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Point de suture

POINT (pas du tout) DE SUTURE :

 

POINTS DE RUPTURE, POINTS DE FUITE  ET  POINTS DE SUSPENSION !…

 

 

« Des faits, cela veut dire des faits examinés pour voir en quoi ils consistent : c’est dire encore des faits scientifiquement établis. Même sans le savoir, tout le monde tient maintenant pour des faits, ce qui ne fut longtemps que rebuts purs et simples ; ce qu’on appelait les actes manqués. » (LACAN. Petit discours à l’ORTF. Autres écrits)

« Le symptôme, c’est la note propre de la dimension humaine » (LACAN. Scilicet 6/7. Conférences et entretiens dans des universités américaines)

« La bataille sur les mots est indissociable de la bataille sur les choses ». (Jacques RANCIERE. «  La haine de la démocratie ». Ed. La Fabrique).

« Le peuple, ce n’est pas la masse de la population ; le peuple est une construction. Il n’existe pas, il est bâti par des discours et des actes ».

(Jacques RANCIERE. « Philosophie et politique ». REVUE BALLAST).

 

 

Considérer, à la suite de LACAN que la vérité est « mi-dite » nécessairement, pour des raisons structurales inhérentes au signifiant, nous amène désormais à porter notre intérêt et notre attention à la qualité et à la pertinence des différentes manières d’en rendre compte, notamment en ne méconnaissant plus l’échappement qui lui confère sa consistance. C’est d’ailleurs ainsi qu’elle fait écho au réel comme impossible. Aussi, pour réinventer sans cesse la psychanalyse, nous revient-il d’entretenir une radicalité soutenue, en vue de raffermir et de consolider sans cesse la « compacité de la faille » (LACAN), congruente de la « béance causale », qui nous cause comme sujets et nous fait causer de manière répétitive et perpétuelle du « meurtre de la chose » et de la fin de l’essence, grâce au signifiant, dont nous voulons nous débarrasser coûte que coûte, quitte à sombrer dans le symptôme, que la débilité sociale, grâce à ses savants et autres charlatans, cherche à éradiquer sans analyser son équivocité, qui articule dans une dialectique singulière la lettre et le non rapport, en en faisant un rapport inédit et hétérodoxe. C’est, à mon avis, sur cette base qui réduit l’impensé entretenu par la doxa, que le lien social représenté par le discours analytique (D.A), peut se développer et persister. Les cohortes d’ « illettrés » qui laissent croire que leur érudition apportera un sens absolu et universel qui aura raison de la signifiance, éventent à plus ou moins long terme leur imposture, qui pervertit le D.A en le dégradant en idéologies, au service de l’aliénation sociale. Et c’est sur cette base que des institutions s’érigent, dans lesquelles la subordination hiérarchique fait rage, provoquant des ravages intellectuels, qui finissent par montrer que la perversion est à l’œuvre, sous de faux airs de psychanalyse, dégradée en morale. La « cabale des dévots » (LACAN) s’accouple bien avec lenéo-libéralisme, dont la sauvagerie consiste à refuser violemment qu’on lui rappelle l’omniprésence de l’ordre symbolique et celle de la dépendance du signifiant, dont tout symptôme subjectifporte la marque. C’est pourquoi dans les institutions dites soignantes, même si les références au langage sont fréquentes, la méfiance envers le signifiant est constante: il les défie et met d’autant plus en échec leurs prétentions qu’elles visent l’éradication de ce dernier. Ainsi, dans nombre de ces lieux de perdition du signifiant, le rejet de « l’instance de la lettre », dissimulé derrière un jargon pseudo-psychanalytique, à forte connotation religieuse de type humaniste, débouche inévitablement sur une chronicisation du symptôme : la prise en charge est désormais sous-tendue et soutenue, non plus par le défaut de rapport sexuel, mais par la quête de l’harmonie ontologique et essentielle, fondée sur des superstitions qui usent de la psychanalyse pour se libérer de l’inconscient, et partant de la condition de « parlêtre ».

La lettre permet de mettre au jour la défaillance ou la déficience du langage (incomplétude du symbolique) à rendre raison du sexe : elle subvertit tant et si bien le corps, qu’il cesse d’obéir aux seules lois biologiques. Elle est à la base du concept freudien de « surdétermination », qui met en jeu cette « structure du sujet dont le langage -comme réalité- fournit les fondements » (LACAN. Petit discours à l’ORTF. Autres écrits). Elle est la source du désir et révèle son fondement sexuel dès lors que le langage, par son défaut constitutif qu’il instaure, aboutit à un ratage essentiel, bénéfique pour « l’ex-sistence », désormais établie sur une dysharmonie et une disparité enrichissantes. En effet, la quête de tout supplément, nécessairement fantasmé, en raison du manque à être qui lui attribue une valeur de complémentarité, débouchera inéluctablement sur une déception, généralement imputée à l’objet convoité.Ainsi l’acharnement à suturer et à obturer par un supplément qui est censé complémenter et compléter, compromet le sujet (de l’inconscient), et partant peut conduire le moi à choisir la mort pour fuir la honte de l’échec, alors qu’il s’agit du ratage inhérent à la structure subjective. Ce genre de confusion est largement entretenue par l’aliénation sociale qui conforte le discours du maître et impose ses impératifs et autres injonctions pour mieux refouler le DA, dont la tâche consiste à exhumer de ceux-ci le fondement signifiant qui les détermine, ainsi que son précieux potentiel. Les effets de ce travail, qui n’est pas toujours aisé, consistent essentiellement à mettre en évidence une imprédicativité subversive, promotrice du « plus de jouir », qui met au jour et en valeur l’indécidabilité, en tant qu’elle confirme le signifiant et ouvre sur le transfini.

La lettre, ainsi comprise, s’oppose à la conception prédicative de la « démocratie », qui met en avant la pluralité, à condition que la variété des conceptions serve exclusivement le bilatère, le « sanctifie » pour faire groupe, au détriment de l’unilatère qu’il s‘agit d’exclure, alors qu’il est nécessaire à toute construction, laquelle renvoie à la nécessité du signifiant dont elle procède. Les parodies d’ouverture, orchestrées par les fanatiques de l’infatuation moïque, renforcent les inepties et les stupidités psychiatrico-psychologiques, adaptées à la « soft barbarie » du capitalisme, qui n’a de cesse de détruire la subjectivité en réifiant les corps et en ravalant la sexualité à une histoire d’instinct, relevant de la « nature ». « Une logomachie qui traite des rapports entre l’homme et la femme à partir d’une harmonie analogique quis’originerait de ceux du spermatozoïde et de l’ovule, paraît simplement grotesque à ceux qui savent tout ce qui s’étage de fonctions complexes et de questions irrésolues entre ces deux niveaux d’une polarité, la polarité du sexe dans le vivant, qui représente en elle-même peut-être l’échec du langage ». (c’est moi qui souligne) (LACAN. Petit discours à l’ORTF. Autres écrits). LACAN « enfonce le clou »: « l’inconscient n’est pas pulsation obscure du prétendu instinct, ni cœur de l’Etre…. » (ibid.)

La logique radicale, impliquée par le D.A, signifie la fin du raccommodage des idéologies les plus éculées et rebattues, qui mobilisent une logomachie prescrivant une « maturationinstinctuelle au service d’une obscure prêcherie sur le don qui impose ses effets au patient par la suggestion la plus grossière, celle qui résulte de ce consentement confus qui prend ici nom de morale » (LACAN. Petit discours à l’ORTF. Autres écrits). La raison hérétique et subversive que met en place la lettre, pousse « à unerévision totale de tout ce qui a pu se penser jusqu’ici de la pensée » (LACAN. Ibid.). Elle parvient à mettre au centre de la sexualité des êtres parlants le défaut de rapport sexuel, qui permet au manque à être de se perpétuer, et de définir désormais la complémentarité comme le ratage, qui préserve une altérité essentielle, profondément liée au désir en tant qu’il « est proprement lapassion du signifiant, c’est-à-dire l’effet du signifiant sur l’animal qu’il marque et dont la pratique du langage fait surgir un sujet. Un sujet non pas simplement décentré, mais voué à ne se soutenir que d’un signifiant qui se répète, c’est-à-dire comme divisé ». (LACAN. Petit discours à l‘ORTF. Autres écrits). Cette altérité constitutive, qui évide l’unité et la totalité imaginaires, pour mettre au jour la béance fondatrice de la subjectivité, fait choirles illusions de l’homme autonome et souverain qui surchargent les conceptions humanistes, idéalisant l’individu indivis. Elle représente ce lieu qui provient de la subversion du corps par le langage, et dans lequel gît la cause du désir en tant qu’il caractérise le sujet. Ce sujet détermine et oriente en la contrariant la quête entreprise par le moi pour obtenir un complément lui garantissant une complétude, dont la vanité s’imposera à un moment ou un autre. Celle-ci, comme effet du sujet, redéfinit le statut de l’objet : il cesse de donner l’illusion de la complétude et finit par « incomplèter » en mettant en évidence le manque à être. Il concrétise en quelque sorte la trace même de la perte irrémédiable de la Chose, instauratrice d’un manque essentiel, qui détermine les relations objectales, révélatrices du sujet en tant qu’il est indéfectiblement lié au manque à être.Ce dernier met en échec le sens d’une complémentarité qui risque « d’achever »le sujet, sous prétexte de combler le moi. L’objet s’intègre dès lors à un processus de supplémentation (en plus) qui confirme « le rapport d’exclusion interne » mis en place par le sujet avec l’objet, pour consolider le lien de séparation qui les réunit. Au « meurtre de la chose » instauré par le signifiant, qui sépare et articule du signifié grâce à un écart irréductible, correspond sur le plan subjectif, « le meurtre du Père », qui inscrit définitivement la présentification de l’absence à travers les représentants de la représentation. C’est ainsi que toute fiction, tout mythe métaphorise la structure, insaisissable comme telle. Celle-ci procède du signifiant et est concrétisée par des constructions dont la plurivocité et l’équivocité matérialisent l’écart avec le signifié, duquel s’échappe constamment la vérité. Aussi, névrose, psychose et perversion, loin d’être des « essences » immuables, propices aux réifications, ne sont-elles que des manières de rendre compte de cette structure du sujet, tout en la contestant et en tentant de lui faire échec. Le sujet (de l’inconscient) – à distinguer de l’individu- négative les infatuations identitaires, mises en place par le moi. Il les évide en leur échappant et en les transcendant, les ramenant ainsi à leurs vaines fatuités, qui se voudraient exclusives de l’inconscient.

