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Propos estivaux – A. HADJ-MOURI

PROPOS ESTIVAUX : LA « COMPACTIFICATIONDE LA FAILLE » OU LE « BON HEUR(T) » DU VIDE, GARANT DU « BIEN–N’ETRE/NAÎTRE », OU ENCORE LA NEGATION (L’IN-CONSCIENT) AU PRINCIPE DE LA RE-NAISSANCE.

 

                

 

« Qui se sent morveux, qu’il se mouche ! » (MOLIERE. L’Avare)

 

« Inventer, c’est penser à côté » (EINSTEIN)

 

 

Dans ce texte, j’ai tenté d’articuler la théorie, à savoir le discours analytique –tel que l’a formalisé LACAN- avec les événements socio-politiques qui se déroulent en Algérie. Cette élaboration s’inscrit aussi dans le cadre du séminaire 2019/20 sur « le malaise dans la civilisation/culture », titre de l’ouvrage de FREUD, qui nous servira à mener nos réflexions et à les approfondir. Autrement dit, ce texte est un document de travail destiné à « lancer » le travail en séminaire de cette année. Il devient donc la condensation d’un pré (avant)-texte et d’un prétexte, pour ouvrir le « chantier » du « malaise dans la civilisation/culture ».

 

J’entame mon propos par un rappel, à l’intention de ceux et celles qui disent avoir du mal à comprendre mes écrits. Je ne pense pas que l’« hérmétisme » apparent de ceux-ci, soit lié uniquement à mon style ou aux concepts analytiques , réputés « hermétiques », que j’utilise. La complexité nodale de mes arguments, procède à mon sens, de leur organisation paradoxale et récursive. En les éloignant des « lieux communs », cette complexité, fort décriée, accuse leur hermétisme, qui devient pour certains un « ésotérisme », en raison de l’hégémonie, accordée au bilatère, qui tend à mettre au rebut l’unilatère. Ainsi, le totalitarisme est implicitement actif dans toute conception qui, tout en mettant en avant son « ouverture », privilégie au plus haut point le bilatère et ne laisse aucune place à l’unilatère, qui lui est indispensable.

L’asservissement à la raison classique est tenace et nécessaire : sa nécessité se mue en emprise, dont il est difficile de se départir, même de façon occasionnelle. Or, même si le bilatère et la raison qui le soutient, sont inévitables, elles sont loin d’être « naturelles », au point d’exclure d’autres logiques, rendues possibles par la signifiance ou l’échappement du réel, induit par le signifiant, résistant au bilatère. C’est ce que le discours analytique réalise en subvertissant les énoncés, par leur mise à l’épreuve critique, fondée sur ce qu’ils ont tendance à méconnaître : le signifiant, sa structure et sa logique, concrétisés par l’équivocité et la polysémie, donnant ainsi lieu à d’autres orientations sémantiques possibles.

Si cet hermétisme est facilement dénoncé et décrié, c’est à mon avis, parce qu’il permet d’omettre la mise au jour de l’« emprisonnement » ou de l’« enfermement » de ces reproches, dans une logique, qui les rend réfractaires et imperméables à une autre raison que celle qui est à l’œuvre dans des constructions, familièrement et ordinairement bilatères, épurées de tout lien avec l’unilatère, qu’elles tendent à forclore, en vain. Plus l’adaptation et l’adéquation à une idéologie sont fortes, plus les obstacles entravant l’accès à l’unilatère, qui renvoie à l’inconscient, sont importants !

Se donner la peine de lire ce qui est censé ressortir au discours analytique, malmène plus ou moins l’infatuation du moi du lecteur. Si cette infatuation est à toute épreuve, alors la dialectique moebienne, risque fort de rester étrangère à ce dernier, qui la rejette, sans autre forme de procès. Il est donc recommandé d’être assez « déraisonnable » pour qu’enfin l’articulation entre le bilatère et l’unilatère, finisse par perdre –au moins partiellement- son opacité. Autrement dit, cette dialectique moebienne (entre le local, caractérisé par des différences manifestes, et le global qui les réunit en les identifiant grâce à la mise en continuité, assurée par le signifiant), n’est occulte que pour ceux qui tiennent de manière obsessionnelle au culte de la raison triomphante et univoque. Le culte, voué à cette dernière, pousse à exclure tout ce qui rappelle la négation, contenue dans la raison elle-même. Sa présence, constamment implicite, se manifeste à travers ses effets, qui « peuplent » et émaillent la « psychopathologie quotidienne ».

