma réponse consistera justement à valoriser l’histoire dans le discours de celui qui s’est découvert porteur d’un trouble. M. Roberts s’est retrouvé troublé de ce qu’il était devenu et de ce qu’il n’aurait alors plus été…

Dans chacune des cinq analyses que FREUD1 a restituées par écrit, il est surtout question du contenu du récit des porteurs de troubles dont il a été fait cas, et de l’interprétation qu’il en propose. Ce sont des regards portés sur des vécus singuliers. Ce qui me semble compter comme évidence pour la psychanalyse est l’incidence de ces différents regards potentiels –comme quantité infinie d’interprétations possibles – sur le vécu de ceux qui en sont sujets.
Au-delà de toutes logiques physiques, neuronales, comportementales ou autres, trône, pour le sujet parlant, la possibilité des discours.

C’est le langage qui mène un sujet humain –par définition : habité par ce langage– à commettre davantage qu’une vie physique marquée par la satisfaction de besoins entre la naissance et la mort. Un des travaux essentiels dans la théorie freudienne insiste sur cet au-delà du principe de plaisir2, qui appelle chacun d’entre nous à reconnaître d’autres forces que celles qui poussent à conserver la vie ou à y trouver un maximum de plaisir.
Il s’agit notamment de ce qui pousse à la répétition.

C’est bien de cela dont se plaint celui qui dit souffrir de ce qu’il fait. Dans l’article auquel je fais référence, M. Roberts se plaint de ne pouvoir s’empêcher de passer son temps devant un écran d’ordinateur, reconnaissant tout ce que cela l’empêcherait de faire par ailleurs : notamment de passer du temps avec ses proches, avec des relations de paroles et des rencontres dans un monde physiques ; avec son corps.

Ce qui caractérise le sujet humain, disais-je, est ce langage. Et ce langage suppose que le monde réel ne soit, pour lui, appréhendable que par le biais de représentations. Il n’existe de monde réel que par le prisme de réalités. Chacun porte des réalités qui ne sont que traductions de ce qu’il en est réellement, au point que chacun ne puisse vivre une même situation que : trahie par ses propres représentations, et donc sous un regard différent de celui des autres.
Voilà ce qui rend impossible pour chacun de véritablement comprendre l’autre quand bien même cet autre est un être des plus aimés par soi.
C’est d’un écart à supporter dont il s’agit : écart entre Réel et réalité, lequel suppose écart entre soi et les autres.

Cet écart est supporté des constructions de vérités singulières dont chacun se fait l’auteur (qu’il le veuille ou non). Ces vérités singulières apparaissent comme des points de repères au beau milieu d’un monde sans nom véritable que l’on ne saurait mieux définir que comme un univers sans fin ; c’est-à-dire par une définition abstractive.
Ces repères participent de notre identité,  avec : ses constructions imaginaires (notamment de ce pour qui l’on se prend) et ses appuis symboliques. Les appuis symboliques sont ces bagages d’outils communs dont les mots de chaque langue sont les exemples les plus parlant en tant que trame commune et continue, en constante modification. Ils sont partagés par tous ceux qui les portent et participent au minimum d’entendement que requiert une vie sociale…
Les mots sont instruments du langage qui est, lui-même, responsable de la coupure de chaque sujet entre un monde qui ne serait que le sien et un monde qui ne serait que celui de l’Autre, l’un ne pouvant jamais compléter l’autre et l’un n’allant pas sans l’autre.
Ainsi le sujet est manquant et l’Autre est manquant.  Il y a écart entre le sujet et l’Autre.

L’inscription dans le langage est synonyme d’une inscription dans un monde de créativité. Le Réel auquel on a à faire est subverti par ce que l’on en fait : par ce pour quoi on le prend et ce pour quoi on s’y prend.
Il y a comme une déception constamment renouvelée dans notre confrontation à ce Réel intenable en tant qu’il est insaisissable, notamment au sein de nos rencontres avec les autres.
L’amour est à la fois le point de rencontre de cette  déception et le point de salvation contre la tromperie qui mène au symptôme en tant que l’autre aimé (ou haï) me renvoie ce qui participe de moi que j’avais laissé insu de moi, en tant qu’il pointe, en moi, ce qui m’échappe…

Dans le récit de M. Robert, il y a cette anecdote où son enfant lui rappelle ce qu’il pourrait être et à quoi il a renoncé : quelqu’un d’autre qu’une personne qui passe son temps assis devant un écran. En lui disant ce qu’il ne cesse pas de faire, il lui dit aussi qu’il y a un reste qu’il a laissé en ne cessant pas de répéter ce qui le conforme à une certaine identité… Si bien qu’il pourrait laisser croire qu’il serait aussi régulier et aussi peu surprenant qu’une machine… Si bien qu’il aurait lui-même l’air d’un ordinateur.
Son fils lui parle et il s’adresse à un être de parole. C’est ce qui permet d’entendre dans sa réflexion : « Mais enfin pour qui te prends-tu ? ». C’est d’ailleurs déjà dans la question du père que s’entend une certaine débilité puisqu’il appelle l’autre à le définir par la profession qui serait la sienne. Autrement dit il pose une question à laquelle il est impossible de répondre : « Qui suis-je ? ». La seule réponse possible répondrait à cette autre question : « Qu’ai-je ? »

Dans le récit de M.Robert, celui-ci semble se dire sauvé de cette tentative de réification par laquelle il passe en tendant à n’être plus qu’un homme connecté à une machine.

Et cette façon de se connecter à une machine, elle en concerne plus d’un. On peut certainement dire que c’est un fait de société pour les accros aux ordinateurs, à l’internet ou à la télé… Seulement rien de nouveau sous les tropiques : passer son temps enfermé à lire peut avoir la même teneur, par exemple. Et bien d’autres exemples peuvent être énoncés de ces voies qui participent à l’inhibition. On peut se référer à l’article de FREUD« Inhibitions, symptômes et angoisses » pour donner une lecture de ces troubles qui permette de reconnaitre leur dynamique de négation : du manque et de l’inévitable inexistence du sujet sans l’Autre. 3

M. Roberts explique être devenu un « déconnecté », c’est-à-dire quelqu’un qui se sèvre de ce à quoi il aurait été dépendant. D’une certaine façon, il s’exerce à n’être plus sous le joug de l’objet qu’il utilisait sans relâche. On retrouve là, me semble-t-il ce que les thérapeutes cognitivo comportementalistes appellent le « désapprentissage ».
Ce qui apparaît criant à la lecture de ce récit c’est qu’en se disant « déconnecté », M. Roberts laisse entendre qu’il se définit encore comme tel, à la seule différence qu’il le dit maintenant sous forme inversée : « Je ne suis pas/plus connecté». Sous l’angle de la psychanalyse, on peut parler ici de dénégation, en ce que l’inconscient continue de se faire manifeste du symptôme quand celui qui le porte affirme en être libéré.
M. Roberts pourra certainement être davantage considéré guéri du jour où il ne se réfèrera plus à son usage d’internet pour parler de lui. Ou, au moins lorsqu’il en fera beaucoup moins un point de mire de son identité.