L’inconscient sert à montrer à la conscience, par une manifestation, vécue comme étrangère -et qu’elle cherche à maintenir comme telle en la refusant et en la rejetant-, que le ratage et le manque à être sont nécessaires à la subjectivité, et in fine au moi lui- même, quels que soient les efforts qu’il déploie pour ne rien vouloir en savoir. Travailler sans relâche les rapports entre le langage, la lettre et la parole, contribue grandement à ne pas rejoindre les idéologies diverses qui véhiculent l’ « illettrisme » dominant dans la société et dans les institutions qu’elle met en place pour le renforcer. Densifier l’écart entre le signifiant et le signifié pour mieux restituer la valeur de la vérité, requiert une position radicale qui consiste à raffermir et à consolider la « compacité de la faille », autrement dit la « béance causale » mise en cause et en question, sur un plan individuel, par le symptôme et, sur un plan collectif, par l’idéologie, dont les formes, aussi variées soient-elles, confondent toutes homogénéité et uniformisation, afin que « l’hétéros » n’ait plus sa place légitime.

« Un symptôme, c’est curable. La religion, c’est un symptôme. Tout le monde est religieux, même les athées. Ils croient suffisamment en Dieu pour croire que Dieu n’y est pour rien quand ils sont malades. L’athéisme, c’est la maladie de la croyance en Dieu, croyance que Dieu n’intervient pas dans le monde. Dieu intervient tout le temps, par exemple sous la forme d’une femmeLes curés savent qu’une femme et Dieu c’est le même genre de poison. (c’est moi qui souligne). Ils se tiennent à carreau, ils glissent sans cesse. Peut-être l’analyse est-elle capable de faire un athée viable, c’est-à-dire quelqu’un qui ne se contredise pas à tout bout de champ. (LACAN. Conférences et entretiens dans des universités américaines. Scilicet 6/7).

Piégés par l’opposition stérile entre l’individu et le groupe, nourries et entretenues par un psychologisme subjectiviste, exclusif de l’inconscient, les réactions et les révoltes hystériques –quels que soient leurs caractères spectaculaires- n’évitent pas les dérapages obscurantistes. Faute de concepts rigoureux capables d’orienter vers un nouvel entendement et une logique « évidante », dépassant les inepties de la souveraineté et de la liberté individuelles, l’individualisme abstrait incite à la tautologie, qui reste hermétiquement fermée au fait qu’un signifiant ne puisse pas se signifier lui-même. Sur cette base, l’illettrisme qui consiste à dégrader la lettre, est incapable de reconnaître que celle-ci est incluse dans toutes les formes de particularismes, lesquelles finissent par montrer au grand jour qu’elles procèdent toutes d’un impossible qui les transcende et persiste malgré leurs tentatives de le dissimuler. Ainsi, il est compris en elles, subsumé par elles tout en les transcendant. Et c’ est grâce à lui, qui préserve un vide inaltérable, rendu permanent par son absence même, qu’elles peuvent être évidées et réinventées.

La grande mascarade et la grande tromperie de la démocratie « occi(re)dentale », issue du capitalisme et de son système d’exploitation qu’elle cherche à masquer en invoquant la liberté, consiste en cette croyance très répandue que la diversité et la multiplicité des conceptions et opinions nécessairement bilatères suffisent à garantir la démocratie, alors qu’elles ne cessent pas de forclore l’unilatère qui les fonde implicitement, et qu ‘elles intègrent et contiennent en le faisant taire, notamment grâce à des spéculations supplémentaires, qui ne cessent de marteler continuellement des arguments destinés à exclure la lettre et à se libérer de la dépendance du signifiant. C’est ainsi que l’aliénation sociale tente de supplanter l’aliénation signifiante, et devient le moteur principal des institutions, même celles qui se réclament du D.A. Elles participent activement à répandre à travers le monde la confusion inepte entre l’individu et le sujet, proclamant qu’il faut mettre à bas tout ce qui empêche de s’appartenir à soi même, dont le groupe, qui participe en fait à toutes sortes d’aventures individualistes, pour mieux éloigner le sujet, et partant l’inconscient. C’est dans cette logique exclusive de la « béance causale » que se fourvoient les thèses d’un Kamel DAOUD qui, « belle âme », appauvrit ses conceptions et formulations, en faisant l’éloge de l’individu, essentiellement libre, contre lequel s’exercent les pressions néfastes du groupe naturellement contraignant. L’individu est alors promu garant d’une liberté qui lui est confisquée par le groupe auquel il appartient, et qui le bride continuellement et par tous les commandements et impératifs possibles, (en l’occurrence religieux) auxquels il doit se soumettre, comme si une telle sujétion n’impliquait pas la part qui lui revient quant au choix de s’y soumettre. C’est aussi la mission que s’assignent certains propagandistes et prosélytes du charlatanisme psychanalytique, bien adapté à la doxa et à la « modernité » « occi(re)dentales », dans des pays du Maghreb, où sévissent les « beni oui-oui » de ce qui est exhibé comme le nec plus ultra de l’idéal universel , et qui est foncièrement d’accord avec les idéologies islamistes, malgré leurs divergences de façade. Ils contribuent en outre au pervertissement du rapport dialectique entre la différence et l’identité, au sens où la mise en commun de ce qui échappe passe par la nécessité de n’en rendre compte que de façon particulière : le réel est partagé et concrétisé par ses diverses expressions, qui tendent à l’occulter, tout en contribuant –par leur évidement déconstructif- à le mettre en évidence. L’apport à l’illettrisme général est « grandiose » lorsqu’il use de jargons emphatiques et grandiloquents, dont la visée essentielle, voire unique, consiste à éliminer la signifiance, qui rappelle le processus du refoulement primordial et le « troumatisme », fondateur de la subjectivité, qui est une, grâce à la multiplicité des manifestations qu’elle permet, et qui montrent que son assise est finie, achevée,mais cependant ouverte sur des points de suspension métonymiques (accès au transfini et à l’infini).

Se libérer du symptôme, exige une familiarisation constante et de plus en plus grande, -jusqu’à la banalisation – avec l’altérité foncière de « chaque un », sur laquelle s’établit sa singularité. Autrement dit, pas de singularité sans cette altérité irréductible et indépassable par quelque progrès que ce soit. Si le « troumatisme » génère le symptôme, qui est une façon de le mettre en cause, il engendre aussi bien les moyens de sa résolution.

