logo


Chronique estivale

CHRONIQUE ESTIVALE AU PROFIT DU VIDE

QUE LA LETTRE FAIT TOUJOURS PARVENIR A DESTINATION

                                                                                                

« Maintenant que tu gis sur les mots, seul, ceint de tubéreuses, de vert, de bleu, je comprends enfin ce que je ne comprenais point.

Que l’avenir depuis lors est ton passé à venir. »

Mahmoud DARWICH

(Présente absence)

                                                                                                                                                                              

« Je ne dis pas que « la politique c’est l’ », mais tout simplement : l’, c’est la politique… »

J. LACAN

(La logique du fantasme)

                                

 Je m’appuierai ici sur des annotations critiques et des commentaires, apportés aux différents textes que j’ai publiés sur le site de l’AECF. Ils me donnent l’occasion de préciser et d’argumenter mes positions théorico-pratiques, sans chercher à convaincre quiconque de leur bien fondé, mais en tentant sans cesse de clarifier et de consolider mon argumentation. Pour nourrir l’échange, je proposerai cette réflexion plus générale, qui portera sur certains points que j’essaierai, à l’instar de Louis COUTURAT, de « relier par un fil continu comme les grains d’un collier, ou mieux (…) par un ciment aussi tenace que le ciment romain » (Correspondance avec Louis Benaerts).

Cette réflexion prolonge le petit commentaire que j’ai rédigé en réponse au texte de Kevin VANCAUWENBERGHE, lequel fait écho aux multiples questions soulevées par la pratique analytique dans les institutions, soignantes ou non. Elle entame également le débat sur la et le , inauguré par l’argument de Jean-Charles CORDONNIER.

Je me suis rendu à l’évidence que le travail d’évidement, déconstructif/constructif, dans le sens où il favorise l’émergence de conceptions nouvelles qui ne méconnaissent plus ce qu’elles refoulaient, et refusaient de savoir, reste éminemment compliqué.

Tout comme l’est la tâche d’élucidation des confusions qui entravent l’équivocité signifiante.

Les difficultés majeures procèdent à mon avis de la manière dont chacun choisit d’intégrer et d’inclure l’hétéros et le négatif, sans s’enfermer dans une opposition antagoniste, qui fait échec à la dialectique moebienne, impulsée par l’inconscient. « Le non point de vue » (LACAN) / « hors point de vue » (René LEW), représente à mes yeux le point de vue qui s’appuie sans cesse sur la négation, nourrie par le primat du signifiant. Ainsi l’audace désinhibitrice et le désir de se libérer de points de vue qui poussent à l’univocité, favorisent la production de fictions qui confirment leur « fixion » à ce qui ne cesse pas d’échapper et à ce qui ne cesse pas de ne pas s’écrire : la division subjective est congruente du « mi-dit » de la vérité, qui induit le « pas tout ».

Depuis les années 80, le travail effectué dans le cadre de l’ECF, et notamment dans celui des Cahiers de Lectures Freudiennes -organisés et dirigés par René LEW-, comme dans celui -très court- de Dimensions Freudiennes- et enfin dans Dim Psy, m’a permis d’approfondir la veine ouverte par la cure, alors que, au sein du Groupe d’Etudes lillois d’abord, et à l’AECF en suite, les questions liées et suscitées par le discours analytique restaient en général engoncées, en raison des idéologies médico-psychologiques dominantes dans la région, dans des conceptions qui étaient bien loin d’être à la hauteur de la coupure épistémologique freudienne et de son renforcement, enrichi par LACAN.

Se confronter à la difficulté de « moebianiser » des énoncés est une tâche qui consiste à déconstruire des slogans, mis en circulation par des « maîtres d’école » pour unifier leurs « classes », lesquels laissent accroire que la psychanalyse est une conception du monde, comme toutes les autres. Alors que la spécificité du D.A consiste à dégager de ces conceptions ce qu’elles refoulent, à partir du retour du refoulé qui, sous une forme travestie, ne facilite pas la mise en oeuvre d’une lecture autre que celle qui est imposée par la raison classique, très rétive au signifiant et au dissensus, induit par l’écart qui constitue son lien avec le signifié. La plurivocité corrélative du dissensus qui met en évidence le dire (l’énonciation) en tant qu’il dépasse les dits (énoncés), provoque une conflictualité dont la finalité consiste à faire recouvrer sa primauté à l’ordre symbolique. L’incomplétude de ce dernier s’avère insupportable pour les « progressistes » qui tiennent et soutiennent mordicus une , totalement déprise -à l’opposé de ce qu’institue la structure- de l’imprédicativité foncière du signifiant (« fixion » et « signifiant-maître » de LACAN).