Qu’avons-nous à dénoncer dans ces méthodes de « désapprentissages » du symptôme ? Qu’est-ce qui nous poussent à dire qu’elles constituent une (autre) tromperie (que celle que révèle le symptôme) ?

Au même titre que l’usage des psychotropes qui donnent une expérience de ce qui pourrait être vécu sans le symptôme (je dis bien « pourrait », en pensant aux personnes défoncés par leurs psychotropes ou à ceux qui font leurs exercices de relaxation et qui ont, ainsi, l’air bien malade), les méthodes qui aident à faire sans, revêtent la logique toxicomaniaque : car elles ajoutent une rêverie à la rêverie structurelle.
Ces rêveries artificielles qu’elle provoquent s’ajoutent à la rêverie inévitable que j’évoquais plus haut en terme de représentations et qui nous poussent à percevoir le Réel toujours sous une forme tronquée.
En quoi ajoutent-elles une rêverie artificielle ? En ce qu’elles fonctionnent sur la logique du besoin : de la même façon qu’un aliment coupe la faim momentanément avant que cette faim ne revienne… Elles apportent une solution momentanée qui laisse croire que ce qui dérange est similaire à un besoin qui se manifeste de façon discontinue et qu’il suffirait de satisfaire pour qu’il se taise.
C’est là un flagrant déni de la logique pulsionnelle et de ce qu’elle suppose : LE désir.

Ce désir est continu en ce que rien ne peut jamais complètement le satisfaire. Il y a une force constante qui pousse le sujet à éprouver du manque et à devoir en passer par l’Autre là où ses constructions singulières pourraient lui fournir l’illusion contraire par une espèce de « Je sais qui je suis ». Le paradoxe de ces constructions de savoirs est que, si elles alimentent une illusion de suffisance, elles sont tout autant révélatrices, du fait de leur singularité, de leur insuffisance.

Pour éclairer ce discours théorique, je reprends l’exemple de M. Roberts qui aura trouvé un temps, dans son usage de son ordinateur, une certaine voie pour combler le temps qui est le sien.
Qui sait réellement ce qu’il est censé faire ? Il n’y a pas d’autres buts que ceux que nous nous fixons, sauf peut-être celui qui nous est commun : la mort.
Plutôt que de se lever chaque matin sans savoir de quoi l’instant suivant serait fait, M. Roberts avait une habitude inscrite de telle façon qu’il lui semblera, plus tard, qu’elle était devenu inévitable. L’incertain propre à l’existence de chacun aura ainsi été « évité ». Et cet incertain, il se trame dans sa rencontre avec l’Autre. Lorsqu’il s’adresse à son fils, M. Roberts se présente disposé à recevoir un éventuel « non », ou un changement de cap si vous préférez. Dès que je m’adresse à un autre, même sans que celui-ci ait à me répondre, il me fait entendre de l’Autre dans mon discours, et notamment une certaine étrangeté qui me rappelle qu’à chaque instant je ne saurais être complètement moi-même car le moi n’est que le fruit de mes constructions…

Alors comment fonctionne la psychanalyse si ce n’est pas en aidant l’autre à « désapprendre » ses mauvaises habitudes ?
S’il y a bien une technique qu’emprunte la psychanalyse c’est celle de la parole mais pas n’importe quelle parole ! Pas une parole tronquée par le truchement de je ne sais quel apprentissage, pas une parole qui récite sa leçon ni une parole qui fait des politesses mais une parole qui se veut être le flux d’un discours subjectif. Comme je l’ai rappelé, ce que suppose le terme de « sujet » en psychanalyse, c’est une coupure qui a amené LACAN à l’écrire d’un s barré.

Que fait un analysant sur le divan (ou assis ou debout, d’ailleurs) ? Il raconte son histoire !
Et en quoi est-ce que cela lui apporterait quoi que ce soit ? En l’aidant à éprouver que ce qu’il raconte ce ne sont que des histoires, quand bien même celles-ci s’appuient sur du vécu réel… Certes il put y avoir, au cours d’une vie,  des évènements extrêmement douloureux ou agressant que l’on aura dit traumatisant, n’empêche qu’ils ne sont pas l’unique cause de tous les problèmes de celui qui les raconte.
Une histoire racontée laisse insue (inconscient) une partie du Réel ; elle en fait l’économie pourrait-on dire. Mais cela passe malgré tout à l’insu de celui qui la raconte : dans ce qu’il n’entend pas de ce qu’il dit ou même dans ce qu’il ne regarde pas de ce qu’il fait.
Qu’est-ce qui tend à rester insu ? Ce qui est refoulé et d’où émergent ce qui s’y substitut à l’insu du sujet ; notamment les symptômes et autres formations de l’inconscient.

Dans l’histoire de M. Roberts, ce qui lui échappe, ce n’est pas tant de se trouver dépendant de son ordinateur puisque cela justement il le dit et le dénonce comme ce qui le trouble… Ce qui lui échappe est davantage ce à quoi s’est substitué cette dépendance qui le trouble et qui l’a sustenté un temps…
Il m’est impossible de dire comment cela se traduira pour M. Roberts puisque nous ne disposons pas (dans l’article de presse) d’un récit plus important où il se raconterait, sans forcément rester centré sur son symptôme… Et parce qu’aucune interprétation ne saurait suffire à expliquer les constructions symptomatiques d’un récitant.

Lorsque que FREUD découvre l’inconscient avec ses formations, il met en évidence ce que LACAN soulignera davantage, après lui : à savoir ce que le langage suppose : des constructions de vérités (qui se différencient d’une vérité que l’on ne saurait « dire toute »4 ). De ces constructions de vérités il y a ce qu’elles laissent apparaître ET les constructions et les faits réels déjà inscrits et qui font encore trace à l’insu de celui qui les porte.
Ainsi, on peut être paré de n’importe quel maquillage et de n’importe quel « tissu de vérités »5 reste notre chaire (flétrie par le temps) apparente et, dans notre discours, les marques de nos véritables histoires ainsi que la trace de nos « vrais passages » par-delà nos traces « faussement fausses » (cf. LACAN Séminaire « L’angoisse », séance du 12 décembre 1962)6.

Ce que la psychanalyse se propose de faire est de reconnaître une partie des formations inconscientes au cours de notre travail d’analyse pour poursuivre ce travail de reconnaissance encore et encore afin de moins se berner à laisser nos symptômes exprimer ce qu’on aurait tendu à laisser insu.
Cela ne veut pas dire que l’on se débarrassera de l’inconscient. Au contraire, il s’agit de reconnaître sa portée afin de mieux  se duper en acceptant de laisser ses formations faire leur travail qui est notamment celui de nous apporter plus que de simples satisfactions de besoin ; du « plus-de-jouÏr » comme s’en expliquait LACAN.

Benoît LAURIE – 3  janvier 2015



1 Cf. “Cinq psychanalyse”, editions PUF (1954 pour la première édition réunissant cinq articles de FREUD).

2 FREUD (1920) “Au-delà du principe de plaisir” in Essais de psychanalyse (Payot) ou dans le tome XV des œuvres complètes (PUF).