En e qui concerne les institutions dites soignantes qui se réfèrent au D.A, elles l’utilisent généralement comme un savoir, dont la valeur est calculée selon les critères sélectionnés et choyés par l’aliénation sociale, c’est à dire selon un schéma préétabli des manières d’agir et de penser, en adéquation avec une conception prescriptive de la prédicativité, qui ne peut souffrir le sujet. Si le D.A est un lien social, cela signifie que l’ensemble du fonctionnement institutionnel doit en être profondément marqué, à tous les niveaux, afin qu’aucun savoir, ni qu’aucune pratique ne soient épargnés par leur évidement. Ainsi, par ex, il n’est pas besoin d’être grand clerc pour constater qu’il ne suffit pas d’avoir un diplôme de médecin pour s’arroger le droit de diriger une équipe, sans savoir ce qu’est une équipe, en quoi elle consiste, sur quoi elle peut se fonder sérieusement pour pouvoir la coordonner, au bénéfice des patients et des praticiens eux-mêmes. Si le pouvoir des normes imposés par un ordre socio-économique n’est pas interrogé pour en analyser le bien fondé, si le pouvoir des prescriptions n’est pas questionné par ceux-là mêmes qui le pratiquent au nom d’un discours médico-psychologique, à quoi sert alors la référence au D.A ? Sinon à jouer le rôle de caution à la perversion d’un ordre institutionnel, au service de l’aliénation sociale. La force de cette référence, élevée au rang d’un principe institutionnel, consiste à amener les agents à se soumettre à des normes qui, une fois qu’elles sont bien intériorisées, échappent à leurs remises en cause et à leur évidement. Le confort qui en découle renforce le pouvoir des rentiers du service public par exemple, et accroît la débilité plus ou moins confortable de ceux qui deviennent leurs parasites.

L’aliénisme, associé à l’hygiénisme, a grandement contribué à la mercantilisation de la psychanalyse, désormais intégrée au marché de « la folie de la guérison », entendue comme assemblage de pratiques empiriques diverses –sous la férule du pragmatisme triomphant- promettant de suturer « idéalement » le manque à être, fondateur de l’ex-sistence, et visant l’éradication du défaut de rapport sexuel pour réaliser la vaine unité ontologique. Une certaine psychanalyse est adaptée à cette finalité : elle consiste en une conversion idéologique qui se résume à substituer une illusion ontologique par une autre, dont la vanité est dissimulée par le transfert, perverti en pouvoir de suggestion. Alors que le ratage confère sa scientificité à la psychanalyse, les pratiques idéologiques qui le forclosent, magnifient l’imaginaire pour parvenir à démentir le réel, qui procède de l’assujettissement définitif à l’ordre symbolique. C’est ainsi que l’on peut comprendre les efforts consentis par le discours universitaire pour boucher tous ses trous, au nom d’une pluridisciplinarité, comprise comme une tentative d’affranchissement à l’égard de l’incomplétude du symbolique, à laquelle sont soumis tous les discours, au sens où elle assure le développement de chacun d’eux. En d’autres termes, le réel excède tous les excès imaginaires qui refusent l’incomplétude du symbolique et mettent finalement en évidence et en valeur le ratage, sur lequel ils butent et trébuchent inévitablement. Le « troumatisme », causé par l’irréversible perte d’être, liée à l’incorporation du signifiant, est mis en jeu dans les différentes formes de l’autisme, dont le traitement possible, monte bien que, malgré la profonde remise en cause de cette « béance causale », le sujet n’est jamais totalement exclu, et le signifiant toujours peu ou prou en activité, malgré tout ce que préconise l’aliénation sociale pour en dissuader tout un chacun, afin qu’il ne veuille rien savoir du réel et de l’impossible qu’il engendre.

Dans les institutions où la « folie de la guérison » règne en maître absolu, on laisse accroire que l’addition de savoirs différents, viendra à bout de la division subjective et du défaut de rapport sexuel. Dès lors l’inconscient n’a plus sa place, quoi qu’on dise. Les assignations et les réclusions identitaires/professionnelles participent à l’exclusion du manque à être. Elles laissent à penser que la pluralité consiste à rassembler des conceptions différentes, mais identiques quant à l’exclusion du tiers, issu du signifiant, qui, lui, s’oppose à la réification de tout sens et oriente, de ce fait, vers un développement métonymique, respectueux de l’insaisissabilité du signifié comme limite indépassable. La mise au jour de l’inaccessibilité sans médiations de la vérité, implique l’évidement constant de toute conception qui a cours dans une institution, dont le risque de sclérose grandit avec les infatuations narcissiques que procurent en son sein des théories prétendant mettre fin à l’incomplétude du symbolique et au manque à être. . Aussi, s’agit-il de créer les conditions pour que cet évidement se produise et s’effectue, faisant ainsi valoir le primat du signifiant, qui préserve de toute réification totalitaire, dont l’humanisme –aussi fort soit-il- ne préserve pas de l’aggravation de l’impensé. Le refoulement secondaire, renforcé par un savoir défiant le signifiant, tend à enfermer dans une temporalité chronologique et linéaire qui, malgré le symptôme et aussi à cause de lui, empêche l’accès à une autre temporalité, celle de l’absence omniprésente d’une altérité irréductible (A barré), qui se manifeste par des effets, contenus dans le symptôme, et permettant d’envisager un autre type de causalité que celui qui est à l’œuvre dans les différentes conceptions médico-psychologiques, en quête de suture de l’écart entre le signifiant et le signifié et de main mise sur l’échappement sémantique que ce dernier impulse et propulse. Plutôt que l’objectivité par réification, plutôt que la compétition et la concurrence entre des savoirs idéologiques « chosifiants », faisant écran au signifiant, vaudrait-il mieux s’appuyer sur le vide, lié au primat de ce dernier, le partager et lui donner toute sa place à travers l’intérêt accordé à toute production, qui ne manque pas, grâce à l’évidement qui lui est proposé, de mettre au jour sa manière spécifique de concrétiser ce qui lui échappe et qui la fonde, la renvoyant alors vers la même assise : l’ordre symbolique. Partager ce vide comme fondement, fait valoir une « unarité », qui articule la singularité avec une unité, jamais départie de sa division constitutive, et qui met au jour le ratage, indissociable de la convoitise du phallus (1+a =moins phi).

En refusant les assignations identitaires, qui donnent l’illusion de régler la question ontologique, par leurconstante mise en question, l’imprédicativité qui les structure fondamentalement, affleure toujours à terme des réponses prédicatives, « prêtes à l’emploi », quelle que soit l’intensité de la passion de l’ignorance qui les nourrit, et compromet in fine l’ex-sistence subjective. Postuler l’existence d’une réalité objective a priori est une erreur. Aussi, l’interprétation quantique montre-t-elle que « les particules n’ont pas de réalité indépendante, elles ne possèdent pas de propriétés quand elles ne sont pas observées ».(Manjit KUMAR. « Le grand roman de la physique quantique ». Ed. Champs-Sciences Flammarion. 2012). Cette conception a été confirmée par le physicien John Archibald WHEELER, qui affirme qu’ « aucun phénomène élémentaire n’est un phénomène réel avant d’être observé ». (Ibid). Ce rejet de toute réalité en soi,indépendante de tout observateur, implique à mon sens l’imprescriptibilité de la castration symbolique qui, en privilégiant le signifiant et l’incomplétude, amène « la psychanalyse à traiter des énoncés faux et irréfutables » (LACAN), et à mettre en évidence une indécidabilité, qui ne laisse aucune place pour l’obscurantisme subjectiviste, développé par les théories prônant la souveraineté et la liberté totale et absolue du moi. La continuité moebienne qui découle de la structure du signifiant, permet le dépassement de la frontière classique, « naturellement » établie par les représentations dominantes, entre le monde « intérieur » (subjectif) et le monde « extérieur » (objectif). Elle n’est possible que parce que l’inconscient subvertit la « division conventionnelle entre sujet et objet » (W. HEISENBERG) et instaure une dialectique spécifique qui, tout en reconnaissant les différences et les distinctions, voire les oppositions locales (bilatère), n’exclut pas pour autant leur identité globale, en tant qu’elles procèdent toutes du signifiant. Aussi, la continuité et la récursivité, mises en jeu par ce qui ne cesse pas d’échapper, et qui se révèle hors de portée de toute maîtrise, bouleversent-elles le principe de causalité classique, en promouvant une Autre causalité, fondée sur « la béance » ou « le troumatisme ». Et ce n’est certainement pas la diversité et la complémentarité supposées de certaines conceptions, attelées à réifier fondamentalement le bilatère, pour se « débarrasser » de l’unilatère et de la signifiance, que l’on s’affranchira de l’aliénisme et de l’hygiénisme, lesquels peuvent même faire croire que « la folie » est une source « quasi-naturelle » de progrès (cf. l’anti-psychiatrie de LAING et de COOPER qui élimine la structure subjectivepour « naviguer » entre l’écueil des déterminations biologiques et celles de la sociologie, échouant finalement sur une idéologiequi, parce qu’elle se montre fondamentalement rétive à la signifiance, devient plus ou moins réactionnaire, quand il s’agit surtout de ne rien vouloir savoir de cette dernière).

