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LES INSTITUTIONS MEDICO-SOCIALES: DES « APPAREILS IDEOLOGIQUES D’ETAT », INSTIGATEURS DE CONCEPTIONS DESTINEES A MASSACRER L’ALTERITE ET A METTRE EN PERIL LA SUBJECTIVITE…

                                                                                

LES INSTITUTIONS MEDICO-SOCIALES DITES

« THERAPEUTIQUES» : DES « APPAREILS IDEOLOGIQUES D’ETAT », INSTIGATEURS DE CONCEPTIONS DESTINEES A MASSACRER L’ALTERITE ET A METTRE EN PERIL LA SUBJECTIVITE, FERMENTS D’UN RETOUR EN FORCE DE L’ANTISEMITISME ET DE TOUS SES AVATARS

 

 

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« Donc, si j’ai bien compris, la psychanalyse n’a rien à voir avec le prêt à porter ! C’est du sur mesure, à condition toutefois qu’on ne se trompe pas dans les dimensions. Sinon, on peut se retrouver comme dans le sketch du tailleur de Fernand RAYNAUD ! » (Intervention d’un participant à une conférence de présentation du discours analytique).

 

« Mais avez-vous jamais vu les hommes faire autre chose qu’embrouiller et défigurer tout ce qui tombe entre leurs mains ? » FREUD. La question de l’analyse profane)

 

« Prendre le signe pour objet fait obstacle à sa saisie comme signifiant ». (LACAN. Radiophonie)

 

 

« Dans tout système formel consistant contenant une théorie des nombres finitaires relativement développée, il existe des propositions indécidables. » (KURT GÖDEL)

« La consistance d’un tel système ne saurait être démontrée à l’intérieur de ce système » (KURT GÖDEL)

 

« Le monde extérieur est en quelque sorte défini par les questions que nous nous posons à son sujet » (TRINH XUAN THUAN)

 

 

Il s’agit là d’un document de travail, d’une sorte de « brouillon », comme on disait jadis en classe. Il appartient à chaque lecteur de le « mettre au propre », non pas dans un sens hygiéniste, mais au sens d’y relever d’éventuelles erreurs, de possibles incohérences pour les rectifier logiquement, non sans oublier d’y apporter et d’y laisser sa marque propre, c’est à dire singulière.

 

Déjà en 1974, dans Télévision, LACAN répondait en ces termes, à une des questions posées par son interlocuteur :

 

Question : « d’où vous vient par ailleurs l’assurance de prophétiser la montée du racisme ? Et pourquoi diable le dire ?

 

Réponse : Parce que ça ne me paraît pas drôle et que pourtant, c’est vrai.

Dans l’égarement de notre jouissance, il n’y a que l’Autre qui la situe, mais c’est en tant que nous en sommes séparés. D’où des fantasmes, inédits quand on ne se mêlait pas.

Laisser cet autre à son mode de jouissance, c’est ce qui ne se pourrait qu’à ne pas lui imposer le nôtre, à ne pas le tenir pour un sous-développé.

S’y ajoutant la précarité de notre mode, qui désormais ne se situe que du plus-de-jouir, qui même ne s’énonce plus autrement, comment espérer que se poursuive l’humanitairerie de commande dont s’habillaient nos exactions ?

Dieu, à en reprendre de la force, finirait-il par ex-sister, ça ne présage rien de meilleur qu’un retour de son passé funeste. »

Avant d’entrer dans le vif du sujet, il faudrait en préambule, faire part de quelques précautions d’ordre épistémologique : je dis/écris ici ce que je pense, et non pas du tout ce que le lecteur doit penser. Il appartient alors à chacun, à partir de ce qu’il entend de ce qu’il lit, de choisir, ou bien l’approbation, ou bien la réfutation. Mais l’une comme l’autre exigent d’être argumentées et étayées, sur la base de principes fondamentaux aussi clairs que possible. Soutenir l’inconscient, et surtout la positivité de sa logique négative, requiert de ne pas fuir les difficultés auxquelles celle-ci nous contraint, au risque de sombrer dans l’inconséquence et l’irresponsabilité, précurseurs du cynisme, accompagnateur du refus de la lettre, et partant celui du vide, réduit de plus en plus au silence, voire complètement évincé, parce qu’il est inouï, du fait même qu’il n’est présent que par son absence, laquelle engendre bien des effets et des conséquences, très audibles. Autrement dit, sans le vide, ainsi défini, la récursivité n’a aucune chance d’être promue, ni mise en œuvre. C’est ainsi, à mon sens que l’éthique du D.A pourra être respectée et mise en valeur, réduisant le plus possible la place des idéologies, dont la fonction de réification ne cesse de s’accroître avec le développement du capitalisme et de sa raison majeure : dissimuler l’exploitation et masquer l’augmentation forcenée de la plus value.

Le néo-libéralisme actuel, avatar du capitalisme le plus vil, dicte de manière de plus en plus autoritaire, voire totalitaire les conditions pour que les institutions médico-sociales se définissent et se positionnent en s’adaptant d’abord et avant tout aux critères qu’il impose quant à la gestion du marché de « la folie de la guérison ». La concurrence fait rage entre tous les « psys », adeptes de la « SAMCDA (Société d’assistance mutuelle contre le discours analytique) » (LACAN. Télévision). Ils se montrent d’autant plus « illettrés » (experts en méconnaissance de la place primordiale de la lettre dans la raison, mise en jeu par la « déraison »), que leur érudition fait obstacle au travail d’évidement de leurs savoirs compilés et éclectiques, destinés à faire échec à la structure du signifiant. Ils sont les producteurs d’une rhétorique qui leur assure des parts de ce marché, d’autant plus importantes qu’ils se montrent capables, aux yeux de l’idéologie dominante, d’agréger toutes les inepties possibles et imaginables, en vue de prétendre vaincre la déraison (négation de l’inconscient), et de faire triompher la raison (paranoïa du moi), tout en portant au pinacle des conceptions paradigmatiques du réalisme et du pragmatisme, les deux « mamelles » idéologiques de la « modernité ». Ces conceptions, enveloppées généralement dans un piètre emballage humaniste, servent à enfumer – sur un ton très souvent moralisateur- pour mieux refouler un despotisme, recourant à des références scientifiques, prétendument universelles, pour mieux réprimer la signifiance et la polysémie qui la concrétise. Cette répression, à laquelle des idéologues de la psychanalyse, prêtent main forte, outragent la subjectivité de tous ceux qui ont affaire à ces institutions, censées donner abri aux productions qui permettent l’advenue du sujet, grâce à la décomposition des symptômes, passant progressivement d’obstacle et d’écran à l’inconscient, à sa reconnaissance et à son acceptation comme une nécessité, essentielle à l’existence de tous les êtres parlants et de chacun d’eux. Aussi, un des enjeux majeurs à ranimer dans les institutions, notamment celles qui se prévalent de l’inconscient et de ses exigences, consiste-t-il à démystifier les univocités déterminantes, en les déconstruisant, afin d’élever le vide à la dignité d’une dimension essentielle et opérante en tant qu’elle soutient et nourrit sans répit la « présentification de l’absence ». C’est ainsi, à mes yeux, que la signifiance peut gagner ses lettres de noblesse et consacrer l’inconscient, en même temps que le « parlêtre », qui cohabite avec l’individu, la personne ou le moi, lequel ne peut plus se passer de lui, tout en lui « faisant de l’ombre ». La lettre, pour me répéter, est le sceau de l’incorporation du symbolique, qui libère le parlêtre de ses déterminismes, lesquels, en alimentant nombre d’a priori, renforcent les approches univoques, stériles, et partant funestes, voire mortifères pour la subjectivité, quels que soient les précautions humanistes, dont ils se parent pour parer à l’inconscient, et surtout à sa logique négative. Parer de scientificité la prédicativité contenue dans des constructions idéologiques, qui biologisent, sociologisent et psychologisent « à tour de bras », fait partie des impostures admises par les rapports sociaux, en l’occurrence capitalistes, qui visent à censurer tout questionnement intégrant l’hérésie de la structure subjective. Ce type de parade se prévaut de (fausse) neutralité –fût-elle bienveillante- pour dépolitiser des questions fondamentales, et renforcer au maximum la terrible logique sphérique, qui infléchit considérablement la raison propre à la négation que met en œuvre l’inconscient. Il relève d’un choix politique qui limite grandement les possibilités de reconsidérer ces questions à partir des catégories et de l’éthique offertes par le DA. Prendre le parti de s’engager, de façon responsable, dans la tâche analytique, est certes une action politique, orientée prioritairement par l’avènement du sujet et sa reconnaissance. Elle n’a pas à s’identifier pour autant à une prise de position partisane, dont la finalité, malgré les déclarations explicites, souvent confuses, revient à alimenter sans relâche les mythes de la complétude, en s’opposant catégoriquement au primat du signifiant.