3 FREUD (1926) Inhibitions, Symptômes et angoisses, ed.PUF

FREUD y explique l’étiologie sexuelle (pulsionnelle) des troubles névrotiques et pointe l’articulation de l’angoisse et du refoulement. L’angoisse est décrite comme la marque d’une possible perte de l’objet, en tant que cet objet serait la condition de l’amour de l’autre ; amour métaphorique de l’amour maternel  et protecteur (des dangers extérieurs).
L’inhibition est différenciée du symptôme. Le symptôme étant le substitut d’une satisfaction pulsionnelle qui n’a pas eu lieu car refoulée. Et l’inhibition étant l’abaissement de l’exercice d’une fonction dans la mesure où celui-ci provoquerait de l’angoisse… L’angoisse est la manifestation d’une tentative de satisfaction (pourtant impossible) de la pulsion en ce que cette satisfaction serait synonyme de la transgression d’un interdit fondamentale lié à la menace de castration (perte de l’objet)

4  LACAN (1974) Télévision (ed. Le Seuil)

5 cf. B.LAURIE « par les tissus de vérités » – inédit.

6 LACAN (1962) Séminaire X « L’angoisse », séance du 12 décembre.

 

 

LES TISSUS DE VÉRITÉS

 

PAR-LES TISSUS DE VÉRITÉS

 

Il y a comme un nuage de représentations et de signifiants en chaîne qui vient recouvrir la chose… Au point que l’on y voit trouble…
Au point de s’éprouver parfois soi-même porteur du trouble.

Le trouble ne devient symptôme que chez le sujet qui se joue de lui-même à s’en croire le maître : comme si ce trouble pouvait aller et venir à son souhait.
Or, c’est l’ordre symbolique qui est à l’œuvre de ce trouble. Et cet ordre symbolique s’impose au sujet parlant et le divise. Autrement dit, nul ne choisit la nature de ce nuage de représentations même s’il y participe.

Acteur des formations signifiantes, le sujet tisse sa vérité.

C’est un tissu de vérité car c’est la vérité d’UN sujet. Ca n’a teneurde vérité que pour celui qui l’énonce et au moment où il l’énonce.
C’est sur un espèce de néant que ce parlé  –par-les tissus de vérités–se pose. C’est par les tissus de vérités que ce Néant prend forme. Ce qui est pointé comme néant ne se désigne ainsi que par les formations qui cherchent à le désigner. Le Néant n’est point atteint ; le sujet tourne autour et ne peut que feindre de l’atteindre.
Autrement dit, on peut s’éprouver anéanti / néant de l’avoir vraiment (vrai-ment) joué, mais anéanti aucun vivant ne peut l’être.
Tant qu’il y a de la vie, il y a du tissé, en tout cas, pour un être parlant.
Comment se saisir autrement qu’en se « prenant pour… », et en « prenant pour… » ce(-ux) qui nous entoure(-nt) ?

LACAN (in Télévisions, 1974) : « Je dis toujours la vérité : pas toute ; parce que toute la dire, on n’y arrive pas. La dire toute, c’est impossible matériellement : les mots y manquent. C’est même par cet impossible que la vérité tient au Réel. »

Pour un sujet parlant, toute matière n’est qu’abstraction tant qu’elle n’est pas nommée.
Le nom, le nom commun est partagé (commun) par le sujet et ses autres mais pour ce qu’ils en font chacun c’est une toute autre histoire. En effet, chacun tisse ses propres histoires. On peut bien partager des opinions, des convictions, des aprioris mais non des vérités.
Chaque instant partagé est un instant différent pour chacun.
Aucune des véritésne peut (équi-)valoir Le Réel.
Autrement dit : Le Réel est insaisissable par les représentations qui le visent.

Le Réel, ainsi nommé par Lacan, je le rapporte à ce qui peut être éprouvé comme néant ou à ce « tout ou rien » autour duquel passent signifiants et représentations.
Il y a comme une chaîne d’éléments matériels qui tourne autour d’une masse indéfiniment à décrire ou définitivement indescriptible. C’est ce qui amène Lacan à déclarer « impossible matériellement » de dire toute la vérité, et à désigner cet impossible comme ce qui la fait tenir au Réel… Le Réel, comme une masse qui attire les signifiants à lui,à la façond’une masse planétaire qui attire des éléments matériels à former ellipse, en anneau, autour d’elle.

Pour le sujet parlant, ce Réel advientpar-les signifiants qui portent le sujet habitant ce Réel.
Ce par souligne ce que le parlé suppose : le sujet d’une adresse et, à fortiori, un autre sujet qui adresse(en tant qu’étant lui-même sujet d’une adresse). C’est ce que j’entends lorsque Lacan dit qu’un « signifiant représente un sujet pour un autre signifiant » (notamment dans le séminaire sur l’identification – séance du 6 décembre 1961- où il différence le signifiant du signe, lequel « représente quelque chose pour quelqu’un »).

Ces constructions du sujet, autour du Réel, sont ce qui amène chacun de nous à assumer sa part de rêverie pour assumer son existence… Son existence d’être séparé ; séparé d’un sacré reste qui nous échappe.
A partir du moment où je dis que je suis ou que je pense, je ne suis plus…
Cela revient à dire qu’il n’y a pas d’absolu, de point final à mon identité. Elle est constamment en train de se dérouler comme une bande de film cinématographique projetée de la naissance à la mort. C’est dire qu’il y a bel et bien du lien depuis cette naissance jusqu’à cette mort ; du lien armé d’une chaine de représentations lesquelles participent à un certain déterminisme de sorte à ce qu’il y ait du destin… Sauf que tout n’est pas écrit d’avance.
Cela vient juste pointer que l’on ne peut « devenir une autre personne » comme certains thérapeutes aiment à conforter cetteillusion chez leurs souffrants.

Qu’est-ce qui empêche le sujet de s’effacer derrière une identité radicalement autre au point que plus personne (ni même lui) ne le reconnaitrait ?
C’est ce tissage qui laisse des traces. On peut bien essayer d’en découdre avec cela, n’empêche que les fils de ce tissage (la descendance aussi) restent d’une façon ou d’une autre. Ca c’est un point de Réel ; autrement dit : un point d’ancrage.
Il reste des marques de ce que j’écris et de ce que je dis et même de ce que je chie. Ce sont toutes des productions.
Il y a un produit qui sort de moi grâce au fait qu’il y ait de l’Autre pour recevoir ce produit lequel ne cesse de se modifier par ces passages.

Toutes ces productions sont la marque d’une certaine folie pour chacun de ceux qui les produisent dans la mesure où elles amènent le sujet à se trouver là où il n’est pas. On retrouve là l’effet de la trace : qui amènerait le sujet à dire « je n’étais pas là » ou « j’étais là où je me suis présenté comme n’y étant pas » (je reviendrai sur ce point dans la deuxième partie de mon exposé).