Dès lors qu’ils sont soumis à un évidement critique, tous les énoncés ne manquent pas de montrer leurs marques d’individuation, leurs traits caractéristiques propres, qui permettent de les distinguer quant à leur manière de s’opposer au vide qui les constitue et assure leur permanence évolutive, dès lors qu’ils sont soumis à un évidement critique. Ce travail met en valeur le signifiant qui les détermine, et banalise ce qu’elles peuvent représenter d’exceptionnel pour faire croire que le réel est suturable et que l’incomplétude, due au symbolique, peut être vaincue.L’humanisme – idéologie idéale s’il en est- se veut pluraliste : il multiplie les propositions de voies d’accès, plus ou moins « soft » à la totalité, tout en feignant de s’en protéger. Cependant, il veille bien à ce que la négation, propre à l’inconscient, ne contrevienne d’aucune façon aux objectifs des théories médico-psychologiques, dont l’aliénisme et l’hygiénisme visent à libérer de cette « impureté » qu’est l’inconscient en tant qu’il s’oppose radicalement à la réalisation d’une jouissance phallique, fondamentalement incestueuse. L’épuration des manifestations épiphaniques du sujet, mobilise maints « savants », qui ont pour tâche de conjurer, voire d’exorciser les réactions phobiques, suscitées par le rappel discret de l’interdit structural et de l’altérité,que le sujet permet d’appréhender à travers ses épiphanies.

Les diverses constructions (S2) sous-tendues et soutenues par l’idéologie humaniste –« libératrice » de l’individu- sont cependant nécessaires : elles ne cessent pas de souligner et de développer leurs signes distinctifs pour établir une frontière infranchissable avec ce qui les engendre (S1 : l’intension ou la signifiance), qui reste insaisissable du fait de son absence, dont l’efficacité opère à travers l’indubitable ratage. L’omniprésence de ce qui est absent, par son échappement-même, opère dès lors qu’une lecture, soutenue par une logique inédite, devient possible grâce au développement que permettent ces mêmes constructions. Ainsi, les rapports à la causalité et à la vérité connaissent un véritable bouleversement, qui subvertit par là même les conceptions « réalistes » de la réalité. Cette « déraison » altère la logique du tiers exclu, privilégiée par l’aliénation sociale, soucieuse de posséder des « savants », épurateurs de l’indétermination et de l’indécidabilité, témoins du réel. Elle inaugure une audace intellectuelle qui consiste à introduire de nouveaux concepts qui tiennent désormais compte du signifiant et des limites qu’il impose, notamment par rapport à l’hérésie qu’il implique, et qui concerne le nouage borroméen des dimensions qu’il met en œuvre. Cette « déraison », liée à l’inconscient, subvertit la raison classique : elle produit une discontinuité qui affecte et marque la continuité incessante de l’articulation signifiante, tout en modifiant désormais leur cours et leur orientation. Ainsi, la spécificité des éléments qui constitue et compose ces extensions, fait oublier et refoule un substrat qui leur échappe, qui leur demeure implicite d’autant plus qu’ils le matérialisent, induisant par là même toute une série de conséquences concrètes, saisissables et identifiables grâce à une lecture qui s’appuie sur la lettre et ses effets. Cette lecture met en œuvre une « déraison ou raison négative et dissensuelle », radicalement différente de la folie. Elle tend à réduire le plus possible les points aveugles des théories qui comptent se débarrasser du vide et de son impact. Les constructions fictionnelles, toujours porteuses des marques de la raison classique, s’avèrent toujours aptes à faire régresser, c’est à dire à mettre en pièce l’inconscient, en ressuscitant un subjectivisme humaniste, destiné à esquiver le réel et à proposer des « trucs » pour en finir avec « La Chose ». Mais ces derniers servent en définitive à mettre au jour celle-ci : ils mettent en lumière, grâce à une lecture appropriée, l’influence décisive qu’elle exerce sur eux et sur leur organisation ou leur structuration.

Ainsi, on peut en finir avec la vérité en tant qu’elle est réduite à fournir une représentation conçue comme une restitution pleine et entière, une duplication totale et achevée d’une réalité extérieure, sans recourir à aucune re-présentation, qui implique la présence de l’absence et met en place le semblant ou la facticité. La vérité exige d’aller au-delà de ces apparences nécessaires. Quelle que soit la qualité de leur restitution et des rapports qu’elles entretiennent avec ce qui échappe, leur substrat implicite, auquel il est possible d’accéder, se fait jour à partir de l’écart irréductible, contenu dans toute représentation, avec le réel, impossible à maîtriser. Ainsi,Le réel, du fait de son échappement, fonde toute représentation : il échappe à toute fiction, et à ce titre, il lui est nécessaire. Il la rend possible alors qu’elle le matérialise.Autrement dit, le réel excède, sans les exclure, les autres dimensions (imaginaire et symbolique)auxquelles il est définitivement noué. Elles lui sont nécessaires et permettent sa mise en évidence. Tenir compte de cet aspect structural met en valeur une position subjective qui équivaut à une prise de parti, à un choix déterminant quant à la construction d’une fiction historique, toujours porteuse d’ambigüités et d’équivocités, appelées à être élucidées, au même titre qu’un symptôme. Rendre cohérent ce dernier (« temps pour comprendre ») revient à le déconstruire en évidant son organisation par la libération d’éléments qu’il contient, et qui ressortissent à une autre rationalité, étrangère au moi qui la prend pour une « déraison ». Celle-ci renvoie au sujet qui « déborde » le moi : il le fait dès lors souffrir car il met en échec ses prétentions à le maîtriser. D’où les demandes d’aide qu’il exprime pour recouvrer sa toute puissance et son intégralité, épurée de toute trace d’altérité et de division, qui représentent une étrangeté menaçante pour les illusions qu’il nourrit. En faisant prévaloir le primat du signifiant, le travail d’évidement, soutenu par le transfert, consacre le sujet et ouvre à sa transcendance, qui contrevient à la totalité par l’échappement qu’il met en œuvre, permettant ainsi l’accès au transfini/infini. Le sens de cette transcendance est donné par le sujet, qui introduit à une métapsychologie, réfractaire au subjectivisme, entendu comme tentative de substituer un secret plus ou mois mystérieux, insondable, au « troumatisme », fondateur de la subjectivité. Aussi, la transcendance du sujet cesse-t-elle d’être identifiée à la pensée magique, qui préfère substituer à l’indécidabilité, la conviction que le monde est gouverné par des forces mystérieuses, dont la domination et la maîtrise à venir, auront un jour raison du ratage, induit par le « manque à être » et l’incomplétude ontologique. Le progrès que s’assignent les discours du maître et de l’universitaire, avec la collaboration de celui de l’hystérique, consiste à faire échec à l’échec de toute totalisation qu’impose le primat du signifiant, à toute fiction, en lui faisant rater le signifié qu’elle croit détenir grâce au sens qu’elle délivre. Par là même, a lieu le rappel de la dépendance du parlêtre à l’ordre symbolique, malgré tous les pouvoirs imaginaires qu’il peut s’octroyer.

Le ratage est au fondement de l’éthique du discours analytique : il implique de reconnaître le sujet, qui dépasse le moi tout en lui assurant une ex-sistence, nourrie par une incomplétude définitive et irréversible.Cette dysharmonie, à la base de l’ex-sistence, mobilise les adeptes de la « folie de la guérison », qui n’ont de cesse de promettre la fin de l’inconscient, et partant l’accomplissement de l’intégralité et de la totalité du moi, enfin libéré de l’altérité et de la transcendance qu’elle induit. Cependant,certains idéologues, toujours prêts à pervertir le discours analytique en conceptions psychologiques « d’inspiration psychanalytique ou psycho-dynamiques », considèrent, comme PASCAL, que « le moi est haïssable » et qu’il faut lui préférer et le remplacer par le sujet, délesté de sa fonction de négation et élévé au rang d’être idéal, voire absolu. Conçu comme une essence et une substance pures, sa saisie exige désormais de suivre une voie quasi-initiatique, préservatrice de « l’ivraie » et des scories moïques. C’est ainsi que s’opèrent selon eux « la prise de conscience » et le passage de l’ignorance au savoir, qui renforce la méconnaissance négligée et rebutante. Le discours analytique fait sans cesse valoir que le sujet est indissociable du moi et qu’il est inconcevable sans lui. Celui-là se voit dépouillé de sa fonction de négation,qui détermine des rapports particuliers avec le moi, caractérisés à la fois par leur distinction, fondée sur une division, qui n’exclut d’aucune façon leur coexistence nécessaire.