 

Evoquer la condition d’être parlant (« parlêtre » pour LACAN) implique le primat du signifiant, qui impose à tout parlêtre que ses énoncés, parce qu’ils sont foncièrement et d’emblée, partiels et partiaux, sont « irréfutables ». A ce titre, ils sont susceptibles d’être soumis à la question et à la critique, afin qu’ils deviennent plus féconds encore. Ainsi, ils excèdent leur circonscription tout en libérant la vérité qu’ils contenaient et et refoulaient, dans le but d’accréditer l’idéologie dominante, qui tient à confondre et à amalgamer le réel et les réalités qu’il engendre, en leur échappant. Celles-ci, aussi diverses et multiples soient-elles, ne parviennent pas à l’embrasser et encore moins à le maîtriser. L’échappement du réel, issu des différentes constructions autorisées par l’ordre symbolique, délimite l’impossibilité de son asservissement par quelque théorie que ce soit, notamment celles qui prétendent le maîtriser. Elles finissent toutes par mettre au grand jour leur vanité, et par justifier par là même le « déréalisme » (Jean-Yves GIRARD), inhérent au primat du signifiant. Ainsi, aucune réalité n’est posée a priori comme un donné établi naturellement, en soi. Et le mythe de l’extériorité équivalant à l’objectivité, (versus l’intériorité à la subjectivité) vole en éclats pour laisser place à un constructivisme qui fait de toute réalité une médiation pouvant favoriser l’émergence de la vérité, laquelle procède d’un échappement et ordonne une métonymie engageant l’infini, issu de la structure achevée (finie) du signifiant en tant qu’il est irréductiblement séparé du signifié. Dès lors point n’est besoin de faire appel à des démiurges et à des sauveurs, détenteurs et promoteurs de méta-structures aussi sophistiquées que débilitantes, d’autant plus qu’elles servent à renforcer les méfaits de l’aliénation sociale dont les soucis hygiénistes, visant à épurer la raison de la déraison, propre à la négation que l’inconscient met sans cesse en œuvre, sont très souvent gros de barbarie. A force de vouloir restaurer et consolider la raison mégalomaniaque du moi, qui ne peut se passer de celui qui l’altère, à savoir le sujet qui l’incomplète, c’est la mise à mort de l’existence qui est ordonnée et programmée : à certains échoit la mort sociale, à d’autres revient la mort réelle. Heureusement que la structure subjective tient le coup malgré les assauts continus de tous ceux qui prétendent et visent à éradiquer l’inconscient et sa « déraison » pertubatrice des idéologies binaires, duelles et débiles, qui refusent la mise continuité moebienne et le passage à l’unilatère, à défaut duquel elles n’auraient aucune consistance.

La transgression de l’ordre symbolique ressortit à une violence, qui consiste à massacrer la subjectivité en l’épurant par élimination de tout ce qui peut rappeler la déraison de l’inconscient. Elle devient un « impératif catégorique » qui préside au fonctionnement des appareils idéologiques, mis en service par l’Etat (même s’ils sont gérés localement et « indépendamment » par des associations) pour que la subjectivité ne vienne pas entraver l’adaptation à l’idéologie dominante, à l’œuvre en leur sein, notamment dans la manière dont le savoir est utilisé, avec toutes les conséquences qui en découlent sur leur organisation interne : hiérarchie, prises de décisions, débats et conflictualité, corporatisme, cliniques et lectures..

Se référer au signifiant implique de s’abstenir de recourir aux slogans et aux litanies, servis à foison par les idéologies psychologiques et psychiatriques dites psycho-dynamiques, ou d’inspiration psychanalytique. Ne pas lâcher le primat du signifiant fait partie d’un combat politique et idéologique qui oppose le réalisme au « déréalisme ». Ce dernier pose de manière définitive et décisive l’impossibilité pour tout être parlant, quel que soit son statut social et ses connaissances, d’accéder directement et immédiatement au réel, confondu avec le monde extérieur, objectif : même le « principe de réalité » freudien est convoqué par les réalistes pour renforcer leurs inepties, qui, malgré le scientisme dont elles se parent, restent elles-mêmes tributaires et soumises au signifiant qui les détermine, les cause et les soumet à la signifiance, stimulant le doute dès lors qu’il s’avère impossible qu’un signifiant prétende se signifier lui-même. S’opposer et entraver cette dépendance et les conséquences qui en procèdent, est la mission dévolue à des idéologues patentés, qui n’hésitent pas à faire appel et à appliquer les méthodes chères au despotisme, des plus sournoises et pernicieuses ou perverses, aux plus péremptoires et manifestes, surtout si le « levier  corporatiste » rassemble tous ceux qui sont sensibles au « narcissisme des petites différences » (FREUD), lequel leur permet de faire corps ensemble et de renforcer, par les moyens de l’identification imaginaire, l’amour éperdu que chacun voue à son moi. De tels errements aggravent les impostures théoriques et pratiques qui censurent le discours analytique et confisquent l’inconscient pour le mettre sous la coupe des impératifs de l’aliénation sociale, très reconnaissante aux institutions, qui rivalisent de perversion pour dissimuler leur fonction d’appareils idéologiques, au service de la reproduction de rapports sociaux qui n’ont cure de la subjectivité, c’est à dire de l’inconscient. Leur objectif majeur, voire capital, consiste à consolider- avec le recours d’une psychanalyse adaptée et édulcorée- tout ce qui éloigne et élude l’échappement et la faille, qu’il s’agit alors de dompter par tous les moyens, d’autant plus que les savoirs idéologiques habituels s’avèrent incapables de les maîtriser et de les commander. L’aliénation sociale, qui ne veut rien savoir de l’aliénation signifiante ou symbolique, persiste à encourager toute forme de savoir scientiste et réductionniste, pour faire échec à celle-ci. . La censure et l’autocensure qui règnent dans ces institutions, les transforment en espaces, propices à toutes les régressions théoriques (discriminations, racisme, xénophobie en écho à toutes les formes de xénopathie, antisémitisme…) font obstacle à tout travail d’évidement pouvant compromettre une unité corporatiste, en vérité factice, qui dissimule mal les différences hiérarchiques et le pouvoir, ainsi que la subordination qui les accompagnent. Dans un tel contexte, tout ce qui fait échec à la féminité, inhérente à la subjectivité, est encouragé : toute lecture de symptômes qui rappelle la raison spécifique de la déraison, en tant qu’elle procède de la fonction de négation, impulsée par l’inconscient, est manifestement écartée, notamment grâce à la pression incessante d’imposteurs qui se donnent pour tâche –avec la duplicité et la connivence de ceux qui détiennent le pouvoir dans l’institution- de dérouter la logique asphérique ou unilatère, propre au discours analytique, et de dégrader ce dernier en idéologie médico-psychologique, exclusive du sujet. Se donner à corps perdu dans ce type de pervertissement, au nom surtout de l’hégémonie du discours médical et, accessoirement, au nom d’une psychologie humaniste corrompue (cf. G. CANGUILHEM « Qu’est ce que la psychologie ? ») – caractérise l’ambition phallo-narcissique de certains qui, pour être reconnus, ne lésinent pas sur les « miettes » qu’ils peuvent distribuer à d’autres, inférieurs hiérarchiquement, lesquels leur sont assez reconnaissants, afin que l’illusion corporatiste perdure, et que le culte de ceux-là soit enfin célébré.

 

La psychanalyse, dégradée en psychologie humaniste, vient couronner la lecture médicale de symptômes –dits psychiques-, qui ne ressortissent aucunement à la raison, qui se déleste allègrement de toute référence à l’asphéricité. Elle représente pour bon nombre d’imposteurs et de charlatans, la conception qu’il faut à tout prix pervertir, afin que le non rapport qui la spécifie et qui fonde tous les rapports, métaphorisant ce denier en tant qu’il défaille, soit définitivement forclos, grâce à l’apport d’un ou plusieurs savoirs idéologiques, prétendant concourir à sa suture définitive. Travailler à la forclusion de ce défaut, ou de ce non rapport revient aussi à exclure la béance qui cause l’existence de tous les êtres parlants et de chacun d’eux, de manière singulière. Or, au lieu de stimuler et d’encourager en leur sein , l’évidement de toutes les conceptions qui tendent et prétendent suturer, colmater cette béance essentielle, les institutions, comme appareils idéologiques, ne cessent de laisser accroire que, seule la collusion et la complémentarité de conceptions combattant ce vide, sa fonction et ses conséquences, doivent être encouragées et soutenues, contre toute forme d’évidement , considéré comme compromettant et menaçant l’aliénation sociale qui les a investies d’un pouvoir d’adaptation au renoncement à la subjectivité. Le DA, dégradé et perverti, fait désormais partie de l’appareillage idéologique d’institutions, au même titre que les conceptions univoques et totalitaires, issues des neurosciences. Le dépérissement de telles institutions en AIE, se manifeste dans les lectures, apparemment différentes du symptôme dit psychique, qui reste, quoi qu’il en soit, réifié et figé en signe, dont le sens est répertorié a priori, et détenu par un certain savoir.

 

Nous en sommes actuellement à un moment historique où ce pouvoir a été dévolu aux neurosciences, dont la vanité à suturer le vide et la béance, éclate de plus en plus au grand jour, malgré l’acharnement de spécialistes et d’experts, épris de sphéricité totalitaire. Ils ne cessent de dissimuler que, même leurs constructions théoriques, comme fictions très séduisantes, procèdent de ce défaut essentiel, qu’ elles contiennent et qui les renvoie et les rappelle à leur dépendance du signifiant, qui met en cause toute notion d’objectivité. Même les formats scientistes achoppent sur cette dernière : ils se montrent fondamentalement incapables de « ressusciter » l’ontologie et la prédicativité. Ils ne peuvent légitimer et justifier les théories, qui prétendent incarner celles-ci, que de manière autoritaire, voire despotique. Ils se heurtent régulièrement à la béance, induite par le signifiant, et voient leurs constructions remises en cause par le manque à être, autre nom de la féminité, qui contribue à mettre en évidence l’avènement de l’amour sur fond d’un non rapport imprescriptible, qu’il tente cependant de suppléer et, au mieux, de refouler.