L’écart disjoint en liant le signifiant au signifié qui lui échappe, et qui permet de ce fait de produire des constructions qui le bordent, sans jamais le combler. Son irréductibilité inexorable détermine des modes de conflictualité différents, qui favorisent ou bien empêchent la production de conceptions inédites, affranchies de la toute-puissance et du totalitarisme « hommosexuels », et bien enracinées dans leur fondement signifiant, en tant qu’il fait valoir leur contingence. La négation, nourrie par cet écart constant, facilite l’advenue de la féminité, qui fait valoir une temporalité propre à cette négation, en mettant au jour un « éternel féminin », comme métaphore de la présentification de l’absence, inhérente à la mort du Père. Cette temporalité aboutit à un abandon par dépassement du totalitarisme, qui n’a plus de raison d’être, au sens où les conceptions bilatères finissent par échouer sur un écueil indépassable : leur propre fondement signifiant qui leur révèle à terme que les projets et les finalités prédicatifs qu’ils poursuivent (à l’instar des fantasmes) sont des traductions d’une imprédicativité fondamentale, introductrice de la dimension de l’impossible. Cette dernière permet désormais de nouer dialectiquement ce qui paraissait intrinsèquement distinct et opposé, en le mettant en continuité grâce à un fondement (extrinsèque) qui les différencie et les identifie. Une telle « père-version » du bilatère dominant la raison classique, débouche sur de l’unilatère grâce à la levée de la méconnaissance qui frappe en l’excluant le vide fondateur, encore opérant, s’il n’est pas trop obturé de semblant réifiant, favorisant alors la forclusion.

La mise en jeu de la négation qui implique l’inconscient, est censée préserver ce vide de tout essentialisme et de toute absolutisation, qui feraient retomber dans les impasses de la logique bilatère et sphérique, résultant de cette méconnaissance, peu amène à l’égard du « mi-dit » de la vérité et renforçatrice des prétentions du moi à trouver un sens ou une signification, qui en finissent avec la signifiance. Si la vérité est mi-dite, ce n’est pas par carence de savoir(s), mais pour des raisons structurales : le signifiant est impliqué dans la prédicativité, qui ne peut s’affranchir de la métonymie en tant qu’elle est révélatrice d’imprédicativité indépassable, mais toujours menaçante pour les « réalistes », réificateurs du signe. L’hostilité de ces derniers procède de ce qu’ils n’acceptent pas que les choses acquièrent leur existence, à partir de ce qu’elles induisent du fait même de leur échappement et de leur insaisssabilité réelle. Quel que soit le savoir invoqué ou convoqué, aucun ne dispose du signifié ultime, mais peut participer –en se laissant critiquer et évider- à la mise au jour du vide, qui fait échec aux tentatives d’obturation le visant.

L’union et l’unité des théories bilatères contre l’unilatère, qui promeut le signifiant et l’inconscient, se passent de toute tolérance, dans le sens où l’humanisme auquel elle se réfère, ne procède pas d’une bonté d’âme qui dicterait une position imposée par une volonté individuelle, mais provient d’un discours, d’un lien social qui n’admet pas l’impossibilité de suturer l’écart irréductible auquel on est astreint en tant que parlêtre. (Cf les propos de LACAN dans Télévision sur ceux qui luttent contre la misère sociale tout en y contribuant : c’est d’ailleurs ce qui se passe aussi bien dans les institutions médico-psychologiques, dites soignantes, véritables «  bouillons de culture » pathogènes mettant à mal la structure subjective et renforçant en général les difficultés de ceux qui se livrent à elles.)

L’aliénisme fait feu de tout bois : même LACAN y a sa place pour combler les trous du bric-à-brac médico-psychologique. Au lieu d’évider sérieusement et rigoureusement ce dernier, en soutenant les débats théorico-cliniques à partir du signifiant, et en référence à LACAN, c’est un salmigondis de notions psychologiques, empruntées à des corpus idéologiques divers, sans examen critique préalable, qui inonde ces « lieux de soins », sous prétexte de pluralité érudite et de liberté, alors que la véritable plurivocité procède tout simplement du signifiant, de sa structure et de la logique qu’il inaugure. Le signifiant, c’est rien, mais c’est déjà beaucoup, car c’est mieux que tout !