Sous la férule de ce type d’idéologies, le moi aggrave sa tendance paranoïaque en croyant pouvoir obtenir les moyens de se débarrasser du sujet. Mais ce dernier transcende tous les parlêtres en leur échappant et en mettant au jour le manque à être, qu’ils ont en commun et qu’ils partagent, malgré leur défiance à son endroit, fussent-ils liés par un confinement identitaire, conforme aux exigences imposées par le moi et le surmoi. Le bien, proposé par nombre d’ « agents d’obturation du vide »,réunis dans un consensus « débilitant », prétend en finir avec l’inconscient. Il aggrave le trouble ontologique et amplifie ses conséquences mortifères lorsque la toute-puissance illusoire que se donne le moi de différentes façons, s’avère vaine et défaille, révélant par là même la proximité du réel à travers l’impossible réalisation ontologique. Celle-ci fait écho à la négativité du sujet qui n’est en rien une sorte de « pure liberté » associée à une identité de l’être absolu. La négation qu’il met en œuvre lui permet paradoxalement de soutenir le moi, grâce à la mise en évidence de la vanité des illusions infatuantes, toujours ébranlées, voire mises en échec à un moment donné. Le sujet échappe ainsi à toutes les injonctions idéologiques : sa transcendance s’établit sur un défaut d’incarnation. Elle lui confère une éternité qui l’affranchit de toute soumission à une conception sociale, politique ou religieuse. Il fait échec aux différentes théories qui se font passer pour le DA, et qui le considèrent comme le nec plus ultra de la complétude narcissique et ontologique, toujours à la merci du surmoi et de l’aliénation sociale.

Les fictions, nécessitées par le nouage hérétique assuré par le vide, constituent ce que LACAN appelle des « énoncés faux et irréfutables », à partir desquels la vérité peut émerger grâce à leur évidement déconstructif, mettant en œuvre la logique du signifiant. S’occuper de cette « fausseté », de cette « facticité » et de ce « semblant » inhérents à l’échappement ou à la transcendance du réel, permet à la vérité de sourdre de l’imprédicativité et de la récursivité, qui vont de pair (« moment de conclure »). Déconstruire, en les évidant, les constructions dictées par la raison classique, exclusives du réel, permet d’accéder à une autre rationalité, qui libère du caractère réducteur de cette dernière, sans pour autant l’exclure, d’autant plus qu’il s’avère nécessaire pour être dépassé. Toute réalité –fût-elle « pathologique » au sens où elle tente d’être identifiée au réel- enveloppe ce dernier. Elle le contient en tant qu’il lui échappe plus ou moins (cf. « l’effort » dans les psychoses). Il peut dès lors être mis en lumière, grâce au travail d’évidement, soutenu par le transfert. En dépit de tout ce qui tend à lui faire obstacle, voire à le mettre en péril, le sujet est toujours présent, prêt à se manifester, de façon parfois déconcertante.

S’incliner devant la logique moebienne n’est pas chose facile : elle peut facilement être pervertie et être présentée comme une alternative qui implique aussi une exclusive, au nom d’un idéal qui rejette la mise en continuité et fait miroiter un nouvel accès au sens, à l’essence et à la maîtrise de l’être, bafouant ainsi la non-identité à soi (n’être ce qu’on est que parce qu’on n’est pas) et favorisant le développement des différentes formes de xénopathie, qui conjuguent le rejet de toute altérité.Le pervertissement du sujet en idéal suprême de l’être se solde inévitablement par l’instauration d’un despotisme et d’une tyrannie, mis au service de la complétude ontologique et de la liberté de l’individu, enfin affranchi de la négation représentée par le sujet, lequel promeut une homogénéité, fondée sur l’hétéros et l’altérité.

Quant à la logique impulsée par l’inconscient, elle présentifie le tiers à partir de son absence effective. Elle le rend opérant de telle sorte qu’il cesse d’être identifié au néant. C’est ce qui peut faire dire à un écrivain remarquable comme Marguerite DURAS, dans « La douleur » : « Nous sommes de la race de ceux qui sont brûlés dans les crématoires et des gazés de Maïdanek, nous sommes aussi dela race des nazis ». (c’est moi qui souligne).

Grâce à de tels énoncés et de telles positions subjectives, les « niaiseries débilitantes », induites par la position de la « belle âme », à laquelle les théories médico-psychologiques font la part belle, se voient disqualifiées quant à leurs références à l’inconscient et à la psychanalyse. Elles sont partie prenante de la compétition et de la concurrence des idéologies, destinées à faire triompher l’illusoire complétude ontologique aux dépens du manque à être, corrélatif de la représentance, dans le sens où aucune représentation, de quelque nature « réaliste » qu’elle soit, ne peut mettre fin à la re-présentation, c’est –à-dire à la présentification de l’absence. A cette représentance fait écho la signifiance qui matérialise l’écart entre le signifiant et le signifié pour faire valoir l’équivocité et la polysémie, à la faveur desquelles le travail d’évidement et de renouvellement sémantique peut être entrepris. Aussi l’attitude « classique » et consensuelle, soutenue fermement par la doxa, qui prétend décrire très fidèlement la « réalité », définie comme ce qui apparaît et s’impose naturellement aux organes sensoriels, s’avère-t-elle erronée. Ce réalisme qui fait fi du signifiant, ne disparaitra d’aucune façon de lui-même, c’est à dire de son propre développement. Il ne sécrète pas « naturellement » des éléments susceptibles de précipiter sa destruction, d’autant qu’il est renforcé par des institutions et des idéologies qui « apprivoisent » les protestations et les dénonciations, voire les révoltes en les phagocytant et en les enfermant dans sa propre logique, qu’elles croyaient mettre en échec. C’est d’un autre discours, promouvant une logique négative, fondée sur l’inconscient, que le « trop plein du consensus » (J.RANCIERE) peut être battu en brèche, au profit de la subjectivité et des modes de communauté qu’elle autorise, même s’ils la refoulent. Je rejoins Jacques RANCIERE lorsqu’il écrit dans « En quel temps vivons-nous ? » (Ed La Fabrique 2017): « la seule manière de préparer le futur est de ne pas l’anticiper, de ne pas le planifier, mais de consolider pour elles-mêmes des formes de dissidence subjective et des formes d’organisation de la vie à l’écart du monde dominant ». Il précise en ces termes ce qu’il appelle monde dominant : « Le pouvoir capitaliste n’est pas quelque chose qui se tiendrait tapi derrière les enceintes des pouvoirs d’Etat. D’une part les pouvoirs étatiques et économiques sont aujourd’hui entremêlés comme ils ne l’ont jamais été. Et surtout le capitalisme est plus qu’un pouvoir, c’est un monde, et c’est le monde au sein duquel nous vivons. Ce n’est pas aujourd’hui la muraille que les exploités devraient abattre pour rentrer en possession du produit de leur travail. C’est l’air que nous respirons et la toile qui nous relie. C’est la puissance qui « donne » du travail aux prolétaireschinois, cambodgiens ou autres pour produire à la fois des marchandises à bas prix, offrant aux salariés, chômeurs et semi-chômeurs du monde occidental les moyens de maintenir leur niveau de vie et des profits redistribuables –par l’intermédiaire des fonds de pension- en retraites pour les petites gens aux Etats-Unis ou –par l’intermédiaire de la fiscalité étatique- en RMI, RSA ou indemnités de chômage dont vivent aujourd’hui chez nous pas mal d’ennemis du capitalisme. Nous ne sommes pas en face du capitalisme mais dans son monde, un monde où le centre est partout et nulle part…». Enfin, il conclut en proposant que : « la parole qui maintient aujourd’hui ouverte la possibilité d’un autre monde est celle qui cesse de mentir sur sa légitimité et son efficacité, celle qui assume son statut de simple parole, oasis à côté d’autres oasis ou île séparée d’autres îles. Entre les unes et les autres, précise-t-il, il y a toujours la possibilité de chemins à tracer ».C’est à cela que peut contribuer le discours analytique, à condition qu’il cesse d’être pris pour le discours universitaire, qui renforce les pouvoirs des notables du « progressisme », lesquels continuent à ressasser leurs savoirs idéologisés, qui jalonnent l’aggravation des pouvoirs oppressifs des Etats, en même temps que les formes d’exploitation de la force de travail se diversifient pour mieux dissimuler et faire oublier les affres du capitalisme. C’est d’ailleurs ce que nous montre à merveille et ce que met au jour de manière exemplaire la « mélasse », signée JAM (Jacques-Alain MILLER), et adressée sous forme de critique à J. RANCIERE, qui se montre subtilement plus respectueux de la logique du signifiant, face à ce « maître » de l’inconscient, qui n’en est plus la dupe et « à qui on ne la fait pas », au point qu’il rejoint sans vergogne les chefs de file de l’ « illettrisme », spécialistes des découvertes de prétendues « lettres volées », mais surtout experts en rejet de « la lettre qui fait trou » (LACAN) et autres « panseurs «  du capitalisme (en le pansant, ils pensent aussi à leur « panse » ), à l’image de certains islamistes régnant sur des monarchies féodales et esclavagistes. A la létalité contenue dans le système d’exploitation capitaliste, font écho les tueries perpétrées par les « idolêtres », qui en « semant la mort », visent indirectement l’extermination du signifiant en tant qu’elle représente la transgression suprême de l’interdit de l’inceste.