L’inconscient est inhérent à l’assujettissement et à la dépendance irrévocable du symbolique : il ne saurait se laisser asservir par quelque algorithme que ce soit, quelle que soit sa valeur marchande. Il échappe et préserve de ce fait le sujet en tant qu’il n’est ni « marchandisable », ni marchandable. Le capitalisme a beau se présenter sous ses meilleurs atours humanistes, il reste et demeure un système qui promeut une relation objectale perverse, exclusive du désir. Réduit à un besoin universel, on croit le satifaire a priori, grâce à un fétiche  suprême: l‘argent, dont la toute puissance fantasmée, laisse accroire qu’il est possible ( cf. l’ineptie, « quand on veut, on peut !») d’en finir avec le manque à être et la Loi, laquelle le détermine et le soutient en tant qu’il est le vecteur principal de la singularité. Toutes les conceptions qui font échec à ce dernier, ont beau se qualifier de modernes, elles sont en fait des « resucées » et des résurgences de la science soviétique d’antan. Elles ressuscitent par ailleurs un despotisme qui a corrompu l’œuvre de Marx et a interdit le discours analytique, identifié à « l’american way of life », lequel l’a en fait dépouillé et épuré de sa logique subversive, à la grande satisfaction des idéologues du soviétisme, dont les productions scientifiques n’étaient pas si éloignées de la logique et des discours mis en œuvre de nos jours par certaines spéculations issues des neurosciences. L’hostilité, voire la haine, vouée par ces idéologies à l’inconscient en tant qu’il « éternise » le manque à être, sont des sources de censures d’autant plus autoritaires et totalitaires qu’elles se réfèrent à un consensus, marqué par une compression et un étouffement de la pensée, désormais soumise à la brutalité et à la violence du simplisme et de l’univocité, aggravés par des chauvinismes corporatistes, nourris par l’Etat et tous ses appareils idéologiques. A l’assujettissement au symbolique, qui impose des limites nécessaires à l’existence, est préféré –ô combien- l’asservissement à un consensus mortifère pour la subjectivité, renforcé par une répression de la signifiance, désormais déprise et déliée de la polysémie qu’elle engendre.

Subvertir le fonctionnement idéologique d’une institution, comme appareil au service de l’aliénation sociale, exige d’impulser le travail critique, afin de mettre au jour les bévues logiques, contenues dans toutes les conceptions, qui concourent à imposer un consensus, consacrant la fin de toute référence à la dimension du vide, réduit au néant, c’est à dire à une simple absence, dénuée de tout effet, conformément aux sentences et aux préceptes de l’ingénierie paranoïaque, dont le seul et unique souci est de reproduire les rapports sociaux, exclusifs de l’inconscient et de tout ce qui ressortit à sa négation. C’est ainsi que de manière explicite et/ou implicite s’insinuent, à partir de cette épuration hygiéniste, menée au nom de la raison, libérée et « guérie » de la déraison, le totalitarisme et le négationnisme. Toute construction, établie sur une ontologie qui anéantit le vide et exclut la « béance causale » de la subjectivité, ne peut pas masquer longtemps son rejet du principe de non-identité à soi. Elle finit à plus ou moins long terme par révéler sa xénopathie, voire son antisémitisme, même si elle s’en défend en poussant la dénégation à son paroxysme. Alors que l’évidement met au travail la polysémie et la signifiance pour soutenir des lectures différentes, mais homogènes, des symptômes, la censure qui le frappe, accroît la servitude face à une uniformisation consensuelle, consolidée par les avatars de l’identification imaginaire, de type hom(m)osexuel. Dans un tel contexte institutionnel, inutile de dire que la féminité ne peut avoir droit de cité. Sa temporalité, qui relève de l‘éternité, au sens où la présence de l’absence est perpétuelle, rejoint celle de l’inconscient qui transcende la succession chronologique historique, et impose la dimension du vide et de l’échappement, corrélative de la béance, inhérente à la dépendance du symbolique, qui ne cesse de nourrir l’incomplétude de l’être parlant.

Dénoncée par les symptômes rapportés, en l’occurrence à l’institution, celle-ci est censée mobiliser des lectures visant à les dénouer, c’est à dire à en proposer un autre nouage, qui les rend obsolètes, sans conformité aucune avec une quelconque « obsolescence programmée », mais en respectant strictement l’éthique du discours analytique, et notamment la prise en compte de l’amour de transfert que la parole –dotée désormais d’un statut inédit- ne manque pas d’insuffler dans la cure, notamment en redéfinissant l’amour qui y est mis en jeu et, par là même, le transfert qui cesse d’être confondu avec l’empathie et ses errements, préjudiciables au travail d’évidement, sous-tendant et étayant le passage d’un discours à un autre. C’est ce passage, qui témoigne de l’avènement du sujet et du recul de l’hégémonie du moi.

Si une institution à vocation thérapeutique ne se laisse pas interroger par ce qui est censé être mis en jeu dans un symptôme et dégagé par les lectures qui en sont proposées et débattues, alors elle ne peut que s’adonner à une spatialisation outrancière, qui outrage d’autant plus l’inconscient, qu’elle prétend se référer à la psychanalyse. Cette spatialisation la délie de la temporalité du symptôme qui renvoie à la structure et à la faille qui la constitue, c’est à dire au vide, indispensable à sa vie. La continuité d’une institution, requiert un travail continu de destitution des discours qui y prennent place : leurs critiques assidues et élaborées, la préserveront des pervertissements et des engluements dans la médiocrité totalitaire, mortifères pour le sujet. Réduite à un espace organisé pour censurer la temporalité propre au symptôme subjectif, la compétition et la rivalité concurrentielle autour de l’infatuation moïque, l’inscrivent dans des rapports sociaux qui l’assignent à devenir un appareil de reproduction de ces mêmes rapports, dont la finalité consiste à maintenir coûte que coûte des idéologies exclusives du sujet, avec l’aide de théories médico-psychologiques incapables de distinguer et de spécifier ce dernier de la notion d’individu. Les confusions conceptuelles battent leur plein au profit des tenants de l’infatuation moïque qui idéalisent leur(s) savoirs et contribuent à la sclérose intellectuelle, sous la forme de démagogie corporatiste unifiante, voire uniformisante, et partant, exclusive de toute recherche d’homogénéité, censée mettre en œuvre une pluralité de traductions, de transcriptions et de représentations, libérées de toute prétention de suturer la faille structurale. En un mot, l’enjeu capital porte sur la « déspatialisation » de l’institution grâce à la mise au jour de la temporalité contenue dans le symptôme, grâce à des lectures qui ne confondent plus le signe avec le signifiant, au grand dam des fats de l’infatuation, réfractaires en définitive à l’inconscient, dont ils se refusent catégoriquement à être les dupes, grâce à leur(s) savoirs, dont les visées prédicatives, clivées de leur imprédicativité constitutive, les versent dans des idéologies obscurantistes et xénopathiques. C’est ainsi qu’on atteint le summum de l’imposture ! Heureusement que la structure subjective reste malgré tout solide : elle résiste bien aux assauts de tous ceux qui veulent l’éradiquer. Et parmi eux, ceux qui font croire qu’ils tiennent compte de la subjectivité et de la raison qu’elle implique, particulièrement dans la construction des symptômes. En les soumettant à une lecture qui cesse de les considérer comme des signes, et en les élevant au rang de signifiants, une telle position de travail rejaillit sur le fonctionnement intrinsèque de l’institution, et participe à sa démystification et à sa redéfinition en tant qu’elle est censée se donner du « temps pour comprendre ». Elle permet de déchiffrer en s’appuyant sur la lettre qui frappe de son sceau le corps du parlêtre, qui se voit définitivement assujetti au « non rapport », corrélatif de son manque à être. Ce travail, encouragé et soutenu au sein de l’institution, notamment par ceux qui sont censés la diriger, c’est à dire l’orienter, lui évite de se dégrader en appareil idéologique au service de la reproduction de rapports sociaux dominants et asservissants, dans le sens où ils n’ont comme finalité que la réification et le fétichisme, qui portent sur la seule valeur d’usage (bilatère), et forclosent pour ainsi dire la valeur d’échange (unilatère), qui correspond à l’intension, fondatrice de la subjectivité. Cette finalité est d’autant mieux acceptée que des « savants » proposent des savoirs idéologiques qui refusent le non rapport et la dépendance de l’ordre symbolique. Certains détenteurs de conceptions idéologiques justifiant des rapports sociaux, fondés sur l’exploitation économique des corps, gagnent en toute-puissance politique en compromettant gravement l’ordre symbolique, contre lequel ils ne peuvent mais. Ils se croient complètement affranchis, au point de devenir, ou bien des idoles, des modèles d’identification imaginaire, qui contribuent à aggraver l’aliénation sociale, ou bien des objets de haine destinés à être bafoués, voire éliminés. Ils nourrissent un esprit de revanche, consistant à leur soustraire leur toute-puissance, surtout si celle-ci était auparavant utilisée pour humilier et déconsidérer tous ceux qui ne sont pas à leur image.