Il est vrai que l’illettrisme ambiant ne favorise guère la dispute et le débat, sous prétexte qu’ils peuvent susciter de la violence. La préférence va plutôt à l’enténèbrement et à l’obscurantisme dont la violence est nettement plus grave et pernicieuse, d’autant plus qu’elle pervertit la métapsychologie freudienne, accaparée par maints imposteurs, acharnés à la vider de son fondement signifiant. Le mépris dans lequel les illettrés tiennent le signifiant, en raison de son rapport au signifié, les amène immanquablement à pratiquer et à soutenir des positions ségrégatives et discriminatoires, voire racistes. C’est ce qui s’est déjà produit en Amérique latine, plus exactement au Brésil, où un pseudo analyste, médecin et lieutenant de police militaire, cependant membre de l’IPA, s’est adonné à des tortures pour le compte de la dictature qui dirigeait ce pays. (Cf. Helena BESSERMAN VIANA : « N’en parlez à personne. Politique de la psychanalyse face à la dictature et à la torture. L’Harmattan). Mener un combat contre ces derniers en promouvant la logique du signifiant, s’inscrit incontestablement dans le vaste champ de la lutte des classes, où l’inconscient comme travailleur impénitent a toute sa place, pour atténuer l’arrogance du moi, sans lequel il faillirait complètement.

Evider grâce à l’examen critique, revient à ouvrir une brèche dans l’hermétisme du moi et dans la théorie qu’il met en avant pour exclure la dimension du vide, qu’il refuse obstinément. Cette méconnaissance active lui fait maintenir un entendement qui l’éloigne considérablement de l’unilatère, pourtant toujours implicitement en vigueur, malgré l’hégémonie accordée au bilatère. Cette tendance à l’exclusion est intrinsèque aux idéologies médico-psychologiques qui dominent les institutions dites soignantes, de plus en plus réifiées à l’image des normes capitalistes prévalentes. Ainsi, on voit apparaître l’ostracisme de sbires du pouvoir institutionnel, dès que leurs préjugés et leurs insuffisances et/ou leurs incompétences sont mises au grand jour. Ou bien on assiste à une subreptice organisation clanique de l’ entre membres réfractaires à la radicalité, qui continuent à se référer à FREUD, voire à LACAN en épurant leur discours de la radicalité, sans laquelle il n’y aurait pas de psychanalyse. Cette épuration « immunisante » et progressive réunit les passionnés de l’amour du même, intéressés par les ébats plutôt que par les débats. Elle maintient ainsi une répartition hiérarchique sous couvert de clanisme, dans laquelle chaque détenteur de pouvoir, conféré par le discours médical, organise sa garde rapprochée, composée de larbins, prêts à lui porter secours, si jamais la radicalité risque de l’évider par trop. Ces tendances à « l’affinité » relèvent de la psychologie de bazar, qui a l’outrecuidance de se faire passer pour de la psychanalyse, laquelle fait prévaloir l’échange du vide par la parole, afin de mettre en évidence le sujet. Elles s’avèrent violentes envers ce dernier qui n’est plus qu’un « hochet » idéologique, à l’usage de « parasites » et d’autres rentiers opportunistes, constituant le menu fretin de la « constellation psy » qui peuple ces institutions. Si le sujet (de l’inconscient) est si violemment rejeté, (à tous les niveaux et dans tous les secteurs d’activités de ces institutions) comment prétendre alors recevoir et prendre en charge des personnes qui sont « en délicatesse » avec lui  et avec la structure subjective ?

Il suffit de relever le nombre de patients, suivis pendant de nombreuses années durant, qui se retrouvent à terme, coincés dans une problématique qui n’a jamais été élucidée et conduits vers une « voie de garage », les contraignant de s’orienter vers de nouveaux établissements les confirmant dans leur identité de « malades » ou de « handicapés », porteurs de déficits, d’origine plus ou moins « mystérieuse », d’autant que le recours à l’enfumage médico-psychologique vient toujours à la rescousse.

Quand des illettrés se font en plus imposteurs, l’éthique se meurt, mais leur regroupement se consolide et se renforce tellement qu’il en devient tragi-comique par certains aspects. Il en est ainsi de ceux qui se gargarisent du transfert et ne soumettent pas leur amour passionné du même à une analyse sérieuse, préférant patauger dans les marigots des et du fonctionnement groupal, préjudiciable à une prise en charge sérieuse des personnes qui s’adressent à l’institution, qui est alors mise au service de leurs impératifs imaginaires partagés. Pourtant, les « perroquets » du lacanisme pourraient se servir non seulement du séminaire sur « le Transfert », mais aussi de « Psychologie collective et analyse du moi »  de FREUD, pour mener une réflexion poussée sur les et leurs « facticités », mettre au jour les obstacles qu’elles engendrent quant au dépassement du fonctionnement groupal et au passage au collectif (équipe), dévoiler les obstacles pernicieux que l’affinité imaginaire induit quant à l’analyse des problématiques des patients, enfin les transcender en faisant valoir le symbolique (le signifiant) et son incomplétude pour mettre en évidence le ratage en tant qu’il fait échec à l’organisation clanique et groupale. Alors qu’ils sont enlisés jusqu’au cou dans leur amour du même, ce genre d’illettrés considèrent que la critique, fondée sur le discours analytique, qui est proposée, est nulle et non avenue. Le plus comique –mais aussi tragique pour les patients- c’est leur réaction face à tout énoncé et/ou analyse respectant la dialectique freudienne, qui les offusque. Ils manifestent bruyamment leur refus de ce qu’ils méconnaissent et cherchent à imposer virilement leur psychologie de bazar (au service du priapisme narcissique) comme la vraie psychanalyse, dépouillée de tout ce qui les dérange en elle, notamment sa moebianité. Un pauvre larbin, subalterne du discours médico-psychologique n’a pas hésité à se « fendre » d’un argument qui laissait entendre que seul le concret l’intéressait ! Il fait malheureusement écho à ce qui est enseigné dans certains sanctuaires de la débilité, qui excellent à détourner la moebianité d’un énoncé, jugée trop compliquée, pour l’anéantir dans une proposition –plus facile- exclusivement bilatère, de type médico-psychologique, entre autres. Alors que ce genre d’imposteurs ne cessent de piller la psychanalyse pour consolider leur méconnaissance, ils atteignent un degré de comique inhabituel qui consiste à user de concepts dont le fondement et la logique sont radicalement incompatibles avec leurs énoncés.