L’indécente dégradation du discours analytique, sa mise en péril au profit de l’aliénation sociale,sont dissimulées sous des énoncés érudits, ampoulés, voire amphigouriques, à connotation psychiatrique, laissant accroire que la psychanalyse est une « super psychiatrie » : alors que BADIOU est étiqueté « mégalomane »,J.RANCIERE, luiest diagnostiqué : « phobique ». (Cf. Lettre ouverte de JAM à J. RANCIERE du 9/06/17 : « Jacques RANCIERE, une politique des oasis »). Par ailleurs, BHL, directeur de la revue « La règle du jeu » devient l’incarnation, selon JAM, du « x » et est identifié par lui comme « un levier des désirs de liberté (qui) parvient ainsi à faire exister la fiction du genre humainunifié ». Il se voit honoré, en une autre occasion par son acolyte, du titre de« tenant d’une ligne républicaine à la française ». Il reçoit enfin la palme du héros, qui « ne s’autorise que de lui-même » (LACAN doit se retourner dans sa tombe !), personnifiant ainsi le parangon d’une idéologie prétendument psychanalytique, détenue par des « oligarques » qui n’ont que faire du « bien dire », propre au DA, lequel discours est radicalement incompatible et inconciliable avec la mondialisation, mise en œuvre par les accompagnateurs des fétichistes de la plus value. Tous ces « illettrés », réalistes et opportunistes, ces fanatiques de l’infatuation moïque, « xénopathes »d’obédiences diverses, voire opposées, développent une même aversion à l’endroit du signifiant et une même haine envers le sujet, qui met en valeur sa fonction de négation en faisant échec à l’exacerbation de la mégalomanie, convoitée par le moi. La religion, comme n’importe quelle autre idéologie, est appelée à la rescousse par le moi pour que le surmoi, par le biais de ses impératifs et autres injonctions et commandements, finissent par mettre en échec la limite imposée par l’interdit essentiel, celui de l’inceste, qui se matérialise et se traduit dans l’écart irréductible entre le signifiant et le signifié, à l’œuvre dans toute fiction ou conception. L’illettrisme, nourri par toutes les idéologies qui rejettent et excluent leur propre fondement signifiant, pousse le moi à être « hors sujet » et à aimer être trompé. Il vise à forclore la féminité (qui n’est en rien, faut-il le préciser, l’équivalent d’une émasculation, puisqu’elle fonde aussi bien la masculinité. Elle est loin d’être l’apanage des seules femmes et ne désigne aucune essence ni aucune définition univoque) en tant qu’elle est un autre nom de ce manque à être, toujours menaçant du fait de son omniprésence et de sa capacité à mettre en évidence une altérité d’autant plus insupportable, qu’on cherche à lui assigner un statut d’étrangeté et d’obscurité, pour mieux l’éloigner et la rejeter : à l’image de ce que les Grecs ont proféré, tous ceux qui rappellent cette altérité, deviennent des « Barbares ». C’est l’objectif de toute idéologie, qui témoigne « in petto » du primat du signifiant dont elle procède nécessairement, et qui ne cesse de mettre en place ce qu’il faut pour s’en affranchir et le supplanter. Ainsi, elle peut servir d’instrument de vengeance, disponible pour quiconque voudrait en finir avec le manque à être et qui accepterait de se soumettre aux normes qu’elle prescrit : les normes deviennent des ordres et, même si elles causent bien des désordres individuels et collectifs, il n’en demeure pas moins qu’elles participent au grand consensus, réfractaire au signifiant, menaçant pour son « réalisme objectif ». Je ne peux m’empêcher ici de recourir au propos de Jacques RANCIERE, qui écrit dans sa réponse à JAM, le 10/04/15 : »Quand l’universalisme est appliqué en sens unique, quand il se trouve assimilé à un système de règles et de contraintes –voire brimades- qui ne peuvent concerner qu’une partie déterminée de la totalité qu’il est censé réguler, quand il est brandi avec arrogance comme une marque de distinction entre un « nous » et un « eux », il ne peut que renforcer et radicaliser chez ceux qui se trouvent, de fait, visés le sentiment qu’il est un mensonge fait seulement pour les opprimer. Je défends donc l’universalisme contre ceux qui le ruinent par le fait ». (c’est moi qui souligne).

La pensée paradoxale (et à côté de la doxa), qui se traduit par une production oxymorique très dérangeante, est étrangère aux islamistes « djihadistes », adeptes du « Choc des civilisations », théorisé par Samuel HUNTINGTON, qui met en exergue l’incompatibilité de traits ethno-confessionnels et leur « naturelle » hostilité réciproque, pour mieux dissimuler l’ensemble des catastrophes dues à la mondialisation capitaliste, à laquelle tous les fanatiques de la plus value sont bien adaptés : la Oumma (communauté censée assurer une unité imaginaire des musulmans) fait bien pendant au monde uniforme et uniformisé de l’exploitation des corps, que d’aucuns n’hésitent pas à nous « vendre » comme le nec plus ultra de la « modernité » et de la « démocratie », laissant accroire aussi que la liberté d’expression, corrélative de la liberté d’exploitation, parce qu’elle consiste à pouvoir tout dire, serait suffisante pour venir à bout de l’indicibilité radicale du réel, et pour triompher enfin du statut de la vérité, en tant qu’elle est éternellement « mi-dite ». Les « djihadistes » donnent raison à ce genre d’idéologues de l’ »occi(re)dentalisation » capitaliste et partagent avec eux, non pas la passion de la mort comme telle, mais bien celle de l’être et le fanatisme de la complétude ontologique, totale et absolue, laquelle mène inévitablement à a mort en tant qu‘elle fait échec à l’impossible et à l’ex-sistence subjective.

Nulle part la vérité ne peut s’affranchir de la structure du signifiant ! Et plus la « démocratie » prétendra atteindre et réaliser cette « liberté », plus elle précipitera les cauchemars totalitaires, dont certains fanatiques, de quelque idéologie qu’ils soient, nous montrent les prémisses, notamment en tuant et en éliminant tout ce qui peut leur rappeler leur dépendance du signifiant, et partant leur irrémédiable incomplétude. Sous toutes les latitudes, il y a toujours eu et il y aura toujours des fats, des fanatiques du moi, prêts à dénier leur incomplétude en tuant, surtout s’ils se justifient en recourant à une prescription qui protège leur infatuation et les préserve de tout ce qui peut avoir trait à leur condition de dupe (de l’inconscient), liée à leur statut inaliénable et définitif d’être parlant. Les « idolêtres » réifient Dieu et le « dhommestiquent » en lui soustrayant son statut d’exception, qui les confirme dans le leur : celui d’êtres parlants, auquel ils sont assignés, quoi qu’ils fassent pour s’en affranchir.

Quelles que soient les modalités de l’avoir (objectalité et plus value)) qu’ils choisissent pour atteindre à une complétude, leur être leur échappera toujours et leur conférera ainsi une identité irrémédiablement incomplète. La résolution totalitaire par la mort des autres et par la sienne propre, sanctionne l’échec de la mégalomanie et de la paranoïa, qui se veulent compensatrices d’une haine de soi, proportionnelle à l’arrogance « occi(re)dentale » qui laisse entendre que, seules les conceptions qu’il avalise, sont idéales et méritent par conséquent de dominer le monde. Les luttes pour la complétude excluent l’incomplétude des « parlêtres », prêts à se tuer et à s’entretuer pour se libérer del’ordre symbolique et échapper au réel qui leur échappe, et auquel ils n’ont plus affaire, dès lors que la mort vient ponctuer –en lui faisant échec- la prédicativité qu’ils poursuivent. Or, c’est bien ce réel qui soutient l’ex-sistence de chacun : il confirme la sujétion symbolique, malgré tous les subterfuges imaginaires, mis en branle par le moi, pour être « libre », c’est à dire pour se croire libre, quitte à se soumettre à une idéologie obturatrice du « troumatisme », fondateur de la subjectivité et assurant au sujet ses épiphanies ou ses « apparitions disparaissantes » (Vladimir JANKELEVITCH).

L’illettrisme regroupe tous ceux qui veulent venger « la mort de l’être » (« troumatisme ») et le récupérer ou le ressusciter sous la forme, par exemple d’objet fétichisé comme la plus value, dont l’accumulation incessante nourrit l’illusion d’une immortalité que le moi oppose à cette offense, qui lui est pourtant nécessaire : le manque à être, représenté par le sujet. La nouvelle appartenance aux « idolêtres » entretient l’illusion d’une récupération et d’une réappropriation identitaire totale et complète, qui mettraient un terme à une spoliation injuste, alors qu’en vérité elles mettent fin à toute singularité en éliminant le principe de non-identité à soi, ainsi que toute référence à l’altérité constitutive de la subjectivité.