Un bon moyen de faire l’épreuve de cette folie est l’éprouvé d’étrangeté dont FREUD a fait son sujet dans l’Unheimliche… Cette étrangeté familière correspond à l’immensité de ce qui reste ignoré de soi contre la minuscule identité qui prend tant de place dans notre existence. Car cette identité est tenace. Elle tient quelque chose d’une certaine stabilité et, avec cette stabilité, son lot de symptômes. C’est bien une façon de ne pas s’éprouver perdu ou anéanti.
Car chacun est perdu s’il erre dans cet océan d’infinitude que masque son identité présente. C’est contre cette errance que se loge la répétition.

Que l’on répète pour encore mieux présenter c’est cesser de répéter certains morceaux… Car il y a du lâché dans le devenir. Et dans ce devenir, on retrouve du déterminé, du lien. Il y a encore de quoi qui ne lâche pas, qui tient, qui reste.
C’est ce reste que je pointe comme fil restant du tissage, comme bout de Réel qui laisse un bout de trace ineffaçable.
C’est le paradoxe de l’être parlant chez qui reste de l’identique ; aliment d’une certaine identité de laquelle se détache un autre reste.
Du tissage dénoué puis renouvelé reste ce dont il ne s’habille plus et qui reste désormais autre comme une merde sortie du corps. Ce déchet –dont le propre est de tomber– ne cesse pas d’exister : il devient autre chose et porte encore la marque d’où il provient. C’est en ce sens, qu’aucun sujet ne peut complètement laisser tomber ce qu’il a créé…

Cette matière donne de l’existence en tant que toile à tisser ou en tant que projection à portée sur une toile ; une toile qui fait marque à l’endroit du Réel.
Ce Réel, depuis cette toile sans laquelle on ne saurait le désigner,  ne peut apparaître que comme un trou sans fond ; tellement sans fond qu’il n’y manquerait de rien…
C’est comme dire qu’il n’y a pas de vide dans l’espace. Le vide s’éprouve de respirer, de parler, chaque battement de cœur étant un autre, encore un mais un autre. Il en est de même de chaque parlé et de chaque vérité. Même si elle est dite avec exactement les mêmes mots, c’est encore une autre vérité. C’est une vérité qui apparaît sue et construite d’insu.

C’est le désastre de l’être parlant que de se retrouver définitivement pas divin (ou pas tout), surtout d’y avoir cru et de chercher encore à y croire par l’entretien de sa machine pensée. Chaque machine étant faite pour crever ou pour se faire recycler si vous préférez,   il y a un temps pour cesser la répétition de certains morceaux.
De s’accrocher à ces morceaux comme s’ils étaient constitutifs d’un ensemble complet amène à éprouver ce désastre avec angoisse.
Je reprends ce terme de désastre, comme le fit L-G PAPON : « sous les astres », sous les Dieux.
Les petits êtres que nous sommes ont pourtant de quoi être rappelés à leur place devant cette immensité que pointent les étoiles qui nous entourent… De quoi leur rappeler que leur tissu de vérités les tiennent certes à cette place sous les étoiles mais que « un « tiens » vaut mieux que deux « tu l’auras » ».
Ce qui tient un temps n’est jamais acquis car il y a de l’Autre qui passe sans cesse et c’est de cela que s’alimente l’identité qui parfois fige.

Ceux qui sont allés vers les étoiles ont accepté d’autres vérités sans quoi ils auraient freiné ce devenir.
Accepter ce mouvement du devenir est bien le grand défi qui se pose pour celui qui s’agrippe à ce qu’il aspire à laisser comme reste dans l’Autre, et non comme reste qui demeure.

Ce avec quoi chacun meurt est ce qui a demeuré en soi et ce qui demeure ailleurs comme reste parlé et à parler encore. Ce reste devient autre encore. Le film projeté par l’un devient un autre film projeté par d’autres.

C’est de l’Autre dont chacun peut se saisir, en tant que vivant ; vivant dans un devenir.
Encore faut-il se résoudre à une existence qui tienne à l’Autre plutôt qu’à chaque pièce constitutive de son tissu de vérités.

 

Benoît LAURIE- novembre 2014

 

 

Z (il est vivant) : zéro plutôt que Zorro !

 

De nos jours, le nec plus ultra ne consiste pas à développer le frayage freudien, en restant fidèle aux fondements que lui a apportés LACAN, mais de rivaliser en autonomie et en liberté crétines par rapport à cette orientation, pour faire étalage de postures, qui ne sont en vérité que des impostures, trahissant le discours analytique et son éthique. La crainte, de la part de certains, d’être inféodés à LACAN, alors qu’il s’agit du discours analytique, en dit long sur leur vanité paranoïaque. En effet, la crainte de lui être inféodés, vassalisés, trahit l’état d’enfermement imaginaire dans lequel se trouvent ceux qui ne veulent rien savoir de leur aliénation signifiante, à laquelle ils sont de toute façon assujettis, qu’ils brandissent ou pas leur « droit » à l’autonomie et à la liberté. C’est ainsi que –au nom de celles-ci- ils se lancent dans la promotion d’élaborations, d’autant plus érudites qu’elles rejettent in fine la fonction signifiante, alors qu’ils feignent de la défendre et de la soutenir. Cette prétendue ouverture se résume en définitive à une fermeture, opposée au signifiant et à sa richesse (écart lié à la séparation irréductible d’avec le signifié), laquelle fermeture engendre des théorisations plus ou moins fantaisistes, voire loufoques, dès lors qu’elles ne trouvent plus de soutien, ni d’ancrage solides dans la béance, qui est censée les engendrer. Ces conneries qui sont inévitables à un moment donné peuvent gagner en évidement, pour peu que le signifiant recouvre sa place, notamment dans les institutions dites de soins

Même si l’incomplétude demeure incluse dans leur mégalomanie persécutive, ces adeptes de la liberté ne cesseront pas de combattre la castration symbolique et la béance par le recours à tous les stratagèmes idéologiques et politiques ( un « bel » exemple nous a été donné par le célèbre « groupe de contact » qui est allé prêté allégeance à l’Etat pour « sauver la psychanalyse »). Maints psychanalystes, dotés de leur galimatias lacanien anti-freudien, sont dès lors réduits à se faire les idéologues, rompus au service d’une aliénation sociale, de plus en plus féroce à l’endroit de l’inconscient. Le discours analytique, perverti en savoir, pourvu d’experts patentés, se voit dépouillé de ce qui le caractérise fondamentalement , à savoir le signifiant (différent du mot), dont la logique met en œuvre une rationalité et une temporalité, qui lui sont spécifiques. En effet, de tous les discours (les quatre essentiels que LACAN a écrits sous forme de mathèmes, auxquels il a rajouté celui du capitaliste ), seul celui de l’analyste est censé ne pas oublier , ni démentir son fondement signifiant, afin de préserver ce que la structure subjective a de plus précieux :le ratage, la répétition et le plus de jouir. Aussi, n’est ce pas défendre la psychanalyse que de laisser accroire que son discours est supérieur aux trois autres, puisque tous les quatre procèdent de l’aliénation signifiante, même s’ils ne lui accordent pas la même valeur, ni la même fonction. Chacun d’eux partage le même fondement signifiant, le met en œuvre de manière spécifique et finit par construire un réel, dont la consistance peut devenir troublante, en tant qu’elle donne lieu à un symptôme, révélateur d’une construction, dont le sens devient, pour le moins problématique. C’est dans ce genre de contexte, qu’à partir d’une plainte, qui rend ambiguë toute demande qu’elle induit, le dégagement d’une problématique s’avère nécessaire. Cette problématique, soutenue par le transfert, consiste à subjectiver la plainte en accédant au mode de construction du sens qui lui confère sa consistance : l’exclusion de tout ce qui a trait à « ce qui cloche », et qui constitue l’incurable , nécessaire et fondamental à la cure.