En faisant valoir l’ordre symbolique et en défendant la dépendance de tout un chacun du primat du signifiant, une institution gagne en richesse thérapeutique, dès lors qu’elle subvertit explicitement et implicitement les théories idéologiques, qui offrent à l’ordre social son assise. Il ne s’agit pas de le détruire agressivement, mais de montrer l’inanité et la dangerosité de la mise en péril de l’inconscient et de toutes ses conséquences sur le plan existentiel. Les efforts consistant à renforcer la raison classique, qui ne jure que par l’univocité bilatère, et à rendre insignifiant le signifiant, poussent à la psychose en tant qu’elle prétend vainement suturer la faille, pierre angulaire de la structure subjective. Cette faille ou « béance causale » s’avère impossible à suturer, par quelque objet ou par quelque stratagème cognitif que ce soit. Elle préserve de la sorte toute existence, qui, en respectant la Loi, c’est à dire l’interdit de l’inceste, se voue au désir en tant qu’il dépasse le fantasme et la complétude qu’il fait miroiter, et assure l’advenue du sujet, qui s’appuie et maintient la non-identité à soi, grâce à laquelle l’ontologie est battue en brèche et mise en défaut.

 

Promouvoir l’humain en le déprenant du sujet est un trait fondamental partagé par des idéologies qui peuvent être, par ailleurs, opposées les unes aux autres, prêtes à se livrer combat, et à en découdre. Lorsqu’elles dominent le fonctionnement institutionnel, la fermeture qu’elles imposent implicitement en accentuant l’impensé, risque de devenir totale : dès lors que les entraves diverses au travail d’évidement se multiplient, le fonctionnement en AIE prend le pas et devient une fin en soi. Aussi, sur quoi doit porter la perte, pour espérer quelque gain qui accompagnerait l’avènement du sujet, et concrétiserait le « plus de jouir » (LACAN). Autrement dit, qu’est ce que le ratage de toute relation objectale quant à la jouissance phallique, garantit comme « plus de jouir » en tant qu’il vient confirmer le défaut radical de complétude ?

Susciter de telles questions et inciter à y travailler sérieusement permet à une institution soignante, digne de ce nom, d’abandonner la quête de vaines prédicativités totalisantes et totalitaires, exclusives de la négation inhérente à l’inconscient, qui ne cesse de mettre au grand jour qu’ « il n’y a pas d’universelle qui ne doive se contenir d’une existentielle qui la nie » (LACAN). La logique moebienne concrétise et matérialise à travers la singularité la mise en continuité dialectique entre ce qui est localement distinct, différent, et ce qui est globalement identique. Elle fait de l’impossibilité l’assise de toutes les possibilités, sans qu’aucune d’entre elles, même si toutes ont tendance à refouler celle-là, ne parvienne à l’anéantir. Elle assure les rapports que toute métaphore entretient avec la métonymie, à partir du ratage –inhérent à l’imprédicativité- qui les articule. L’ « en plus », soutenu par la métonymie, métaphorise l’écart et la faille qui se répètent lors de chaque construction. C’est ainsi qu’un progrès se dessine dans les élaborations proposées : il ouvre la possibilité d’enrichir celles-ci en préservant et en maintenant la faille assurant l’incomplétude, nécessaire à l’existence subjective. L’objectalisation, les relations objectales, sous toutes leurs formes, métaphorisent le ratage instauré par l’objet a, qui, comme « cause du désir », renvoie aussi bien à la Chose en tant qu’elle assoit une incomplétude fondamentale, constitutive de l’indépassable faille structurale, qui dialectise en définitive l’imprédicativité essentielle avec toutes les prédicativités possibles. Celles-ci, quel que soit le pouvoir de convoitise et la puissance de maîtrise,qui leur sont prêtés, finissent toujours par rencontrer l’incomplétude, qui, loin de représenter un malheur, requérant sa réparation, est au contraire une occasion rêvée pour se familiariser avec l’altérité. A vouloir faire défaillir la faille, en faisant accroire qu’ils détiennent le savoir adéquat pour la colmater, les « thaumaturges »-spécialisés dans la psychologie dynamique et dans celle des profondeurs- organisent la faillite du sujet, compromettent son existence, tout en mettant en danger par là même, le moi qui les idéalise et leur fait appel, en vue de le libérer de la division qui détermine et configure sa place légitime. La moebianité caractérise également les rapports du moi et du sujet : l’un ne peut se passer de l’autre, et s’ils se distinguent, ils ne se délient pas pour autant, en se clivant l’un de l’autre, comme dans les psychoses.

 

« La passion de l’ignorance » des guérisseurs et autres thaumaturges, nourrit la « folie de la guérison » et l’organise selon les lois de l’exploitation et du marché, conformément aux impératifs de l’idéologie dominante qui cherche à tout prix à conférer à cet ordre socio-économique un caractère « naturel et « réaliste », auquel il serait fou et irraisonnable de ne pas s’adapter et de s’y soumettre, puisqu’il est légitimé et justifié, comme système indépassable, par des confectionneurs du prêt à porter idéologique. Ceux-ci, recrutés dans différents domaines, agrègent le maximum de conceptions bilatères pour que leur sommation ait définitivement raison de la signifiance et de l’unilatère, qui renvoie au vide et au manque à être, insupportables pour eux en tant qu’ils mettent au jour leur refoulement et signent la faillite de leurs « réalités », qui ne respectent pas le défaut qui fait loi et détermine l’organisation de celles-ci. Aussi, même si une idéologie parvient à présenter une prédicativité sublime, incarnée par des parangons de la culture médiatique et de la médiocrité, et reconnue par des appareils idéologiques, il n’en reste pas moins qu’elle s’avérera à terme impuissante à entraver la logique asphérique –considérée comme étrangère à elle et ésotérique- qu’elle ne manquera pas de faire advenir, quels que soient l’empire et l’emprise de la censure qu’elle imposera auprès de tous ceux qui se mettent sous le joug de la domination du seul bilatère, qui renforce l’aliénation sociale et oriente même les contestations et les protestations qui lui sont adressées.

Aussi, n’est-il pas inutile de se demander, après ALTHUSSER, s’il est possible qu’une idéologie puisse « interpeller les individus en sujets «  ? D’autre part, à quelles conditions ce mode d’interpellation peut-il être opérant, sachant que toute idéologie, même lorsqu’elle s’oppose à celle(s) qui légitiment et justifient l’ordre socio-économique capitaliste, considéré comme celui qui assure le mieux la prédicativité, convoitée par tout un chacun, finit par montrer qu’elle s’érige sur les mêmes fondements théoriques et les mêmes discours constitutifs de celles qu’elle combat. La rupture entre elles exige que la place accordée au sujet advienne, non pas a priori, mais au décours du travail critique et d’évidement des conceptions qu’elles mettent en avant, pour atteindre une prédicativité, servant préférentiellement la reproduction des rapports sociaux, convoitée par l’idéologie dominante et son appareillage institutionnel (allant de la famille à l’école, en passant par les institutions spécialisées dans l’adaptation à l’entendement qui récuse l’inconscient et sa fonction essentielle de négation). Lorsque des conceptions se révoltent contre l’ordre social établi, protégé par tout son attirail institutionnel de toutes sortes, elles peuvent proposer des représentations inédites, capables de remettre en cause et d’invalider certaines confusions dangereuses, comme celle qui rabat la subjectivité sur l’individualisme, rendant quasiment impossible l’interpellation des individus en sujets, au grand bénéfice de l’idéologie dominante, dont l’orthodoxie et les visées uniformisantes, font croire que le caractère composite et éclectique de certaines conceptions, fondamentalement dogmatiques qu’elle distille au sein de rapports sociaux promettant la prédicativité, suffit pour avaliser sa nature « démocratique ».

Je tiens à soulever dans cet écrit un certain nombre de questions qui s’inscrivent dans le cadre d’un questionnement plus général. Ce questionnement demande à être étoffé constamment, afin de mieux mettre en évidence le vide et l’échappement qu’il génère, et qui s’exprime à travers des énoncés propres à l’envelopper, sans pour autant le suturer. Cette impossibilité de suturer détermine la répétition constante de l’échappement qui produit en même temps des fictions et des énoncés, destinés à l’étoffer pour mieux le matérialiser et le métaphoriser, afin de le mettre davantage en lumière. A mon avis, seul le respect de cette logique pourra permettre à des institutions de s’affranchir de leur fonctionnement d’AIE (appareils idéologiques d’Etat), et partant d’interpeller les individus en sujets, surtout s’ils sont porteurs d’un symptôme, et directement assignés à une place : celle de malades, qui accentue leur méconnaissance quant à leur condition de sujets, pour éviter d’avoir à faire à leur manque à être et à leur altérité, dont ils veulent se « libérer », pour mieux se laisser asservir et aliéner par l’idéologie dominante, dont les projets de purification et d’éradication de tout ce qui peut rappeler l’inconscient et ses formations, c’est à dire la subjectivité, sont tout puissants. Ainsi, il est impératif dans cette perspective de libérer le symptôme du caractère péjoratif que lui impose une séméiologie, exclusive du signifiant, pour éviter à tous ceux qui en présentent un et l’adressent à ces institutions, d’être identifiés à des malades, assignés à des places, desquelles la subjectivité est extirpée, expurgée et exclue. Le symptôme s’avère un médiateur de la structure subjective en tant qu’il la met en scène en la métaphorisant, même sous une forme dite pathologique. C’est pourquoi il s’agit de bien le recevoir et de bien le traiter en prenant le « temps pour comprendre » ce qu’il recèle en même temps que ce qu’il dissimule, grâce à « l’art » de spécialistes de la méconnaissance, qui « sévissent » dans les AIE, pour casser tout ce qui peut avoir trait à la dépendance du symbolique (castration), dont ils ne veulent rien savoir, et sans laquelle ils n’auraient aucune de raison d’être, quel que soit le pouvoir dont ils s’affublent. Ces positions à l’endroit du symptôme, à partir desquelles la subjectivité peut gagner sa place, ne sont possibles que si, à l’interne, la destitution de l’institution comme AIE est entamée et soutenue par ceux qui sont censés oeuvrer pour la guérison, c’est à dire le « sauvetage » de l’incomplétude, que rejette catégoriquement l’aliénation sociale, appuyées par toutes les idéologies scientifiques et religieuses, qui cherchent à libérer « l’homme » des limites que lui impose sa subjectivité, avec toutes ses conséquences.