A l’imposture perverse s’ajoute la rivalité virile qui impose le refus du nouage par le vide en tant qu’il négative tout sens prétendant être le signifié.

Les fossoyeurs patentés du discours analytique se recrutent majoritairement auprès des tenants de l’hégémonie de l’aliénisme, nourri par des idéologies de droite et de gauche, exclusives du signifiant, même si elles font croire qu’elles ont compris et intégré   l’inconscient. En vérité, il s ‘agit dans la plupart des cas de recycler les concepts fondamentaux de la psychanalyse et de les adapter aux discours bilatères (du maître et de l’universitaire) de type médico-psychologique, qui les épurent de leur charge moebienne et les rend plus simples, pour venir renforcer la réification « objectivante » recherchée par le capitalisme, qui lutte contre la menace que représente pour lui, la logique de l’inconscient. La «  » des institutions médico-psychologiques envers le discours analytique, prépare les fossoyeurs de l’inconscient à recevoir des enfants afin de les éloigner le plus possible de la logique subjective –pour leur bien ! -, alors qu’à leur âge, ils sont censés y être plus sensibles, plus réceptifs et attentifs. D’où les nombreuses confusions qui s’installent aussi bien chez eux que chez leurs « thérapeutes » quant aux rapports établis entre les conduites d’opposition plus ou moins agressives et les tentatives de déconstruction/destruction, entreprises pour s’approprier et spécifier, voire signer sa construction, toujours fictionnelle. Heureusement que la structure les protège encore quelque peu contre les coups de boutoir de ceux qui confondent les réalités avec le réel, dès lors que le signifiant n’a aucune valeur à leurs yeux. Aussi est-ce parce que l’écart constitutif du signifiant, le déprend du signifié, que l’inceste est interdit et que la réification achoppe sur l’échappement. Les agressions continues contre cette logique dans les institutions qui se réfèrent au discours analytique, sont des transgressions perverses d’une violente cruauté qui outragent la subjectivité, en la soumettant à des savoirs qui ne veulent rien savoir du vide qui les détermine et permet leur progrès. Ils servent la réification en renforçant l’impensé et en incitant à l’inhibition, qu’il s’agit de lever en remettant en jeu le signifiant et sa structure, maintenus longtemps dans la méconnaissance. Aussi, tout énoncé peut-il se prêter à la déconstruction, à l’examen et à la lecture critiques pour servir d’appui à la création d’un nouvel énoncé, doué d’une nouvelle valeur qu’il doit à celui qui lui a servi initialement. Aussi expliquer à partir de là que tout énoncé est nécessairement faux mais irréfutable, et à ce titre, évidable, déconstructible, voir destructible, devient inouï de la part des ennemis déclarés du signifiant. Si tout propos est nécessairement faux, c’est en raison du signifiant qui ne peut restituer la totalité ou l’entièreté d’une situation, à l’identique. Mais il est irréfutable car c’est à partir du moment où il est rapporté qu’on peut le soumettre au travail de déconstruction sans le disqualifier, ni le dévaloriser. Il est le produit d’un rapport établi par un parlêtre qui a mis en œuvre son mode particulier de représentation, lié à un discours dans lequel il s’inscrit et qui lui confère une façon spécifique d’user du signifiant, et d’en tenir compte pour reprendre son propos, le « travailler » de sorte que, de sa fausseté initiale peut émerger progressivement la vérité. La haine vouée à tout ce qui peut rappeler le signifiant, introducteur de l’hétéros, est proportionnelle à l’amour passionné du même, qui refuse ce principe logique : un signifiant ne peut pas se signifier lui-même. La non-identité à soi ou l’altérité essentielle à la subjectivité devient insupportable et le déchaînement de la xénopathie peut suivre son cours « normal », dans de telles institutions « soignantes », qui compromettent le discours analytique par leur propre perversion, élevée au rang d’adaptation à la réification généralisée.