La place d’agent que le discours analytique dévolue à l’objet a, signe sa radicalité. Elle soutient la mise en valeur de la féminité, qui n’a rien à voir avec une « féminisation », au sens d’une identification imaginaire féminine, entachée de phallicisme. La féminité, liée à l’objet a (« cause du désir »), met en évidence et en exergue la dépendance du signifiant en tant qu’elle assure les expressions de toutes les particularités pour les articuler en définitive à ce qui caractérise tous les êtres parlants, à savoir leur foncière impossibilité à maîtriser le réel, qui enrichit en revanche leurs représentations. Les « parlêtres » ne sont pas « riches » en raison de leur capital neuronal, ils le sont grâce à leurs capacités d’exploiter les veines du signifiant, du fait de leur manque à être, qui leur permet de mettre à profit la structure de ce dernier, notamment l’écart irréductible entre lui et le signifié. C’est à mon sens cet écart qui est universel : il est inhérent à la condition de « parlêtre » et se voit métaphorisé constamment sous des manifestations multiples, dont les particularités ont tendance à le refouler, à le faire oublier, d’autant que la conquête de l’être reste toujours active, ne serait ce que sous la forme de la maîtrise de l’objectivité et de la proposition, voire de l’imposition d’une conception prédicative Ce genre d’opérations s’avère vain à éradiquer le manque à être : dès qu’il s’agit de les expliciter, la dépendance du signifiant finit tout de même par émerger, mais tous les stratagèmes utilisés pour s’en débarrasser restent actifs.

Toute conception, issue du signifiant, peut se laisser d’autant plus pervertir par des desseins prédicatifs, que ces derniers sont convoités par tous ceux qui ne souffrent pas le manque à être. Quand elle réussit à forclore la dépendance du signifiant, elle devient totalitaire. Toutes les tentations prédicatives rapprochent considérablement du totalitarisme, qui est, à mon avis, le comble de la transgression de l’interdit de l’inceste et le point de départ de toutes les perversions possibles. Les transgressions hystériques qui ne s’embarrassent pas du signifiant et de sa logique, sont très éloignées de l’hérésie subversive, qui s’appuie résolument sur ce dernier. Aussi, alors que le moi tend à mettre en jeu et à valoriser une temporalité chronologique et linéaire, le sujet, lui, par son omniprésence auprès du moi, met en œuvre une temporalité spécifique, qui le présentifie constamment en tant qu’il est absent, tout en le rendant opérant et « affolant », par la négation (le non sens/le sens du non, objecté au sens consensuel des moi) qu’il mobilise et déploie, mettant ainsi en lumière la caractère scellé et clos de la structure qu’il détermine. C’est en fait cela que dénonce tout symptôme, notamment celui qui ressortit aux psychoses, dont le dogmatisme consiste à avoir le dernier mot contre la structure du signifiant qui s’achève sur la signifiance, corrélative du manque à être et de l’imprédicativité qu’il maintient et entretient. Le symptôme devient, grâce au DA et à la place qu’il lui donne, le prétexte à une expérience fondatrice qui confère au sujet son statut subversif, dans le sens où il ne saurait être, d’aucune façon, un idéal ontologique, un au-delà de l’être ou de l’essence qui couronnerait un parcours initiatique, transcendantal, de nature « absolutisante ».Confirmer son affranchissement de l’être, s’en libérer grâce au manque à être, omniprésent, procède du « bien dire », qui caractérise le DA et fait rupture dans le consensus idéologique, servant à mésentendre la lettre pour ne pas avoir à se dédire du dit, ni à redire pour mieux s’approcher de l’inédit et rencontrer la vérité, associée au ratage que concrétisent la polysémie et l’équivocité, menaçantes pour le moi et ses théories « objectivantes » et « réalistes », destinées à exclure le signifiant. Ce qui souffre de n’être pas bien dit et qui appelle à bien des tâtonnements, ressortit à une violence traumatisante pour le sujet, qui ne se satisfait d’aucune complaisance compassionnelle provenant de « belles âmes », toujours prêtes à édicter des normes idéales –comble de la générosité- pour mieux le museler et le réduire à néant.

L’immersion dans le signifiant implique et génère des rapports particuliers qui sont à la base des constructionsde réalités différentes. Elle permet aussi l’échappement qui préserve l’être parlant de se voir submergépar les convoitises ontologiques, toujours persistantes, et d’autant plus à l’œuvre qu’elles finissent toujours par mettre au jour le ratage qu’elles exècrent, au point de lui opposer maints stratagèmes (pathologies par exemple), qui peuvent se solder par des désastres individuels et collectifs. La vérité, inhérente au ratage, se détache et s’extrait de toutes les constructions qui tendent à s’identifier au réel pour maitriser définitivement l’échappement, issu du primat du signifiant. Le ratage effectif et probant s’avère protecteur contre l’effroi que provoque l’être quand il fait échec au manque à être, notamment dans les psychoses. L’hypostase de ce dernier dans les constructions qui visent à l’éliminer, reste toujours active. Toutes les quêtes et les conquêtes ontologiques, toujours encombrantes par leurs désastreuses lourdeurs xénopathiques, le subsument malgré tout. Le conformisme et le consensus idéologiques n’ont de cesse de mettre au point des théories « sensées » et « raisonnables », censées en finir avec l’Autre barré pour mieux exterminer le non-sens, lequel est introduit par le sujet et l’inconscient, afin de rappeler le manque à être, et ce, malgré les parades mises en avant par le symptôme, qui finit par montrer l’insatiabilité des quêtes ontologiques, capables de désarticuler le nouage fondateur de l’ex-sistence, en donnant l’illusion que le sens qu’elles mettent en avant est capable de capturer l’essence de ce qu’elles appréhendent. Dans les énoncés dictés par la raison, et soutenus par le moi, résonne toujours la signifiance et sa « dé-raison », polysémique et polyphonique. Ces énoncés-creusets mettent au jour le rapport décalé du moi avec le sujet.

Le combat mené par le symptôme pour faire échec au ratage et au défaut de prédicativité (rapport sexuel), est largement soutenu par des idéologues de la psychologie et de la psychiatrie. Ils dégradent le symptôme en signe, tout en n’hésitant pas à s’emparer du DA pour engager celui qui l’a choisi et construit dans la voie de la raison consensuelle », qui ne souffre pas l’inconscient, et encore moins sa force de négation, laquelle est à l’origine de sa logique spécifique, préservatrice du ratage. Aussi, lorsque le sujet de l’inconscient se voit galvaudé par des théories pseudo-psychanalytiques, qui le délient de son articulation dialectique avec le moi, il se transforme en agent, mis au service de ce dernier et de ses conquêtes totalitaires, destinées à défaire la division subjective et à pervertir les rapports à l’objet, cause du désir (a).Or, l’objet a marque définitivement de son sceau tous les objets concernés par le désir : il leur affecte un trait essentiel qui les mène au ratage de la complétude et de la jouissance phallique, qu’ils convoitaient initialement, perturbant par là même le schéma causaliste et explicatif classique, liant le sujet à l’objet. L’objet idéalisé pour réaliser cette jouissance, élevé au rang de prédicat ou d’attribut assurant la complétude, rencontre en fait le « bon heurt » du ratage. Etre à côté de la plaque de la jouissance devient le sort de tout parlêtre, qui dès lors, a à mener son ex-sistence de manière plus responsable.

Toutes les manœuvres –même celles qui se réclament de la « démocratie » et du pluralisme-prétendant atteindre et réaliser une prédicativité, sont toujoursgrosses de risques totalitaires. Elles peuvent, grâce à une lecture qui révèle leur fondement signifiant, buter à un moment donné, sur un échappement qui matérialise et concrétise l’écart inhérent au signifiant, dont les articulations confirment qu’ « aucun signifiant ne peut se signifier lui-même ». Ainsi, la métonymie, qui en procède, fait échec à la prédicativité escomptée, et impose à travers les métaphores qu’elle impulse, l’omniprésence du sujet. Celle-ci fait valoir, contre la raison dominante et exclusive du ratage, le tiers, qui s’avère d’autant plus opérant qu’il est absent, et à ce titre, il devient le soutien constant de l’ex-sistence.

Aussi, n’est ce pas « les richesses neuronales », sur le plan quantitatif, qui permettent aux êtres parlants de progresser, mais bien leur soumission définitive et irréversible à la structure du signifiant et à leur dépendance du symbolique. Cette hérésie, promue de façon radicale par le DA, subvertit l’entendement classique qui s’empêche de considérer que le vide, comme nom de la castration symbolique, représente une faille qu’il s’agit non pas de combler et de suturer mais de « compactifier », c’est à dire d’en consolider l’ irréductibilité. L’intension ou la signifiance (S1), induite par les S2 ressortit à cette béance qui est métaphorisée dans et par des conceptions, toujours marquées par une faille sémantique qui procède de l’écart instauré par le signifiant vis à vis du signifié. A l’instar du nombre pi (3,14) –caractérisé par une sorte de métonymie interne- l’indécidabilité, liée à la structure du signifiant, impose une incalculabilité, qui rend impossible la maîtrise de la subjectivité.