Avec la dégradation perverse du discours analytique, le désir du psychanalyste est ravalé au rang de slogan, alors que le savoir idéologique, pourvoyeur de sens, domine outrageusement, au point que le non rapport est éradiqué, et que la cure se réduit à une entreprise de conversion idéologique, soutenue et renforcée par l’identification hystérique. Ce type de dérive est confirmée par ailleurs, par les organisations hiérarchisées et de plus en plus « débilardes » de nombreuses associations de psychanalyse, surtout lorsqu’elles sont numériquement fortes, et qu’elles « pèsent » dans l’aggravation de l’aliénation sociale, corrélative de l’exclusion de l’inconscient. L’enjeu est par conséquent double : réhabiliter l’aliénation signifiante et battre en brèche toutes les tentatives d’élimination de l’inconscient. Il doit sous-tendre les réflexions sur la passe, dont la mise en place « extra-associative » peut amener une subversion de la dérive inexorable du discours analytique. C’est en opposant radicalement des élaborations asphériques, fondées sur le non rapport, aux arguments et autres constructions idéologiques (sphériques), que l’ab-sens et la signifiance seront réactivés afin de produire des rapports qui, loin de rejeter le non rapport qui les détermine, vont donner lieu à des significations, respectueuses de la structure métaphoro-métonymique du signifiant, et partant aptes à progresser en restant toujours arrimées au non rapport. C’est ainsi que la doxa peut être mise à distance et à la question, afin de ne plus entraver la signifiance et son opérativité/fonctionnalité dans la construction de nouveaux rapports /représentations, comportant le non sens comme fondement et la négation comme modus operandi pour se détruire et se construire à nouveau, c’est à dire progresser en s’appuyant sans cesse sur le non rapport, nécessaire à l’évidement de toute conception, qui a tendance à s’institutionnaliser, et de ce fait à l’oublier. L’histoire de la psychanalyse comme »bonne à tout faire », est assez riche pour nous montrer combien de fois elle a été requise pour renforcer le bilatère de certaines conceptions, au détriment de la dialectique moebienne, qui la spécifie et la démarque des autres discours. J’en veux pour exemple le sordide mouvement de « psychothérapie institutionnelle », qui a réussi à inféoder la psychanalyse à la psychiatrie et à la psychologie, causant des ravages auprès des patients comme auprès des « équipes soignantes », en quête de sens, enfin obtenu par un savoir qui prétend maîtriser le signifié, faisant fi du signifiant et de sa structure, grâce au recours à la métapsychologie, entendue comme savoir psychologique des profondeurs, lequel savoir ne tient aucunement compte du bouleversement par l’inconscient des rapports entre l’antécédence et la conséquence, à l’œuvre dans l’articulation signifiante.

Dans un tel contexte, que reste-t-il de la mine de l’a (objet a), des veines qu’elle offre à l’exploitation, au bénéfice du sujet, et au détriment de la jouissance du tout, de la sphère complète ? L’institutionnalisation de telles conceptions, qui rejettent la structure et l’aliénation signifiantes, finissent par empêcher l’intension et le non rapport (S1) de recouvrer leur place en vue de se subvertir elles mêmes en tant qu’elles représentent des extensions, des rapports (S2) qui en procèdent, et dont le risque majeur consiste à oublier ce qui les cause, et partant de se scléroser. Cette rationalité n’ayant pas cours dans la pratique quotidienne-et à tous les niveaux-, la prise en otage du D.A n’en est que plus patente, quelle que soit l’ostentation des formules « ronflantes » qu’on lui emprunte et qu’on fait siennes, en les adaptant aux canons de la logique classique, matrice des symptômes, qu’on prétend prendre en charge pour les « solutionner », faute de les « liquider », d’autant que la fonction signifiante est loin d’avoir atteint un niveau de fluidité, utile, voire indispensable à leur subjectivation. La psychiatrie « ouverte », celle qui « bouffe à tous les râteliers » est incapable, par là même, de défendre sérieusement le discours analytique, d’autant qu’elle laisse accroire qu’elle s’identifie à lui, alors qu’elle ne vise que la « dhommestication » de la subjectivité. Il est nécessaire de la pousser à lever ses ambiguïtés et autres illusions, en l’encourageant à préciser comment, dans ses pratiques – déterminées quoi qu’il en soit, par le discours médical-, elle peut quand même être respectueuse de la subjectivité et de l’inconscient, en vue d’une meilleure délimitation de son champ théorico-pratique, au bénéfice des patients et des soignants. Ainsi, la coordination et la cohérence des soins sont rendues possibles en dehors de toute confusion et de toute identification sommaire et trompeuse. Autrement dit, il appartient à la psychiatrie de conserver toute sa spécificité, et de ne l’amalgamer sous aucun prétexte au discours analytique. Le passage de l’une à l’autre exige un changement de logique, et partant d’éthique, qui ne souffre pas les postures/impostures, permises par la toute-puissance que s’arroge le discours médical. Si une psychiatrie se met à respecter le sujet et à tenir compte du signifiant, alors, elle subvertit son rapport au discours médical. Mais peut-on continuer de la nommer psychiatrie ?

Il est par ailleurs, de plus en plus affligeant et consternant de constater, auprès d’orthophonistes « expérimentés », récusant les aspects rééducatifs et adaptatifs de leur profession, que la logique signifiante tienne si peu de place dans leur approche des « troubles du langage », au point que tout ce qui peut ressortir à la « lalangue », est considéré comme du métalangage, qui renvoie à une étrangeté, dont le caractère « mécaniquement » pathologique, éloigne de toute réflexion quant aux rapports de déconstruction/construction, typiques des rapports qu’entretiennent les enfants avec la structure signifiante. S’appuyant sur l’Autre, ces derniers le mettent en œuvre en le « désessentialisant » (castration de l’Autre ), en le détruisant dans un mouvement d’opposition, dans lequel ils peuvent s’enfermer si les experts qui s’occupent d’eux ne les aident pas à retrouver la logique signifiante, fondée sur l’absence radicale de métalangage, qu’ils peuvent à un moment donné, imaginer. Ainsi, un néologisme ne relève pas ipso facto de la psychose, quelle que soit la référence imaginaire au fameux « contact », et au «fumeux »  « relationné/non relationné » :( il s’agit plus sérieusement de bien spécifier l’étrangeté sous ses différents aspects et de les distinguer des bizarreries, par ex, en rapport avec les barrages qui font échec à l’articulation signifiante). Il peut aussi bien prendre l’aspect d’une invention de type oppositionnel, adressée à la langue dite maternelle, peu regardante à la structure signifiante et à ses conséquences. La visée thérapeutique consiste alors à susciter et à soutenir les actes de déconstruction (couper pour dépasser en renouant avec ce qui était refusé et demeurait cependant agissant, actif), qui peuvent certes emmener dans leur sillage le signifiant, si celui-ci n’est pas considéré à sa juste valeur par ces experts, pour passer à la construction, fondée désormais sur la seule structure signifiante, contraignante, mais grosse de liberté, entendue comme dépassement des conceptions qui ne veulent rien savoir d’elle, et qui prétendent au dressage asservissant (éducation). Les enfants se voient appelés, voire sommés de rendre l’Autre encore plus étranger au moi et de le rejeter, au profit d’une unité funeste, voire mortifère : l’aliénation essentielle due au signifiant se trouve démentie, empêchant dès lors toute séparation productrice d’un objet particulier et d’un Autre particulier, imposant, par dessus le marché, une dédialectisation,( relation S1_S2 détériorée et narcissisme secondaire sans l’appui du narcissisme primordial), propice à la psychose. Heureusement que la structure subjective, malgré les perturbations qu’elle manifeste, reste arrimée malgré tout à la déconstruction première, inhérente au « meurtre de la chose », spécifique de l’ordre symbolique. Les multiples efforts, déployés par  différents experts, à rejeter l’asphéricité subjective, s’avèrent heureusement vains, même si de fâcheuses conséquences en découlent inévitablement, que l’ordre social récupère pour confirmer la catégorie de « handicap ».