La déconstruction hérétique, qui met au centre de la réflexion le ratage, homologue du vide que le A barré fait advenir, fait déchoir les savoirs et les idéologies dominants dans les institutions, qui en « meurent à petit feu », au détriment des patients qui les fréquentent et se voient, eux mêmes, de plus en plus réifiés et chosifiés, non sans que certains y trouvent aussi leur compte. L’exclusion de l’inconscient est d’autant mieux –et largement- partagée, que le signifiant n’a plus aucune valeur dans l’élucidation des symptômes. Donner de la voix pour tracer sa voie dans ce genre d’institutions, nécessite un entendement qui combat et bat en brèche les redoutables et violentes résistances contre l’inconscient, qui se manifestent quasi instantanément lorsque l’unilatère est invoqué et intégré dans l’argumentation. La levée de boucliers de la part des illettrés est pathognomonique de leurs craintes et de leurs inquiétudes quant à l’évidement de leurs propositions, dont ils veulent conserver à tout prix le caractère bilatère, alors que c’est celui-ci qui réclame et appelle à la mise au jour de son fondement unilatère. En défendant plus ou moins violemment leur méconnaissance, pour que le ratage du signifié ne vienne pas les importuner, il montre au grand jour leur intolérance au signifiant, tout en ne cessant d’invoquer la psychanalyse et son discours.

Se mettre à l’abri de ces imposteurs et autres fossoyeurs, passe nécessairement par la mise en valeur et en évidence constantes du signifiant en tant qu’il détermine la signifiance et implique la structure spécifique de la vérité, comme « mi-dite ». La confirmation –par la clinique- de la fonction signifiante, finit tôt ou tard par éventer l’imposture qui consiste à faire main basse sur le discours analytique pour le délester du signifiant et l’offrir aux idéologies hygiénistes médico-psychologiques, bien adaptées à la réification capitaliste, qui le leur rend bien, à travers la mise en place d’institutions dites soignantes, dont la vocation première est d’intensifier la réification et d’y adapter ensuite tous ceux qui ne s’y retrouvent pas pour des raisons diverses et variées. Et même lorsque l’inconscient se montre actif face à cette réification, ceux qui sont censés le soutenir, n’ont de cesse -pour la plupart d’entre eux, qui se proclament - de s’ingénier à faire rentrer dans le rang de l’aliénation sociale ceux qui rechignent et renâclent, en raison de leur «  maladie » dite mentale, expurgée de toute assise subjective. Au mieux, celle-ci est-elle considérée comme tellement secondaire, qu’elle n’a plus aucune détermination décisive quant à la symptomatologie, mais qu’il faut tout de même « entretenir » en lui affectant des psychologues, « pour parler », et qui participent ainsi à la dévalorisation de la parole, pour mieux enraciner la réification et l’évaluer ensuite par la mesure et la quantification dites « scientifiques », conformes au « rationalisme morbide » (E. MINKOWSKI) triomphant.

Dans un tel contexte, les illettrés, passionnés de réification bilatère, se permettent de s’insurger, au nom de la psychanalyse, contre des productions qui s’évertuent à restituer le plus précisément possible la dialectique moebienne, requise par la logique de l’inconscient. Le tour de force pervers consiste à se faire passer pour des défenseurs de la psychanalyse, en la délestant de tout ce qui rappelle la fonction signifiante, et partant l’inconscient, que celle-ci met sans cesse en évidence. Il est inutile de dire que lorsqu’il s’agit de proposer à ce genre d’illettrés des constructions, des fictions qui s’élaborent à partir d’un évidement qui consolide l’écart entre le signifiant et le signifié, « tordant ainsi le cou » définitivement à l’imperium du signe et au(x) savoir(s) qui le consacrent, voire le sacralisent, la réponse est connue d’avance : l’invocation de l’empirisme prédicatif par souci du concret, est présentée comme la solution infaillible, même si elle exclut in fine l’inconscient, et accentue un aliénisme d’autant plus pervers –lorsqu’il prétend assurer le rapport sexuel- qu’il laisse accroire qu’il est compatible avec le discours analytique.