Englués et enlisés dans l’aliénation sociale, ceux qui souffrent des limites imposées par la subjectivité, sombrent d’autant plus dans l’inhibition désespérante que nombre de thaumaturges prétendent posséder les moyens de mettre en échec ces limites, et partant de guérir, en colmatant un manque à être impossible à suturer, dans le sens où il est nécessaire à l’existence, à travers notamment le désir, qu’il soutient en invalidant tout « bon objet » prescrit, qui aurait la prétention de supprimer la cause dont il procède. Lorsqu’au sein des AIE, la destitution constante de ces orientations n’est pas élevée au rang d’un fondement qui leur devient constitutif, elles ne peuvent pas échapper à cette perversion qui consiste à massacrer la subjectivité, et à mettre en danger l’existence, tout en aggravant l’aliénation sociale, idéalisée grâce à la promotion qu’elle décerne à des idéologies, fortes et puissantes, destinées à mettre fin à l’incomplétude, inhérente au sujet et à sa division constitutive. Aussi, les recherches étio-pathogéniques intéressent-elles le discours analytique qui privilégie, à côté de « l’instant de voir » et du « moment pour conclure », le « temps pour comprendre », qui prépare à la rupture d’avec une démarche causaliste, mécaniste, réductrice et exclusive de la temporalité, mise en œuvre par la structure subjective, notamment quant aux rapports entre la conséquence et l’antécédence. Ainsi, les méfaits iatrogènes qui aggravent et chronicisent les symptômes, tout comme le fonctionnement pervers des AIE, se développent avec le concours actif de tous ceux que l’incomplétude et le manque à être –apories propres à la structure du sujet- exaspèrent et rendent parfois furieux, au point de ressusciter les idéologies les plus rétrogrades, sous des apparats modernes, qui empruntent à la perversion managériale et à l’univocité prédicative de type scientiste, leurs titres de gloire. Mais à la fin, et l’Histoire nous l’enseigne assez, toutes les manœuvres et tous les stratagèmes pour venir à bout de ce manque à être, issu de la dépendance de tous et de chacun, de l’ordre symbolique (à ne pas confondre avec l’ordre social établi) finissent par s’épuiser et échouer plus ou moins lamentablement, non sans avoir causé des morts et d’immenses malheurs, dont les interprétations idéologiques – contemporaines et/ou après coup- s’avèrent insuffisantes quant à leur élucidation et à leur réédition. A chaque fois, ces dernières s’imposent grâce à une rhétorique humaniste qui stigmatise le sujet et met en péril le capital de l’existence : le vide, fondateur du désir, commun, et que chacun métaphorise à sa guise, se faisant oublier dans les fictions mêmes qu’il engendre.

Parce que toute construction porte la marque implicite de sa dépendance du signifiant, tous les efforts son déployés pour faire oublier ce trait essentiel, et la rendre ainsi oublieuse du vide qui la leste, et lui permet d’évoluer et de s’enrichir, en favorisant les épreuves critiques, liées au travail d’évidement. Cette orientation, qui est censée stimuler un tel mode de travail, entre en contradiction et en conflit avec les AIE, dont les pouvoirs sont tels qu’elles n’hésitent plus à user de censure(s). Grâce aux pouvoirs qu’elles reçoivent pour maintenir et consolider l’ordre social qui les emploie, elles s’insèrent d’autant mieux dans l’économie de marché, qui ne jure que par la réification, et partant par les tentatives de forclusion de la présentification de l’absence. Celles-ci sont grandement favorisées par les progrès et les innovations technologiques, dont un des objectifs est de museler et de faire taire l’ordre symbolique, jusqu’à l’éclosion et l’explosion du symptôme, dénonciateur d’un abus : la prééminence d’un ordre social établi sur l’ordre symbolique, qui met en avant le signifiant et la lettre, desquels nul ordre social -quelle que soit sa toute puissance- ne peut se départir ni se libérer. Ils font toujours retour, sous quelque forme que ce soit. D’où l’importance accordée à leur valeur dans les modes de lecture(s) qu’ils initient. La lettre devient capitale : elle fait partie du capital subjectif et nourrit la familiarisation avec le singularité, qui rompt avec la fétichisation du moi, destructrice du sujet en tant qu’il est porteur de la non-identité à soi, ou bien de la différence avec soi, autrement dit d’une altérité essentielle, toujours vécue comme menaçante et humiliante par le moi. Ses penchants paranoïaques lui font oublier que cette dernière lui est nécessaire, voire vitale, pour étayer son existence. C’est ce que met en jeu le refoulement primordial à travers l’incorporation du signifiant : le corps accepte de laisser subvertir ses lois intrinsèques et leur déterminisme univoque, non pas par un ordre social, mais d’abord et avant tout par l’ordre symbolique. Celui-ci est métaphorisé sous des formes différentes qui le subsumant et le dissimulent, non sans mettre pour autant en faillite sa transcendance, omniprésente à travers des principes fondamentaux irrévocables et radicaux, comme celui de la non-identité à soi et de l’altérité, qui cristallisent le manque à être. Ce processus d’incorporation se concentre et se concrétise dans la vie sexuelle, qui, chez le parlêtre, n’est désormais plus réduite à la reproduction de l’espèce. Il met en place la dialectique du désir qui perturbe –en les subvertissant- les relations d’objets, qui n’admettent plus d’être traduites de manière univoque en termes de besoins « naturels » et universels. Cette surdétermination par le symbolique, grâce au truchement du désir, instille la singularité et confirme la perpétuation du manque à être et du ratage qui impose qu’aucun objet- fût-il prescrit- ne parvient à suturer la béance qu’il sert à matérialiser, et qui est intégrée par là même à la pulsion. La métapsychologie freudienne libère des inepties psychologiques et psychiatriques qui n’ont de cesse de courir après la « norme mâle » (LACAN), élevée au rang de paradigme de la complétude, à laquelle il est de bon ton idéologique d’associer les femmes, alors qu’elles ne sont pas en reste par rapport à celle-ci, laquelle vise à faire échec à la féminité, en tant qu’elle renvoie à l’incomplétude essentielle et au manque à être, à l’œuvre dans les deux sexes.