La mise en tension du moi et de son envers : le sujet, concrétise la fonction signifiante en tant qu’elle met un terme à l’objectivité et au réalisme, qui sont considérés par la doxa comme les voies royales pour mettre la main sur la vérité, et la maîtriser. Le signifiant permet l’émergence de l’indécidabilité (« faux et irréfutable » ou ni prouvable ni réfutable). Il met au jour l’inaptitude radicale du « parlêtre » à la saisie immédiate et directe de ce qui lui échappe irrémédiablement, mais il permet cependant d’intégrer cette dimension pour découvrir, innover et inventer, conférant par la même à une avancée exceptionnelle, un caractère de banalité, qui renvoie à la dépendance du symbolique, dont aucun parlêtre ne peut se départir, même s’il choisit de se placer sous le joug de la psychose.

Ainsi, aucune réalité, aussi étrange soit-elle, n’est étrangère au signifiant. Elle finit par rendre évident son primat, malgré les tentatives incessantes de lui faire échec, notamment en érigeant des institutions « fortes », au sein desquelles la pluridisciplinarité, qui ne veut rien savoir du « meurtre de la chose », consiste en fait à se libérer –grâce à l’addition de multiples savoirs- de la signifiance, et à se « purifier » de la souillure du signifiant, qui instaure le « manque à être » comme fondement du sujet. C’est ainsi que l’enténèbrement, accompagné de fétichisme, que développent les idéologies, libératrices du signifiant, aggravent « le malaise dans la civilisation », issu de la crispation et de l’acharnement à maximiser la plus value pour qu’elle garantisse une fois pour toute la jouissance phallique, et règle définitivement son compte au manque à être, qui assure l’articulation entre le sujet et le « plus de jouir », en redonnant toutes ses lettres de noblesse au désir.

La condition de parlêtre scelle définitivement notre dépendance du symbolique, qui nous enracine dans une structure, caractérisée par sa fermeture, ou sa clôture, et dont la singularité consiste à assurer une ouverture sur le transfini/infini (à préciser). S’affranchir de cette structure s’avère impossible ! Même les psychoses n’en libèrent pas, et toutes les formes que prennent les dénonciations et contestations –névrotiques, voire perverses- de l’ordre symbolique, conduisent en fin de compte à des impasses, d’autant plus dangereuses qu’elles entravent et empêchent de mettre en commun le vide que tous les êtres parlants partagent nécessairement, même s’ils s’ingénient tous à le méconnaître. La soumission à l’ordre symbolique, implacable et intransigeant, peut libérer des exigences imposées par les normes et le règles régissant l’aliénation sociale, qui vise à déposséder et à déprendre de la dépendance du signifiant, et à maintenir coûte que coûte –avec l’appui de chacun- les illusions ontologiques, tout en offrant des possibilités de se défaire des discours qui intègrent le sujet et le signifiant. Mais la signifiance ne fait aucunement table rase des extensions qu’elle suscite et engendre. Celles-ci lui sont nécessaires pour mettre en évidence l’articulation signifiante, fondée sur le principe de la non-identité à soi (un signifiant ne peut se signifier lui-même), qui impose le recours à un autre, selon une dialectique faisant valoir que l’un ne va pas sans l’autre pour faire émerger en dernière instance le ratage, inscrit et compris dans la structure propre. Ainsi, toute réalité équivaut-elle à une métaphore qui instaure une discontinuité dans la continuité métonymique (points de suspension), toujours prête à « rebondir » et à être relancée à partir de la temporalité propre à la subjectivité : la présentification de l’absence.Le signifiant, mis en avant par le DA, l’affranchit en fait à la fois de tout idéalisme comme de tout matérialisme vulgaire, confondu avec l’objectivité, idéalisée par la psychose. Celle-ci est à l’œuvre dans l’aliénation sociale, à travers toutes les promesses de suture de la « béance causale », qui ne manquent pas de provoquer des crises ontologiques majeures. Celles-ci sont aggravées par les impasses identitaires issues des encouragements à persévérer dans l’être, et dans sa réalisation.

Faute de « savoir absolu » (HEGEL), conçu comme un tout préexistant, les institutions dites soignantes convoquent et réunissent –au nom de l’éclectisme pluraliste- tous les savoirs disponibles tous les savoirs disponibles, qui prétendent maîtriser –en y mettant fin- toutes les vicissitudes du désir, d’autant que les objets convoités, s’avèrent incapables de garantir la jouissance escomptée. L’objectalité( les différents rapports aux objets) contribue en définitive au ratage qu’elle met au jour au travers de rapports complexes et décevants avec certains objets, notamment ceux qui permettent de rappeler l’interdit de l’inceste, que l’aliénation sociale ne cesse de pousser à transgresser, malgré le Droit positif, qu’elle met en avant. D’autre part, pour en finir avec le désir, il s’agira de le dégrader en intentionnalité prédicative (le fantasme comme « fomenteur » de l’anticipation de la jouissance phallique),de pervertir les relations objectales qu’il mobilise, afin de ne plus avoir affaire aux tourments qu’il suscite, et grâce auxquels le sujet est présent. La tâche qui consiste à se débarrasser du désir est dévolue aux théories les plus charlatanesques, chargées de développer un impudique et prétentieux « transparentisme » (Jean-Yves GIRARD), qui n’est rien d’autre qu’une des formes que prend de nos jours le totalitarisme, nostalgique de l’extermination de l’altérité radicale, induite par l’inconscient, qui fait résolument obstacle à la saisie immédiate de la vérité.

Les névrosés,tortionnaires du désir, sont d’autant plus déçus qu’il déjoue et ne leur assure pas la jouissance phallique qu’ils escomptent. Il leur donne l’occasion de se rappeler de la Loi qui le constitue, et à laquelle ils sont contraints, quoi qu’ils fassent. L’impossibilité, liée à l’inconscient (métaphore de l’interdit de l’inceste), est dégradée en un inconnaissable, momentané et transitoire : la privation temporaire de connaissances est transitoire. Elle sera vaincue par le progrès humain à venir, alors que les vanités de prévision et de prédiction ne cessent de confirmer cette altérité radicale (Autre barré), qui engendre l’indécidabilité.Cette altérité se manifeste à travers l’absence, qui est accessible à partir de ses effets concrets. Elle renvoie à l’infini, qui dépasse et excède toute pensée et tout énoncé, susceptibles dès lors d’être sans cesse interrogés et ré-ouverts. L’aliénation sociale tente de forclore cette altérité en essentialisant des différences, qui ne servent plus dès lors à matérialiser une même identité essentielle : celle de « parlêtre », qui articule des attributs particuliers, manifestement distincts et distinctifs, mais marqués du sceau d’une même identité commune qu’ils comportent et conservent à tout jamais, et qui reste constamment active, même si son exhibition, comme telle, reste impossible. Elle est par conséquent toujours représentée par ce qui la fait oublier, et c’est à l’occasion d’un symptôme, qui exalte en quelque sorte l’altérité constitutive du parlêtre et interroge sa « clôture » identitaire, que la possibilité de l’approcher sérieusement est donnée.Cela ne peut se faire dans le cadre d’une cure, respectueuse du DA, c’est à dire d’une cure qui n’a plus rien à voir avec quelque conversion idéologique que ce soit, établie sur une réification liée à la possession d’un savoir, dont la prétention à détenir une univocité sémantique contre la polysémie signifiante, possède (« trompe, roule ») tous ceux qui partagent l’illusion d’une suture idéale de la « béance causale » : aussi bien ceux qui croient en avoir la propriété et en développent les avatars plus ou moins fétichistes, que ceux qui croient en bénéficier en s’y soumettant, parfois pathétiquement, sous l’influence d’un transfert imaginaire, qui fait la part belle à l’empathie et à la réciprocité symétrique, afin d’entretenir une fusion et une confusion relationnelles, (dualité au profit d’une unité sans altérité et sans division) faisant échec à l’altérité et au sujet, et compromettant par là même l’ex-sistence, fondée sur une altérité inatteignable et inaccessible en soi, sans pour autant que ce qui ressortit à une impossibilité logique, renvoie à un quelconque mystère.

 

Amîn HADJ MOURI

                             04/09/17

 

 

PS : Cet écrit est un document de travail pour le séminaire 2017/18 : « Symptôme, vérité et féminité ». Il est à ajouter au précédent article, intitulé : « La féminité : une « père-version » créatrice », figurant sur le site de l’AECFLille. Ils sont à interroger et à critiquer, c’est à dire à être évidés pour qu’ils puisent délivrer des problématiques dont la formulation, de plus en plus précise et rigoureuse, pourra favoriser une énonciation, qui se démarquera radicalement des errements et des spéculations idéologiques, de plus en plus confondus de nos jours avec la psychanalyse.