Subvertir les principes de la conception classique, notamment ceux du psychologisme qui s’identifie à la psychanalyse, exige de s’engager résolument dans un travail, qui peut revêtir à certains moments, des aspects de combat, en vue de faire valoir une éthique de rupture avec toute forme de xénopathie, unique voie possible pour que le sujet de l’inconscient soit reconnu, sans aucune compromission. Les compromis, plus ou moins imposés par le fonctionnement de certaines institutions « de soins », s’avèrent souvent périlleux pour la logique imprédicative, moebienne, caractéristique du discours analytique. Ils mettent en danger l’inconscient dès lors que des théories manifestent leur objectif capital : écraser le signifiant pour institutionnaliser la maîtrise du réel, qui, à l’origine de l’inexorable et irrépressible échappement, conduit au ratage de la prédicativité et de la complémentarité objectale. C’est d’ailleurs pour cette raison, à mon avis, et en guise de compensation du défaut de rapport sexuel, que de telles institutions deviennent des objets, donnant l’illusion qu’ils offrent l’espace idéal pour donner libre cours à l’amour passionné du même, et réaliser la quête ontologique de ceux qui le partagent, faisant ainsi échec à l’altérité, qui rappelle par trop l’écart et la disjonction, corrélatifs du signifiant et de sa structure. Le groupe ainsi forgé s’adonne dorénavant au clanisme, et les affinités aménagent grandement les conforts de l’impensé, dissimulé sous les poncifs et les antiennes éculés du psychologisme. Tout en développant le clanisme, ces passionnés de l’amour du même, osent s’afficher comme défenseurs de « l’ouverture », pour lesquels tout se vaut, au sens où toutes les théories sont équivalentes, sans préciser bien sûr sur quel plan. Avec le temps, ils finissent par montrer au grand jour leur état de fieffés vassaux de la fermeture. En effet, si toute position procède du signifiant, toutes n’en rendent pas compte de la même façon.

Certaines vont jusqu’à la forclusion et à la tentative d’anéantissement de l’identité et de l’unité du fondement signifiant. Cependant toutes les positions peuvent être portées à la connaissance de tous, et partant d’accepter de se soumettre au travail critique d’évidement et de déconstruction, surtout si elles prétendent ressortir –sans l’usurper- à un discours comme le discours analytique. Ainsi, dans une institution dite soignante, constituée d’individus se targuant de faire référence à la psychanalyse, le tirage au sort a été choisi pour constituer des groupes de travail, qui ne soient pas infestés par les affinités provenant du « marigot émotionnel et compassionnel ». Sans que cette orientation soit dénoncée par les uns ou les autres, dès qu’un tirage ne convenait pas à un « amoureux du même »/réfractaire à l’altérité, il s’invitait en cati mini chez un directeur, parangon de l’illettrisme s’il en est, pour obtenir l’autorisation de rejoindre le groupe qui lui convenait et qu’il aimait, parce qu’il ne voulait pas se retrouver avec un collègue, plus ou moins haï, qui risquait d’évider ses illusions, mettre en lumière son imposture quant au pillage de la psychanalyse et son incompétence, proportionnelle à ses capacités d’usurpation. Il est facile de constater, dans nombre d’institutions, la propension des illettrés à vouer un culte à la méconnaissance pour mieux s’immuniser contre l’incomplétude et le transfini métonymique, assurés par l’achèvement de la structure subjective. Pris au piège de leur fantasme, qui ne souffre pas la disjonction, ils se retrouvent enfermés dans une prédicativité toxique pour leur intelligence de situations cliniques qu’ils prétendent élucider, voire résoudre. Dans un tel contexte pervers, qui bafoue l’éthique de la psychanalyse, il n’y a plus de place pour le discours analytique. Mais il faut prendre ses responsabilités et se montrer digne de servir et de défendre ce dernier contre des usurpateurs, dont l’opportunisme est au service d’une terrible et violente réification, préjudiciable aux patients, même si certains y trouvent quelques piètres bénéfices sociaux, qui contribuent à une prédicativité, prédatrice du signifiant et de l’inconscient.

Les dégradations du discours analytique par élimination du signifiant et de la signifiance, le pervertissent en idéologie d’autant plus trompeuse que le psychologisme se pare et s’empare de concepts analytiques, déliés de leur fondement et de leur logique. La confusion avec la subjectivité est à son comble : le champ du signe et le réductionnisme séméiologique accélèrent la faillite du signifiant, qui accorde sa préséance à l’existentiel sans exclure l’universel. La subjectivité n’est pas sujette aux maladies qui requièrent des signes et un savoir pour en détenir et maîtriser le sens. Elle est plutôt productrice d’erreurs de logique, qui procèdent du logos, c’est à dire du signifiant et des discours qu’il détermine.