Grâce au primat du signifiant et à toutes les conséquences qui en découlent, la logique moebienne (distinction et différences locales mises en continuité avec l’identité globale) libère de la réification, mise en œuvre par l’idéologie dominante et la sous culture médiatique, dotées d’importants circuits de communication, dont le pouvoir et la sophistication servent à aggraver l’impensé, notamment en repoussant tout ce qui vient rappeler l’imprédicativité, inhérente au signifiant et à la signifiance. Cette imprédicativité entre en correspondance et fait écho à l’incomplétude en tant qu’elle procède de la « différance » (Jacques DERRIDA) qui consiste à répéter à l’infini l’ajournement d’une complétude qui n’advient jamais malgré les promesses, les prétentions et les tentatives provenant de maîtres et de thaumaturges (discours du maître + discours universitaire), dont le savoir échoue à dissimuler le ratage auquel elles sont contraintes et auquel elles ne peuvent contrevenir, au risque, sinon de mettre en danger l’existence du sujet (mise à mort iatrogène), du moins d’aggraver le symptôme en tant qu’il maintient le compromis avec les exigences de la structure subjective. En différant la jouissance (complétude), le ratage finit par s’imposer, et permet de gagner en existence. Cette perte de complétude, inscrite dans le fantasme-même qui la nourrit, fait gagner en « plus de jouir » (LACAN), toujours respectueux et fidèle au manque à être, qui consolide la faille, productrice d’imprédicativité, et corrélative du signifiant. En effet, aucun prédicat, aucune « collection » de prédicats –quelle que soit leur valeur imaginaire, ou leur valeur d’usage, ne saurait compléter le sujet et avaliser les résistances du moi. Engagé dans les multiples entreprises de suppléance à l’ontologie et à l’essentialisme, le moi tente d’oublier, de refouler, voire de forclore le manque à être qui le fonde. Confronté à l’altérité via les formations de l’inconscient, il se heurte constamment au vide qui la matérialise (S(A)) et articule le désir au manque à être. Toutes les formes de pouvoir et de leur(s) exercice(s) finissent par reconnaître peu ou prou leur impuissance à suturer la faille ou la béance, qui fonde l’existence de chacun et de tous, en préservant l’incomplétude, rejetée par tous les benêts et autres imbéciles heureux, habitués des plateaux radio-télé de la sous-culture médiatique, dont un des objectifs majeurs, consiste à inféoder et à subordonner le discours analytique, aux idéologies servant à la reproduction de rapports sociaux, qui récusent l’inconscient. Les institutions dites thérapeutiques s’inscrivent dans ce contexte. Elles font appel le plus souvent à des savoirs et à des idéologues « spécialistes de la psyché », pour opérer différentes conversions, soutenues par des conceptions, dont certaines sont qualifiées de « révolutionnaires », sous prétexte qu’elles s’opposent à l’ordre social établi, alors qu’en vérité, elles n’ont de cesse de battre en brèche –explicitement et/ou implicitement- l’inconscient et la logique qu’il promeut. Or, pour ne pas rester enlisées dans les illusions de complétude, ni demeurer enfermées dans des conceptions idéologiques prônant la jouissance phallique comme paradigme de l’homéostasie, les institutions dites soignantes– sans s’identifier ni incarner le discours analytique- ne doivent se soucier que de l’évidement subversif des théories qui leur donnent naissance et les alimentent sans cesse. C’est en animant cette tâche, très exigeante par sa rigueur, à savoir mettre fin progressivement aux manœuvres perverses de suture de la faille, constitutive du sujet, que la place spécifique de chacun se dessine au sein d’un collectif, qui lui permet alors de la définir toujours plus précisément et clairement . Ainsi, la mise en échec de la doxa et de ses pouvoirs, non exempts de violence, participe à la fois à l’advenue du sujet, comme l’expression d’une altérité irrévocable, et à la mise en cause d’un ordre social, qui ne veut rien savoir de l’inconscient, malgré les bévues qu’il engendre et qu’il tente d’effacer par le recours aux savoirs médico-psychologiques, foncièrement inaptes à rendre compte de la subjectivité, qu’ils méconnaissent, et contre laquelle ils peuvent exercer, de façon arrogante et violente, un pouvoir la frappant d’ostracisme tyrannique. Cette même tâche rend vaines toutes les tentatives qu’un pouvoir institutionnel met en place pour que la complétude supplante enfin la féminité en tant qu’elle concrétise le « pas-tout », c’est à dire la négation de la complétude et la mise en échec de toute suture de la faille. Cette suture est convoitée par tous et par chacun, en référence à la « norme mâle », qui propage au sein de l’institution, une « hom(m)osexualité » faisant de plus en plus barrage à la féminité, laquelle ne se réfère plus à cette conception « naturaliste », qui laisse accroire que toute femme, parce qu’elle est anatomiquement femme, peut l’incarner et la représenter, conformément aux préceptes des idéologies ontologiques et essentialistes, qui ne cessent de les marteler. Une institution, digne de se dire thérapeutique, doit impérativement se libérer de ce type de conceptions ontologiques et réifiantes, en les mettant en cause et en question de façon incessante et renouvelée. Ainsi, en arrêtant de s’identifier et de se laisser identifier à un AIE, elle peut soutenir la gageure qu’elle s’engage dans « l’interpellation des individus en sujets » (L. ALTHUSSER), aussi bien en son sein qu’à l’extérieur. En valorisant la contingence et toutes ses articulations, notamment avec la nécessité, la féminité, mise en œuvre concrètement dans le travail d’évidement et de ré-articulation moebienne, bat en brèche les différentes illusions ontologiques, et réduit considérablement les errements, liés à la quête de complétude. Préoccupé par sa souveraineté, son unité et sa toute puissance, le moi, s’oppose farouchement à l’altérité qui le constitue. Il ne cesse de l’imputer à des « fauteurs de troubles », à des « boucs émissaires » imaginaires, qui l’empêchent de jouir en paix. Par là-même, il participe au renforcement du schéma causal classique, qui triomphe dans les institutions, et aggrave les effets iatrogènes en chronicisant les troubles, en raison de l’enfumage produit par les différentes idéologies humanistes, exclusives de l’inconscient, même si certaines, malgré leur rejet manifeste de la logique asphérique, ne renoncent pas à s’en réclamer, parfois de façon très bruyante. Cette dernière, corrélative de la féminité, ne peut émerger dans une institution qu’à la condition que la dispute soit décemment organisée autour des aspects intellectuels et épistémiques, mis en avant par les troubles, toujours à la disposition d’imposteurs, prêts à subordonner la subjectivité et la psychanalyse aux idéologies médico-psychologiques, dont la finalité socio-politique consiste à consolider l’ordre social établi contre l’ordre symbolique, censé le transcender et le subvertir logiquement, c’est à dire le faire accoucher d’une logique dont il ne veut rien entendre et qu’il contient pourtant.

La raison classique, sphérique, parce qu’elle ne cesse de rejeter l’unilatère ou l’asphérique, constitue l’assise de la démocratie occidentale, dont l’État se charge en l’expurgeant, grâce à tout son appareillage institutionnel, de ce qu’il prend pour des scories de la subjectivité, et qu’il confie à l’hygiène mentale et à des spécialistes de la technologie empirio-scientiste, auréolés pour les services qu’ils rendent à un ordre social, mis à rude épreuve par l’altérité et les diverses manifestations de son « inquiétante étrangeté ». Elle devient très facilement raison d’État, et les projets de purification, par éradication du sujet, la réifient, d’autant plus qu’elle ne supporte pas le principe de non-identité à soi, corrélatif de la féminité. Ces projets s’intègrent alors à un nationalisme de plus en plus xénophobe et raciste, qui rejette le « pas…sans » : il n’y aurait pas Y, s’il n’y avait pas X. L’inconscient, par son imprédicativité essentielle, récuse le pouvoir conféré par la raison classique à des AIE qui peuvent s’arroger le droit de « mettre en quarantaine », voire d’exclure toute construction, qui refuse de se placer sous son égide, alors qu’elle expose au grand jour ses fondements logiques et théoriques. Le changement, apporté par la subversion inhérente au signifiant, consiste à accepter l’institution comme une nécessité, à condition qu’elle accepte d’être transcendée, c’est à dire excédée par la mise en évidence de ce qu’elle recèle, à savoir sa dépendance totale de l’ordre symbolique, qui conduit, non pas à l’avènement d’un métalangage, mais à une construction inédite, respectueuse de ce qui la fonde : le primat du signifiant. Ce dernier préserve des errements de l’irrationalisme, qui représente une autre supercherie, destinée à contrevenir à l’imprédicativité et à l’incomplétude. La temporalité qui y est mise en œuvre, présentifie le temps de la structure : l’omniprésence de son présent (cadeau aussi bien), dépasse la référence chronologique (sans l’annuler) à laquelle on se réfère. Ainsi, le discours analytique (DA), qui rend compte de la logique spécifique de la subjectivité, ne disqualifie d’aucune façon le bilatère, qui s’avère non seulement inévitable, mais nécessaire, pour accéder à l’unilatère, toujours médiatisé, et partant matérialisé sous forme de métaphores (extensions) différentes, pouvant servir de bases de questionnements et d’interrogations quant à la raison qu’elles mobilisent, en fonction d’évolutions et de remaniements historiques, qui influencent, d’une manière ou d’une autre, toutes les extensions possibles (S2) . Les mettre au travail dans une institution permet de sauver et d’affirmer sa fonction thérapeutique, au sens où la critique et l’évidement, devenus une activité courante, amènent à opérer des coupures dans les discours qui y sont « sécrétés », en vue de la faire vivre, non sans la mettre en danger, si l’éthique du sujet n’y est pas respectée, ni promue, contre les théories et autres savoirs médico-psychologiques, organisateurs de l’aliénation sociale et pourfendeurs de la signifiance. Cette signifiance oppose à ceux-là, de l’hétéros, qu’elle intègre à l’homogénéité moebienne, laquelle inclut et met en continuité ce qui est localement différent, avec ce qui est globalement identique : l’un n’exclut aucunement l’autre, et l’un ne va pas sans l’autre, de façon récursive.

Seule cette logique, qui mobilise la féminité, peut être efficace contre les diktats de la réification, véhiculés par les AIE et les théories humanistes exclusives du sujet. Et chaque fois qu’une telle approche est mise en échec, notamment par ceux qui souffrent des rapports sociaux capitalistes, c’est l’antisémitisme qui gagne du terrain. En tant que « parlêtre », nul n’est immunisé contre cette funeste conséquence de l’ontologie et de la prédicativité absolues! Pas même ceux qui peuvent en être des victimes. En effet, la position de victime n’implique pas automatiquement qu’on puisse élaborer une signification juste de la situation vécue, surtout lorsque l’idéologie dominante s’en empare et l’interprète de manière univoque, avec l’aide d’experts et de spécialistes divers, rompus aux proclamations ostentatoires. Leur allégeance à l’idéologie dominante, ne favorise guère l’intelligence de situations et d’événements en tant qu’ils sont liés aux rapports sociaux, induits par le discours capitaliste.

Les attitudes et les postures empreintes de pathos exalté et de gentillesse empathique, voire sympathique, sont implicitement mises au service de l’infatuation moïque et de ses tendances mégalomaniaques, pour se protéger  de toute émergence du sujet. Elles aggravent en fait la culpabilité qu’elles tentent de refouler. Dans un tel contexte, l’illettrisme bat son plein ! Il rassemble des cohortes d’individus, en délicatesse avec la subjectivité, qu’ils cherchent à éliminer, en prêtant allégeance à des théories aussi différentes qu’opposées les unes aux autres, dans certains cas, comme les doctrines religieuses, ou les conceptions neuroscientifiques, de type ratomorphique (Cf. « le rat dans le labyrinthe » dans le Séminaire Encore de LACAN), dont le simplisme et le réductionnisme révèlent l’ignorance de catégories aussi importantes que la surdétermination, mise en œuvre par Freud dès « L’interprétation des rêves ».

 

Les derniers crimes et massacres, perpétrés par l’État israélien et son armée coloniale d’occupation, contre des Palestiniens, en disent assez long sur les pervertissements de la signification et des enseignements à dégager – encore et encore – de « la solution finale ». En se révoltant contre l’oppression et le despotisme d’un Etat, dont l’idéologie principale est fondamentalement anti sémite, des Palestiniens restituent à la condition d’être parlant, toute sa dignité. Si l’antisémitisme touche d’abord et avant tout les Juifs, c’est parce qu’ils ont apporté et offert à l’humanité entière, avec le monothéisme, le très précieux legs du Père symbolique, et de sa fonction, qui concerne l’impossibilité d’achever et de mettre un dernier terme au potentiel du signifiant, lequel détermine, de manière irréductible toutes les constructions multiples et diverses, témoignant ainsi qu’elles ne peuvent absolument pas s’en passer. (Cf. « Moïse et le monothéisme » de FREUD).