Si la psychopathologie est une mise en cause et en question du signifiant, quel résultat peut on alors escompter de prises en charges qui s’inscrivent dans cette même lignée ?

La « lalangue », véhicule du sujet, privilégie le signifiant et devient quasiment étrangère à la langue qu’elle utilise cependant pour communiquer, et par là même rendre les interlocuteurs captifs du sens, reléguant la signifiance à un état de méconnaissance approfondi. C’est cet état qui nourrit la xénopathie à l’endroit de la « lalangue » en tant qu’elle met en évidence une altérité, à savoir l’inconscient, que tout système éducatif rejette, aggravant ainsi cette xénopathie et tous ses effets, d’autant plus pervers, que la négation essentielle, fondatrice du symbolique, est constamment refusée. L’espace éternellement vide qu’elle induit, constamment actualisé par le signifiant, qui promeut le principe de non identité à soi, est mis en œuvre par la déconstruction/ construction et préserve l’existence du sujet. Aussi, faut-il à chaque fois se demander à quel type de rupture dans les liens entre S1 et S2 a-t-on affaire, et à quelle forme de dégradation de l’asphéricité, qui mettrait en échec le travail de déconstruction/construction assiste-t-on, pour pouvoir dégager une problématique, assise sur une position, à partir de laquelle le symbolique pourrait y trouver son compte, sans en négliger tous les effets induits, pour le praticien comme pour le patient.

Combien de temps faudra-t-il à ces experts pour accepter l’idée, omniprésente dans la clinique, qu’il est nécessaire de protéger la « case vide », exigée par la fonctionnalité de la subjectivité(asphéricité), afin que ceux qui ont choisi un mode d’organisation de leurs mondes- et dont ils se plaignent ensuite – puissent les réorganiser sur la base de ce qu’ils (se) refusent, et dont ils n’ont jamais rien voulu savoir (la lettre incorporée, inscrite dans leur corps et, à ce titre, omniprésente/ fonction du Père chez FREUD) ? Promouvoir cette « case vise » et la défendre contre tous les bouche-trous réificateurs, permet de se démarquer de ceux qui, tout en dénonçant le DSM (sous ses différentes versions), appliquent allègrement en fait sa logique. Choisir et prendre la position qui vise l’évidement de la réification psychotisante, n’est ni supérieur ni inférieur à un autre engagement. Cela implique seulement, pour être conséquent et respectueux d’une éthique, de soutenir vigoureusement et rigoureusement ce choix assumé, à partir du discours qui le fonde, c’est à dire la raison signifiante qui le rend possible, en l’occurrence le discours analytique, tel que l’écrit LACAN.

Pour être plus précis, il s’agit non pas d’anéantir, de faire voler en éclats la logique classique, mais de la subvertir assez pour qu’elle accepte et admette la case vide, qui favorise son évidement et la déleste de son écrasant imperium, qui laisse accroire que le sens qu’elle génère équivaudrait au signifié, refusant ainsi le primat du signifiant en tant qu’il est radicalement séparé du signifié (séparation = case vide/écart/ratage, ou pour reprendre les concepts lacaniens : ab-sens et non rapport. La raison signifiante est la négation de la raison classique). Ainsi, le mythe de l’objectivité, paradigme de la raison classique, cesse d’être un obstacle à l’advenue du sujet et de l’inconscient. Toutes les constructions possibles et imaginables ont « une structure de fiction » qui ouvrent à cette vérité inhérente au signifiant : comme le signifié est inaccessible, le semblant est nécessaire pour rendre compte de ce que le réel n’est d’aucune façon duplicable en tant que « reflet objectif ». Les concrétisations et autres matérialisations représentent des traductions incessantes d’un défaut irréductible d’objectivité, qui consiste en fait en un échappement infini, métaphorisé, illustré ponctuellement par des objectalisations (organisations signifiantes :S2), c’est à dire des rapports aux objets et au monde, porteurs de ratage (S1), qui leur permet de se modifier, de se transformer et d’évoluer (fonctionnalité du rapport métaphoro-métonymique), en ne se contentant plus de tenir en respect la « case vide » ! Cette « case vide » correspond à une négation essentielle, celle du non rapport (« il n’y a pas de rapport sexuel » LACAN), qui donne leu à des réalités concrètes, en ce sens qu’elles permettent de saisir et de matérialiser(métaphore) l’échappement, qui s’avère précieux pour son enrichissement et ses modifications (pas de métaphore sans métonymie). Ainsi, le réel, qui consiste en l’échappement, ne saurait – tout comme les deux autres registres- jamais être là, comme un donné préétabli, n’en déplaise aux adeptes de l’ontologie et de l’anti-freudisme. Il est produit dès lors qu’un parlêtre prend la parole pour proférer un énoncé, qui va le mettre face à la fonction signifiante.

Les imposteurs, qui viennent grossir les rangs de « lacanaille », ne souffrent pas cette case vide, qui est inséparable du « désêtre », inouï par la raison classique (discours du maître notamment), férue et passionnée de sphéricité, pour mieux contenir et refouler le signifiant, dont elle ne peut cependant se passer. Elle contribue cependant à la psychotisation en faisant barrage à la fonctionnalité par le recours à des savoirs, qui visent la forclusion du non rapport, c’est à dire le ratage du signifié grâce au signifiant, du fait notamment de l’ambiguïté et de l’équivocité qui le caractérisent et procédent de sa structure.

PLUS LA XENOPATHIE PORTEE PAR UN DISCOURS EST PUISSANTE, PLUS L’INCONSCIENT EST A EXTERMINER,  ET PLUS LA XENOPHOBIE QU’ELLE PRODUIT EST MASSIVE ET MENACANTE !