Face à l’hostilité manifeste et déclarée au signifiant, il s’agit d’élaborer des arguments de plus en plus rigoureux et de plus en plus tranchants pour subvertir constamment les retours des idéologies réificationnelles, qui réapparaissent très souvent par une porte dérobée. Ainsi, pour lancer le débat sur les rapports entre « Pouvoir et féminité », dont l’argument a été rédigé par Jean Charles CORDONNIER, je ne pense pas du tout que « la féminité est un combat pour la renonciation(…) au pouvoir, un combat quotidien pour laisser la place vide… ». Pour soutenir à mon avis la moebianité du discours analytique, peut-être faudrait-il préciser de quel pouvoir il s’agit d’abord, avant d’envisager sa « renonciation » ensuite. Or, c’est parce que le signifiant détient un pouvoir certain qu’il suscite l’hostilité qu’on connaît, et qui est adressé à la psychanalyse. A mon avis, l’éthique du discours analytique consiste à redonner du pouvoir au signifiant grâce au travail d’évidement et de déconstruction, qui permet l’advenue du vide et de son pouvoir irrésistible, lequel n’est jamais donné en soi. Le vide résulte de la mise en œuvre de la négation qui détermine la déconstruction de tout ce qui relève du réalisme réificationnel, et dont on ne peut se passer, afin de le soumettre à l’évidement, inaugurateur d’un dépassement qui subsume et intègre l’écart irréductible entre le signifiant et le signifié. Aussi, même « la place vide » procède d’un travail déconstructif (cf. le transfert dans la cure).

Elle n’est pas donnée d’emblée. Elle résulte elle aussi d’un travail de démystification qui porte sur les illusions imaginaires nécessairement mises en avant , et qui font l’objet du travail de rappel de leur fondement oublié, refoulé. La dialectique moebienne n’est assurée, selon moi, que lorsque le signifiant, en raison de sa structure, acquière le pouvoir de contrer toute forme de pouvoir obturateur, qui provient d’une idéologie et/ou d’un savoir, fussent-ils progressistes et « objectifs ». Lorsque l’objectivité prétend à la totalité et méconnaît l’incomplétude, c’est l’inconscient qui trinque. Tout ce qui relève de la représentation et de la fiction en tant qu’elles mettent en évidence la présentification de l’absence, qui bat en brèche le mythe de l’objectivité –lui-même dépendant du signifiant- est refoulé par la réification réaliste, prometteuse de la fin prochaine de l’écart (agaçant) entre le signifiant et le signifié (totalitarisme du rapport sexuel). L’absence, le vide qui concrétisent cet écart sont intrinsèques à toute construction fictionnelle. Ils la déterminent en restant implicites. Mais ils s’explicitent et se matérialisent par leurs effets qui les font oublier, participant ainsi à leur refoulement.

La féminité, elle, peut être représentée par la fécondité issue du ratage, dont le pouvoir est d’assurer un renouvellement perpétuel sur la base du défaut de rapport sexuel. Et ce n’est pas en « laissant la place vide » que le vide est garanti, mais plutôt en occupant une place à partir de laquelle le travail d’évidement, concernant tous les effets qu’elle engendre, peut être réalisé, à partir du primat (pouvoir) accordé au signifiant, dont la structure s’oppose à toute obturation. Ainsi, l’aménagement de la place essentielle qui revient à l’objet a, cause du désir, ravive la Chose et le manque à être, qui lui est corrélatif. La « nature » nous a partiellement délivrés de son déterminisme, en nous dotant d’un organe : le cerveau, qui accepte la subversion du logos et la logique qui le sous-tend, et met en évidence ce qui échappe et reste insaisissable dans sa totalité. La vérité et ses quêtes, procèdent de ce défaut constitutif, qui « ne cesse pas de ne pas s’écrire », mais permet de ce fait diverses écritures possibles, dans lesquelles le vide reste toujours enchâssé.

Toute psychothérapie dispose d’un pouvoir plus ou moins toxique via l’impensé du transfert qu’elle engendre, et dont elle se nourrit. En revanche, seule la cure analytique se caractérise par une élaboration rigoureuse du transfert, en liaison avec ce que recèle le symptôme, qui conforte le moi quant à sa production d’extensions lui permettant de refuser de savoir ce qui est à sa portée. Il s’agit aussi de pouvoir, mais d’un pouvoir issu de la négation, propre à l’inconscient, et qui consiste à restituer leur primat au signifiant et à la signifiance, qui assurent la subversion de tout pouvoir par l’évidement systématique de ses prétentions à obturer le vide inhérent à toute représentation. Une telle méthode de travail « clinique » peut être instituée afin que toute institution puisse se développer en destituant régulièrement toute extension (théorie) qu’elle peut engendrer, et qui l’empêche de recouvrer l’intension ou la signifiance lui permettant d’accéder à l’ouverture, et partant à l’innovation (l’en-plus devient gagnant dès lors que la perte du tout lui devient concomitante par la mise en œuvre de la négation, drainée par le signifiant. D’où le « plus de jouir » !).