L’antisémitisme n’existe pas que sous la forme de déclarations ignobles et scandaleuses, voire d’actes criminels immondes, il a ses germes et ferments discrets dans toutes les institutions qui bafouent la féminité en tant qu’elle met en œuvre la radicalité du principe de non-identité à soi, lequel fait valoir le manque à être, quel que soit le sexe anatomique concerné. La féminité, comme pôle de la structure, articulé à tous les autres : masculinité, paternité et maternité, n’a pas à être confondu avec les idéologies féministes, en quête de conceptions essentialistes et ontologiques de la femme.

L’antisémitisme s’accouple fort bien avec l’illettrisme, qui en maltraitant la lettre, « insulte » le réel, dont la proximité effraie ceux qui cherchent à s’en libérer, alors qu’ils le produisent eux-mêmes.

Si l’altérité est très souvent disqualifiée, parce que la féminité est violemment transgressée, cela signifie que les conditions sont réunies pour que les manifestations les plus ignobles de l’antisémitisme puissent exploser, et dans leur sillage, toutes les discriminations xénophobes et racistes. Les constructions ontologiques se révèlent fondamentalement tautologiques : de l’identité en soi, absolue au « narcissisme des petites différences »- elles rejettent l’altérité de l’autre. Leur caractère foncièrement xénopathique les amène à déplacer sur un autre l’hostilité voire la haine, vouée à l’Autre en tant qu’il les constitue, et les aliène, en mettant en échec leur tautologie à visée totalitaire. Cette altérité essentielle les renvoie à l’inconscient, qui ne cesse de la mettre au jour, tout en « dérangeant » leur raison, autant que leur compréhension. Ces constructions idéologiques nourrissent les illusions de « l’extraterritorialité », en consolidant des positions nationalistes et ultra-nationalistes, qui peuvent faire miroiter les possibilités de déjouer l’incomplétude du symbolique. Nous sommes, jour après jour, face à ce que LACAN a énoncé pour conclure son propos dans « Télévision », à savoir « Dans ce qui perdure de perte pure à ce qui ne parie que du père au pire ».

C’est pourquoi, à mon sens, lutter contre l’antisémitisme sur les mêmes bases logiques et théoriques que celles qui le fondent et le caractérisent, revient à le renforcer, et mène inévitablement à la catastrophe. La lutte contre l’antisémitisme ne sera efficace que si une autre raison que celle de l’orthodoxie bilatère, univoque, peut gagner une place au sein des rapports sociaux qui ont toujours tendance à l’exclure, de crainte qu’elle ne les subvertisse, alors qu’ils servent à la refouler, voire à la forclore. Et tant pis si la médiocrité, point de rencontre et de convergence de nombreuses idéologies, nous envahit en opprimant, en réprimant et en censurant, parfois de la manière la plus sadique qui soit.

 

Ce n’est pas parce que certaines déclarations dénoncent de façon tonitruante et spectaculaire l’antisémitisme qu’elles se fondent sur une analyse sérieuse de ce qu’il représente et des raisons qui le déterminent. Le combat contre lui, a été annexé, accaparé et mis en avant par nombre d’idéologies qui excluent l’altérité, et partant l’inconscient, en tant qu’il concrétise la non-identité à soi et libère du « narcissisme des petites différences » (FREUD). L’antisémitisme resurgit de façon encore plus terrible, lorsque le manque à être se voit de plus en plus bafoué par des idéologies réifiantes et autoritairement prédicatives, qui, par voie de conséquence, foulent au pied et mettent encore plus à mal (mâle) la féminité. Il dégrade de façon plus ostentatoire la fonction paternelle qui, est décriée par les pourfendeurs de l’ordre symbolique, qui ne supportent pas la Loi structurale, ni ne souffrent le « meurtre de la chose » en tant qu’il impulse et soutient la présentification de l’absence, nécessaire à l’existence. Il combat l’hérésie (RSI) de la déraison qu’insuffle l’inconscient en tant qu’il met sans cesse en avant la négation de l’être, insupportable et insoutenable pour toutes les idéologies qui pervertissent le DA en théorie(s) psychologique(s), auxquelles il faut opposer un travail d’évidement constant et déterminé. Grâce à ce travail sans relâche, on évite à la psychanalyse de se dégrader en slogans et autres platitudes psychologiques de type réductionniste: le primat du signifiant et de la lettre, qui subvertit le corps tout en le libérant du seul déterminisme « naturel », et en le soumettant au désir qui bouleverse les rapports objectaux, prépare à la récursivité. La déraison de l’inconscient réside dans le fait que « la psychanalyse traite des énoncés faux et irréfutables », à partir desquels la question de la vérité se pose de manière inédite, puisqu’elle n’implique plus l’adéquation et le reflet de ce qui serait déjà définitivement établi, mais concerne la prise en compte de ce qui lui échappe, et permet par là même sa construction et son organisation, à savoir le réel. Les énoncés sont faux parce qu’il leur est impossible de rapporter tout ce qu’ils peuvent mettre en jeu : s’ils sont partiels, ils ne peuvent être que partiaux, puisqu’ils sont déterminés par des choix, dont les tenants et les aboutissants sont loin d’être d’emblée explicites.

 

La logique de l’imprédicativité (et de la récursivité) inhérente à l’inconscient, permet d’éviter de transgresser gravement l’ordre symbolique en tentant de défier et de mettre à bas un ordre social. Elle libère d’une confusion funeste, entretenue par touts les idéologies qui croient détenir la meilleure prédicativité pour tous, au risque de déboucher sur des massacres. Ainsi, le marché de la « folie de la guérison » est un lieu de concurrence forcenée entre des savoirs prétendant garantir la prédicativité objectale et la fin du manque à être, même si elle compromet et met gravement en danger l’existence subjective. En mettant au centre des échanges, l’indépassable manque à être, l’inconscient montre que le capitalisme reste un marché de dupes. Ses adeptes, qu’ils soient exploiteurs ou exploités, sont tous soumis aux idéologies qu’il sécrète, et qui aggravent la férocité du surmoi, lequel entremêle et peut entretenir la confusion entre la limite structurale et les normes sociales. Bien souvent, ils préfèrent la soumission à un surmoi pervers, plutôt que de se considérer et de se reconnaître comme la dupe de l’inconscient, en tant qu’ils sont chacun assujetti à leur dépendance irréversible du symbolique. Accepter cette limite structurale, revient à se donner les moyens de dépasser ses inhibitions, qui représentent les limites que l’imaginaire (castration imaginaire), confond avec l’incomplétude (castration symbolique), imposée par l‘ordre symbolique, en tant qu’il induit « la faillite du réductionnisme » (J.Y. GIRARD), fût-il scientiste. Dans « Le champ du signe ou la faillite du réductionnisme », il écrit : « Dans un monde causal, les principes logiques ne touchent plus à la vérité, mais à l’action : avec 10 francs, j’achète un paquet de Camels, avec 10 francs, j’achète aussi un paquet de Marlboro, mais pas les deux. Autrement dit, le principe Aà A et A de la logique classique est dynamiquement faux (faire A n’est pas la même chose que faire A et faire A ».

 

 

Amîn HADJ-MOURI

29 MAI 2018

 

PS : Au cours de ma dernière intervention au séminaire de l’EPSM d’Armentières (12/06/18) un aparté m’a laissé entendre qu’on serait condamné à vivre toujours avec son symptôme. Cet argument psychiatrico-psychanalytique –donc pseudo-analytique- persiste à ne rien vouloir savoir de l’inconscient, au point d’exclure le « sinthome » en tant qu’il procède de l’analyse sérieuse du symptôme, c’est à dire de sa décomposition, propice à l’avènement d’un autre discours, en l’occurrence l’analytique. Le sinthome ne se confond plus avec le symptôme, dès lors que l’accession à l’unilatère et le passage au discours analytique ont pu avoir lieu, sur la base de cette décomposition. Certes, ce basculement reste toujours précaire : il est constamment menacé et risque d’être compromis par l’enkystement dans le bilatère (autre définition du symptôme), favorisé de toutes parts par les idéologies qui s’efforcent de montrer leur toute puissance devant la faille constitutive de la structure subjective. Le « sinthome » est précisément destiné à abandonner de plus en plus le symptôme pour continuer à densifier et à consolider celle-ci, sans cependant exclure le bilatère, faute de quoi le travail d’évidement et de rectification logique ne saurait se poursuivre.

En résumé, un symptôme consiste à choisir une ou des conceptions privilégiant un bilatère qui puisse faire barrage à l’avènement de l’unilatère et de la signifiance, et partant du sujet, comme négation du moi (d’où les résistances et les réactions thérapeutiques négatives).