La mise à mort du discours analytique est l’effet majeur de cette psychotisation des rapports sociaux (coalition science et religion), qui convient bien au discours capitaliste pour étendre ses ravages planétaires.

Le refus du non rapport par le démenti qui consiste en un «ne rien vouloir en savoir », récuse non seulement le vide fondateur du monde, mais fait tout pour entraver les tentatives d’évidement de ce qui obture ce vide, appelé en fait à être densifié et « compactifié » (LACAN) pour éloigner les risques de dégradation psychotique.

Cette veine de la compactification du vide par le signifiant, ouverte par LACAN, est à exploiter sans relâche et sans concession aucune pour contrer la réification psychotisante du monde, à laquelle le capitalisme contribue grandement avec l’apport des théories dites scientifiques de la psychologie et de la psychiatrie(cf. les théories à la base du DSM et de ses différentes versions).

Accorder de l’importance à l’Autre, ne signifie pas qu’il doive occuper, en l’obturant, la place centrale réservée au vide. Ce dernier doit être réactivé et animé sans cesse par l’évidement de toute métaphore qui prétendrait le boucher, fût-elle porteuse de liberté et d’autonomie, voire de démocratie. La compactification par le vide s’appuie sur la la mise en œuvre de la négativité, liée à la structure du signifiant et au ratage consécutif, qui est engendré par l’échappement sous-tendant la métonymie, et que traduit (comme semblant/discontinu) la métaphore. C’est ainsi que ce qui est porteur de perturbations sur le plan clinique, à savoir les rapports entre l’intérieur et l’extérieur notamment, deviennent plus explicites grâce à l’usage de « la case vide », qui sert non seulement à distinguer, à différencier, mais aussi à mettre en continuité et à identifier. La logique, impulsée par cette dernière, confirme la libération des diktats imposés par la raison classique, qui malgré les perturbations qu’elle connaît, ne « lâche pas facilement le morceau » , et reste hostile aux effets de l’évidement des symptômes, mené grâce à la remise en jeu de la raison signifiante(autre nom de la case vide) ! La compacité de la béance, obtenue par l’évidement déconstructif, met l’asphéricité au service de la vie, c’est à dire de l’existence subjective, dont le gain correspond à une valeur telle qu’il va s’agir de la protéger en toute occasion contre toutes les tentatives de réification, et de mise à mort du sujet/négation, d’où qu’elles viennent. Que ce soit du négativisme et du rationalisme morbide(MINKOWSKI) de la schizophrénie, ou du négationnisme (démenti ultime du refus de savoir des nazis et de leurs acolytes) idéologique, l’issue est toujours la même : stériliser l’asphéricité en ne s’engageant ni dans la déconstruction, ni dans la construction, pour figer davantage l’articulation signifiante, jusqu’à l’émergence d’un délire qui , aussi étrange qu’il pourra paraître, mettra tout de même au jour sa dépendance à l’égard de celle-ci. Cela permettra peut être –si un travail analytique, digne de ce nom s’engageait- de faire évoluer ce qui faisait barrage vers ce qui fait passage, pour recouvrer l’asphéricité propre au signifiant et à sa fonctionnalité (opérativité). Le même travail d’évidement doit concerner les idéologies à propos de ce qu’il est convenu d’appeler le « devoir de mémoire », afin qu’il ne devienne pas l’occasion de sanctifier une lecture qui revient à privilégier un mode d’oubli , et partant à ériger un « barrage » contre la béance, à laquelle sont hostiles toutes les conceptions du monde qui, dans leur rivalité, visent à être identifiées à des modèles infaillibles   pour affranchir et libérer leurs adeptes de cette faille, équivalant à une tare. Et comme « ça se bouscule au portillon » de la prétendue liberté, la priorité est donnée d’abord aux plus proches et aux semblables (aux mêmes), ensuite viendra le tour des autres, si les conditions le permettent, et surtout, s’ils acceptent de se soumettre à elles (cf.ledit « printemps arabe »).La folie est alors à son comble ! Et ce n’est pas parce que la perversion islamiste atteint des sommets dans l’horreur, qu’elle est fondamentalement étrangère à la logique classique, qui nous est familière, au point d’être exclusive à dominer outrageusement le monde, avec l’approbation de tous ceux qui refusent l’inconscient et récusent sa logique subversive, inhérente à la place accordée à la fonction de négation et partant, à la dialectique asphérique entre ce qui est opposé localement et identifié globalement. Avec cette logique, qui s’appuie sur le signifiant, le pervertissement d’un concept freudien comme le principe de réalité, n’ a plus cours. En effet, plus rien n’est établi ou préétabli comme un donné d’avance, qui serait intangible et irréversible, au détriment du vide, fondateur de toute réalité.

Il ne s’agit en aucune façon d’adapter le discours analytique aux diktats qu’impose la folie réificatrice de la logique sphérique: les assauts « anti-signifiant », menés par des « psy » de tout acabit, sont paradoxalement soutenus par le moi – complice- de ceux qui, en vérité, souffrent, parce qu’ils ne souffrent pas la négation, issue du sujet, impossible à éradiquer, même avec le concours des érudits-illettrés de la « psy ». Les uns et les autres parviennent au principal compromis qui les unit, et qui consiste à repousser la guérison aux calendres grecques de l’empirisme. Pendant ce temps là, l’installation insidieuse dans la chronicité de la mortification subjective, participe et alimente le pervertissement du rapport entre l’incurable et le guérissable.

Face à cela, seule la dignité du désêtre doit rester l’adresse pour ceux qui demandent à s’engager résolument dans la voie du bon(heurt) et de l’évidement laborieux, qui fait de la faille, de la béance, la condition de l’advenue du sujet (« là où c’était, dois-je advenir » FREUD : il s’agit d’un devoir, qui n’est pas une injonction ou un commandement, n’en déplaise aux piètres et misérables tenants de la liberté, ceux qui, parce qu’ils croient ne pas être inféodés à FREUD et/ou à LACAN, croient qu’ils sont de ce fait libérés de la fonction signifiante).