La lâcheté des imposteurs et des usurpateurs consiste à pervertir et à délier la dialectique si particulière entre S1 et S2, qui bouleverse les rapports classiques entre l’antécédence et la conséquence. En revanche, tous ceux qui ont réussi à avoir accès au discours analytique et sont censés le « soigner » (en prendre soin et l’améliorer) en respectant son éthique, sont à même de subvertir leurs propres extensions en les destituant, grâce à la structure signifiante et avec l’aide de collègues, qui, parce qu’ils partagent la primauté du signifiant, peuvent assurer un collectif, libéré de l’amour passionné du même (identité hommosexuelle contrevenant à la féminité) en offrant la possibilité à chacun d’être toujours seul, sans jamais être le seul. Ainsi la position de la « belle âme » se voit déjouée et la levée des inhibitions favorise la production d’extensions (en-plus) qui peuvent avoir le mérite – à l’instar de « l’association libre »- de mettre en évidence l’insu (par méconnaissance), le refoulé (qui n’est pas une tare déficitaire), nécessairement implicite, latent et attendant d’être mis en lumière et en valeur.

La métapsychologie freudienne rompt radicalement avec toute métaphysique préoccupée d’en soi et d’essentialisme et/ou de substantialisme intrinsèques, à connotation religieuse. Elle n’incite à aucune conversion renforçant l’illettrisme ambiant, et très souvent confortable sur le plan social. Sa subversion radicale se manifeste par la mise en évidence d’une temporalité qui transcende la chronologie, fétichisée par la réification mondialisée.

Accorder le primat au signifiant et à la signifiance revient à leur conférer un pouvoir qui configure et donne une place inédite, sans laquelle l’objet a perd sa raison d’être : celle d’être la cause du désir, de son indécidabilité et de son immaîtrisabilité, quels que soient les objets sur lesquels on jette son dévolu : ces derniers ne sont là que pour confirmer celles-là, malgré les prétentions du fantasme et ses avatars, qui accentuent le transfert imaginaire, propice à la confusion entre sens et signifié, au risque d’aggraver le symptôme et d’entraver tout accès au discours analytique.

Promouvoir par la destitution et l’évidement, des productions extensionnelles (S2), permet à une institution de s’offrir le luxe d’ « ex-sister » en faisant valoir la temporalité propre à l’inconscient : celle de « l’éternel féminin ». C’est bien ce luxe qu’il s’agit d’offrir aussi à ceux qui ne doutent pas, tout en redoutant l’inconscient, et qui s’adressent à une institution, censée prendre soin de leur subjectivité, favorisant l’advenue du sujet, à partir de places appelées à se construire et à se définir continuellement, à partir de « fermetures » inévitables, voire nécessaires, dans le but de faire échec à tout en soi, fût-il nommé vide.

Les « affamés de pouvoir » dans ces institutions se sentent diffamés dès que l’échappement du signifié est à l’œuvre. Ils trouvent cela infâme, alors qu’il ne fait que mettre en jeu la féminité à travers une temporalité, qui négative et transcende la seule chronologie, en la fécondant grâce à l’accomplissement de passages inattendus, imprédictibles, fondés et solidement soutenus par un défaut irréversible : celui du rapport sexuel, qui articule la féminité et le « pas tout », de sorte que chacun et tous puissent en jouir.

L’infamie est à son paroxysme lorsqu’ils font croire que la prédicativité « hommosexuelle » de l’aliénisme médico-psychologique est équivalente à l’imprédicativité « féminine » et « père-verse » du signifiant, dont ils n’en ont cure.

L’enjeu majeur, capital de la psychanalyse ne consiste pas à produire des théories extensionnelles (S2) parfaites, c’est à dire délestées de leur fondement intensionnel (S1), dont il est impossible de se libérer, quel que soit le caractère donné au bilatère choisi, retenu et maintenu. Il consiste plutôt à élaborer des constructions qui rappellent le plus possible la signifiance, occultée nécessairement par les discours qui rejettent le fondement signifiant de toutes les réalités, afin de mieux rester aliénés à l’en soi et à ses diverses réifications. C’est ainsi que même le vide, comme signifiant, est dégradé par le traitement que lui réservent certaines idéologies, issues du psychologisme, qui le dégradent et le réduisent à un en soi, peut être absolu, mais certainement stérile, dépourvu de sa fonction et de son caractère opérant, qui œuvre au profit de ce luxe qu’est l’affranchissement radical de la réification capitaliste, afin d’être digne – notamment en tant que psychanalyste- de restituer toute sa dignité au sujet, en partageant, avec tous ceux qui « subliment » leur symptôme en problématique correctement formulée, cette précieuse négation : l’inconscient, que nous a offert FREUD,…. pour l’éternité ?

 

                                                                                       Amîn HADJ-MOURI

18/07/2016