Par ailleurs, ce qui reste, à mes yeux, exaspérant, est l’attitude de certains tenants du discours unversitaire (DU) : tout en laissant entendre qu’ils partagent la logique et l’éthique du DA, ils participent en fait, effectivement à sa dégradation, en s’adonnant à des spéculations sémiologiques, qui magnifient, voire fétichisent le signe, et excluent le signifiant. Tout cela enrobé dans une position de « belle âme », qui est sans conteste une position politique de collaboration avec l’idéologie dominante en vue de faire échec à l’inconscient, qui ne saurait en aucun cas être collectif, comme l’a déjà bien spécifié Freud, contre Jung. Aussi, la notion de « maladie mentale » n’est-elle qu’une construction idéologique, foncièrement erronée, qui s’appuie sur l’homéostasie organique, laquelle n’a rien de comparable avec la fonctionnalité subjective, fondamentalement dysharmonique, puisqu’elle engendre inévitablement le ratage objectal, qui confirme l’équilibre instable, inhérent au manque à être, définitif et irrévocable. L’acharnement contre ce dernier pour le mettre en échec et le supprimer, accompagne le rejet du principe de non-identité à soi (cf. Théorème d’incomplétude de Gödel). Il porte les germes de l’antisémitisme, qui explosera inévitablement à terme, d’autant plus que l’exécration de la féminité et de l’altérité, inhérentes à l‘inconscient, s’accentue chaque jour un peu plus. Chaque fois que l’articulation entre la nécessité et la contingence est mise à mal, et que l’impossibilité ne fonde plus la possibilité, l’antisémitisme n’est pas très loin, même si des idéologies s’ingénient à s’en défendre, plus ou moins spectaculairement. Lorsque l’indécidable, qui met en valeur l’importance capitale de la lettre, est bafoué et outragé, alors les prises de position tonitruantes contre l’antisémitisme, qui ne se privent pas en même temps de mettre en faillite la subjectivité et ses conséquences, ne feront qu’alimenter le marché de dupes, celui qui regroupe tous ceux qui ne veulent aucunement accepter d’être, chacun pour ce qui le concerne, la dupe de l’inconscient, qui confirme la vérité en tant qu’elle échappe, fonde toute fiction et lui confère sa valeur. Après-coup, le vide montre son immanence : il détermine la valeur d’échange qu’aucune valeur d’usage, quel que soit son degré de fétichisme (cote imaginaire), ne pourra tarir en la colmatant.

Abandonner le signifiant pour le signe, n’est pas sans conséquences : cela revient à choisir le réductionnisme, lié à la logique sphérique ou bilatère, au détriment de la moebianité (nouage par le vide des trois dimensions), caractéristique de la logique asphérique (unilatère), inhérente à l‘inconscient. En finir avec l’inconscient comme le prônent de nos jours nombre de spéculateurs réductionnistes et scientistes, est un objectif qui convient au capitalisme, lequel est habitué à ne pas s’embarrasser de considérations éthiques pour mettre en œuvre les pires « solutions finales ». Quelles que soient les précautions de style que peut adopter une conception, pour qu’elle paraisse raisonnable et bien adaptée à l’idéologie dominante, si son objectif explicite vise à tout prix à réaliser une réification exclusive du sujet, elle est, sans aucun doute, potentiellement antisémite. Elle l’est d’autant plus qu’elle refoule, voire forclot l’inconscient et toutes ses conséquences, dont aucune ne saurait être exclue ou mise à part.

La raison classique surestime le bilatère et exclut l’unilatère, parce qu’elle est obsédée par l’orthopédie, alors que la marche implique de soutenir un équilibre instable. Elle ne veut pas se reconnaître comme constituée de fictions extensionnelles (S2), qui renvoient à la signifiance ou à l‘intension (S1), laquelle confirme la lettre et l’indécidable qui l’accompagne. Infidèle à toute idéologie, l’inconscient n’est pas de « l’histoire ancienne » : il est omniprésent même à travers les fictions qui tendent à l’exclure, et qui se montrent radicalement incapables de mettre fin à ses formations. Celles-ci s’opposent résolument aux idéologies défendant l’inconscient collectif, qui est mis en avant pour récuser qu’ « il n’y a pas d’universelle qui ne doive se contenir d’une existentielle qui la nie» (LACAN). Autrement dit, flatter l’infatuation de l’individu, est une tâche dévolue à toutes les idéologies –fussent-elles opposées- pour éviter d’avoir affaire à l’appréhension de la préhension, et de la compréhension de ce qui échappe à l’être parlant, en raison même du primat du signifiant, dont il ne peut se libérer, même si certains êtres parlants, tout en choisissant de s’installer dans une psychose, ont l’intention de le mettre en cause, voire en échec, pour se croire enfin totalement libres, débarrassés non pas des impératifs et des injonctions imposés par un ordre social, mais des limites apportées par l’ordre symbolique, qui servent à renouveler, recréer et enrichir les fictions, constituées à partir de ce qui leur échappe et qui les détermine. L’illusion de liberté totale, qui revient à maîtriser la jouissance phallique et à s’emparer de la jouissance de l’Autre, concourt au renforcement de l’ordre social dont l’intention, à travers toutes les idéologies qu’il provoque, est d’en finir avec l’intension : il encourage le regroupement de tout ce qui est utile et qui servira à supprimer et à faire disparaître les traces de l’inconscient, du ratage qu’il détermine, lequel ouvre la voie à l’indécidable, qui « laissera toujours à désirer ».

Toute organisation sociale s’édifie sur le refoulement de l’inconscient. Elle n’a de cesse de « dédialectiser » les dimensions mises en jeu par ce dernier, qui perturbe son fonctionnement normal, fondé sur des normes et des lois, dont la violence est justifiée et légitimée par des appareils institutionnels, censés promouvoir l’égalité de tous devant elles. L’appartenance à une communauté ethnique et/ou religieuse, voire à une corporation, s’appuie sur l’idéalisation imaginaire de traits propres à certains membres, pour en faire des modèles et des leviers d’identification, servant une unité factice (comme une), dont la visée est de faire valoir l’uniformisation contre l’homogénéisation, qui admet l’hétéros. Si l’uniformisation vise l’unité et l’unification pour que la singularité disparaisse, l’homogénéisation vise «  l’unarité » pour que l’hétéros conserve sa place et altère le semblant d’unité, exclusive de la division instaurée par le sujet. C’est pourquoi à mon sens, l’aliénation sociale met en avant et joue sur le statut socio-professionnel pour mieux mettre en échec le sujet. Et tous les lieux communs, provenant d’idéologies mesquines, qui consistent à rabâcher qu’il n’y a pas de solution ni de « remède miracle » à certains problèmes, servent à faire oublier et à méconnaître, que la formulation de ces derniers, peut être défaillante, notamment parce qu’elle exclut des dimensions et leur articulation dialectique, mise en œuvre par une autre réflexion, libérée des canons de la raison classique. C’est dans un cadre intellectuel « moisi » et perverti que la psychanalyse   est idéologisée et « exploitée » pour mieux mettre en échec l’inconscient, d’autant plus qu’il ne cesse de rappeler la lettre, émanant et émise de la Chose.

L’érection d’un trait, d’une différence et leur pervertissement en essence prédicative et ontologique, est l’œuvre d’ idéologies qui produisent des « romans nationaux », destinés à dissimuler la surdétermination de l’organisation sociale par la lutte des classes, qui assignent des places au sein de rapports sociaux, devenus « naturels » par la grâce d’idéologues, célébrés et payés, d’autant plus choyés qu’ils légitiment et justifient ces derniers, afin que leur hégémonie ne puisse jamais être remise en question, de quelque façon que ce soit. Certaines constructions idéologiques, qui osent s’y confronter, (Cf. Mai 68) sont intégrées et finissent par faire partie du jeu dit démocratique, dès lors que la raison qu’elles mettent en œuvre, apparaît à un moment donné, comme fondamentalement identique à celle qu’elles croient combattre. Leur virulence, leur insolence contre un ordre social ne signifie pas forcément que ce qui fonde leurs positions soit essentiellement différent quant à la façon de prendre en compte l’inconscient, et la logique qu’il commande, telle qu’elle procède de l’ordre symbolique et de sa transcendance.

 

Je conclurai cet écrit en donnant la parole à feu Mahmoud DARWICH, à travers un de ses poèmes, intitulé :

 

On t’oubliera, comme si tu n’avais jamais été

 

On t’oubliera, comme su tu n’avais jamais été.

On t’oubliera comme la mort d’un oiseau,

Comme une église abandonnée,

Comme un amour passager

Et comme une rose dans la nuit…on t’oubliera

 

J’appartiens à la route…D’autres pas

ont précédé mes pas.

D’autres que moi ont dicté leurs visions

à mes visions,

d’autres ont répandu le verbe

afin qu’il intègre le récit

ou éclaire pour celui qui suivra,

trace lyrique…et intuition

On t’oubliera…comme si tu n’avais jamais été

Homme ou œuvre…on t’oubliera

 

J’avance guidé par la vision. Le récit sera peut-être

plus personnel. Car les mots

me gouvernent et je les gouverne.

Je suis leur forme

et ils sont la libre transfiguration.

Mais ce que je dirai a été dit.

Un futur antérieur me précède.

Je suis le roi de l’écho.

Je n’ai de trône que les marges. Et le chemin

Est la méthode. Les Anciens ont peut-être

oublié de décrire

quelque chose pour que j’y réveille

mémoire et sensations.

 

 

On t’oubliera comme si tu n’avais jamais été

acte ou trace…on t’oubliera

 

J’appartiens à la route…

Quelqu’un pose ses pas

dans mes pas, qui me suivra jusqu’à ma vision,

quelqu’un qui déclamera des vers de louanges

aux jardins de l’exil, devant la maison,

des vers délivrés de l’adoration du passé,

délivrés de ma métonymie et de ma langue,

et je témoignerai

que je suis vivant

et libre

quand on m’oubliera !

 

 

                                                                                      Roubaix, le 18 Juin 2018

 

 

 

 

 

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