Travailler sans relâche, à l’intérieur et à l’extérieur des institutions de soins, en ne rabaissant aucunement le niveau d’exigence requis par le discours analytique, permet de lui éviter de s’adapter et de se conformer à la « psychose sociale », qui fait régner en maître quasi absolu le bilatère, sous couvert d’apport du prédicat adéquat à la complétude ontologique. Le progrès n’a plus à être défini de façon unilatérale et univoque, comme accumulation et juxtaposition de théories bouche-trou, dont les fondements restent méconnus, mais d’utiliser tout l’arsenal bouche-trou, et en quête du tout, pour l’évider à partir de ce qui lui donne naissance, à savoir le signifiant, dont la structure protège de l’illettrisme (obturation par un sens de la béance ou de l’écart irréductible entre signifiant et signifié). Les « idolêtres » (par ex les islamistes « utilitaristes » qui pervertissent Dieu en bouche trou, et le mettent à leur service, alors qu’il en est un nom, un nom de l’indicible), adeptes de théories et de conceptions assurant la complétude ontologique, finissent par sombrer dans un illettrisme, encore plus acharné contre la négativité, qui caractérise la subjectivité. La perversion islamiste renforce l’hommosexualité et récuse la féminité. Ainsi, non seulement, elle rejoint et se conjoint avec toutes les idéologies qui refusent le vide et la béance, mais en plus, elle partage les fondements d’autres conceptions qui s’opposent apparemment à elle. L’hommosexualité et la récusation de la féminité, déterminées par le rejet de la fonction paternelle comme négation, sont développées par des « érudits-illettrés », qui aboutissent à un charlatanisme, d’autant plus mortifère que ce ne sont plus eux et leurs adeptes/esclaves, qui se mettent au service de Dieu, en tant qu’il est le nom du vide et de l’indicible, mais Dieu lui-même, qu’ils asservissent et mettent à leur service, pour obturer la béance qui les cause, et qu’ils refusent obstinément, jusqu’à en mourir. Plus on croit incarner une essence, dans l’espoir de réaliser son identité absolue, plus on bafoue sa subjectivité. C’est ainsi que l’existence subjective est compromise et que la jouissance totalitaire écrase tout désir.

Afin de ne pas accompagner tous ceux qui se vautrent dans les ornières de la virilité stérile, il ne faut pas hésiter à répéter jusqu’à satiété, peut être, que le discours analytique n’est ni supérieur, ni inférieur aux autres discours. Sa spécificité – qu’il s’agit de préserver coûte que coûte- tient à ce qu’il prend en compte ce que ces derniers refusent, voire forclosent au détriment de la subjectivité, et au profit de la raison classique, toujours grosse de totalitarisme, quelles que soient les précautions dont elle se pare, qui finiront paradoxalement par lui servir de remparts contre la subversion, inhérente à la logique de l’inconscient. Cette logique classique se refuse en fait de considérer celle-ci comme déterminante, en tant qu’elle accorde la primauté au signifiant et au zéro, nécessaire même à ceux qui n’en veulent rien savoir : ils évident eux aussi, mais en toute méconnaissance de cause. D’où le pire !….

Susciter du vide en rendant opérationnelle la négation, faire avec la faille irréductible et irréversible pour assurer l’advenue du sujet, est l’essentiel de la tâche analysante, qui étaie par le vide (et non pas par le sens) et le défaut irrémédiable d’unité, corrélatifs de l’aliénation signifiante. La distribution de sens (prédicat ontologique obturant), voire son offrande, par le « psy », mis à la place de Dieu/bouche-trou, se fait toujours au détriment du patient, qui se soumet au savoir de celui avec qui il partage le refus de la béance, aggravant par là même les impasses du transfert imaginaire (cf . les délires organisés dans le transfert). Pour favoriser le « Je », il s’agit de mettre en œuvre la présentification de l’absence (fonction paternelle) et évider l’Autre, duquel il faut se passer, mais à condition de pouvoir s’en servir (pour l’évidement : déconstruction/construction), en lui faisant perdre sa consistance par trop néfaste, lorsqu’il est incarné au point de mettre en échec la représentance, c’est à dire le ratage constitutif de toute représentation, concrétisé et traduit par ses représentants. (rapports semblant/représentants de la représentation)

Densifier le vide ou compactifier la faille renforce la dialectique asphérique et préserve le « Je » en tant qu’il procède de l’évidement qui détermine et organise toutes les transformations possibles, lesquelles confirment la structure signifiante et l’immaîtrisabilité du signifié. Cette dernière est contestée d’ailleurs par le symptôme, en quête d’un sens qui mettrait un terme définitif à « ce qui cloche », c’est à dire au défaut et à l’absence qui se donnent sous plusieurs formes de négation (« il n’y a pas de rapport sexuel », « il n’y a pas de métalangage », « il n’y a pas de vrai sur le vrai » (LACAN)….), qui limitent l’hypertrophie du moi, soutenue par ledit symptôme. Le moi crie alors sa souffrance dès lors qu’il est confronté à une altérité qui le rend étranger à lui même : il ne peut souffrir cette étrangeté tant qu’il ne se familiarise pas avec son altérité. Le temps peut être long pour ce faire ! « Là où c’était dois-je advenir » (FREUD). Le « Je » prend et s’impose comme le précipité qu’impulse l’évidement, fondé sur le signifiant, en tant qu’il met en œuvre la faille ou la béance, qui assure l’infini inhérent à l’articulation signifiante. Au signifiant qui matérialise (« motérialise » LACAN) ce qui n’est plus, correspond l’objet qui concrétise le manque. La hâte a toute sa place dans ce genre de précipité ! Le sujet n’est jamais déjà là. C’est pourquoi il n’a pas à subir ensuite un clivage ou une division. Il est l’effet de cette dernière en tant qu’il l’organise et en est la concrétisation, saisissable ponctuellement. Le vide se précipite –comme en chimie- en sujet, dont la saisie passe inévitablement par le signifiant, qui, en récusant toute complétude ontologique, en apporte la confirmation sur le plan structural. Le signifiant implique la variabilité et la variété à partir de l’échappement qui adjoint la vérité à « ce qui cloche », et que l’inconscient traduit sans en donner un sens immédiatement, quel que soit le savoir convoqué. Il induit le semblant, en tant qu’il métaphorise l’échappement, nécessairement appelé à produire des concrétisations, dont la maîtrise n’annule d’aucune façon ni son insaisissabilité, ni son immaîtrisabilité , qu’on feigne de l’ignorer ou pas. C’est ainsi qu’il est possible d’éviter le pire. Il s’agit d’abandonner la perversion (de chacun) imposée par la logique classique-non en l’éliminant- mais en la subvertissant à partir de ce qui la fonde, (utilisation de la béance pour déconstruire), et qui est inclus dans les productions qui sont au service de sa méconnaissance, voire de sa « passion de l’ignorance », liée au refus de savoir (la lettre), qu’alimente une érudition, totalement réfractaire à « l’ab-sens » (LACAN) et à la logique inhérente au semblant.

La perversion de chacun milite en fin de compte pour la psychose sociale, qui nourrit la passion pour tout ce qui récuse l’incomplétude ontologique, sous prétexte d’en finir avec tout ce qui cloche, qui caractérise en vérité la béance structurale, alors qu’il est interprété comme l’effet d’un interdit de jouissance, imputable à des raisons extrinsèques (individus et groupes sociaux et leurs conceptions mis à l’index). Cette erreur, entretenue par la logique classique (discours du maître), procède de l’exclusion de l’inconscient, qui s’avère néfaste, voire funeste pour l’humanité, dont la spécificité ressortit au primat de l’ordre symbolique, qui n’a rien à voir avec les conceptions idéologiques, donneuses de sens et d’ordres. Déconstruire celles-ci sans les démolir de façon agressive grâce à la mise en jeu de la faille qu’elles taisent, sert à terme à conforter le nœud borroméen, qui engage une temporalité, dont le mérite consiste à dénouer et à renouer des représentations, pendant le temps où elles sont en train d’être effectuées, élaborées, c’est à dire parlées, évoquées par la parole qui leur donne corps.

Amîn HADJ-MOURI – 05 février 2014