Se familiariser avec l’unilatère (dimension refoulée, contenue dans tout énoncé sensé, qui permet d’articuler de façon moebienne ce qui apparaît concrètement différent et opposé), exige un effort constant et continu, équivalent à la demi torsion qu’on applique à la bande de moebius pour passer sans discontinuer du biface (différence locale) à l’uniface (identité globale). La tâche requiert de la vigilance, car elle consiste à se préserver et à éviter les pièges et les ruses de la raison classique, qui visent à maintenir l’hégémonie du bilatère, pour mieux écarter les potentialités subversives de l’unilatère. Corrélatif de l’inconscient, ce dernier n’ a pas pour objectif d’anéantir le bilatère, puisqu’il en procède, mais de mettre en évidence son dépassement, sans nier son caractère nécessaire.

C‘est à cette méthode que j’essaie de rester fidèle, parce qu’elle me semble être paradigmatique du discours analytique, dont les conséquences sur la démocratie sont indéniables. Et ce n’est certainement pas le relativisme théorique, qui fait fi des invariants structuraux, qui le fondent et l’autorisent, que je prendrai comme modèle pour définir l’imprédicativité du discours analytique, en tant qu’ il « paradigmatise » la démocratie, en la libérant de son épithète trompeuse : « libérale ». Car, pour moi, il ne saurait être question d’imprédicativité, sans « compactifier la faille », qui évite la confusion du discours analytique avec celui de l’université, disposé à favoriser toutes les extensions possibles, pourvu qu’elles fassent oublier l’unilatère (ou l’intension constitutive de l’invariance structurale). L’identification, par le discours universitaire, du savoir avec la vérité, laisse accroire qu’il maîtrise et « met la main » sur le signifié. Ainsi, il catalyse d’autant plus le transfert imaginaire, qu’il fait barrage à toute « compactification de la faille », inconcevable sans le primat conféré au signifiant. Les idéologies, soutenues par le discours universitaire, légitiment la « colonisation » du champ freudien. Elles bafouent la raison freudienne en incitant « l’illettrisme » à anéantir « l’instance de la lettre », pour mieux renforcer l’hégémonie de la prédicativité, à visée ontologique, choyée par le capitalisme sauvage, dissimulé sous son apparat néo-libéral.

Se prémunir contre le discours universitaire, ne signifie pas, bien entendu, le rejeter ou le disqualifier, mais simplement lui attribuer sa juste place, par rapport à la valeur et à la fonction qu’il accorde au signifiant et à ses effets. Le relativisme, qui s’y réfère, se pare généralement d’oripeaux progressistes pour mieux refouler la structure signifiante, qu’elle représente l’invariant indépassable, qui le détermine. La variabilité signifiante, fondée sur l’invariance de la structure du signifiant, ne saurait cautionner les différentes théories relativistes, qui font échec à « l’éternel signifiant », né de la « mort de la chose ». Si le relativisme –faussement iconoclaste- se contente de faire valoir et de mettre en évidence une pluralité de théories, déterminées –sous couvert de leur diversité- à battre en brèche la récursivité de la signifiance, il participe alors au développement de théories fixistes, mécanistes, en un mot réactionnaires, qui s’appuient sur une conception chronologique du temps, laquelle écarte la temporalité, induite par la structure, dont l’éternité (fixité de l’invariance) permet d’articuler métaphore et métonymie. Cette structure est à l’origine d’une évolution constante, en raison de l’échappement du signifié qu’elle instaure, lequel ne saurait être identifié à la signification, et encore moins confondu avec elle. Elle s’oppose par conséquent à toute ontologie et s’inscrit en faux contre les discours positivistes, notamment contre le matérialisme spéculatif, qui tend à « absolutiser » le vide, le rendant ainsi inopérant (Cf . le remarquable travail de Michel BITBOL dans son ouvrage : « Maintenant la finitude » Flammarion 2019).

Elle produit sans cesse des métaphores de ce temps éternel, qui fuit, et n’est jamais saisissable que par ce biais, sans que son être soit à jamais atteint et maîtrisé. La temporalité, mise en œuvre par la structure subjective, matérialise un vide, dont la présentification se métaphorise par des effets, qui témoignent du caractère réllement opérant de l’absence, elle-même. La « faille », constitutive de la subjectivité, procède dès lors, de cette logique métaphoro-métonymique, et « charpente » l’existence en tant qu’elle articule désormais la pulsion de mort et la féminité ( autre nom de la castration symbolique, dans laquelle la pulsion de mort tient une place essentielle, et qui n’a rien à voir avec ladite « condition féminine », qui essentialise les femmes pour les soumettre « subtilement », et surtout pernicieusement, à « l’hommosexualité » hégémonique, soutenue et animée par le « progressisme » néo-libéral). En somme, le discours analytique n’est crédible que s’il est constamment soutenu et étayé par cette faille structurale, ou cette « béance causale », qui appelle à être sans cesse approfondie, pour résister aux menaces des conceptions prédicatives univoques, qui défient et compromettent la radicalité de l’éthique de la psychanalyse, laquelle n’a rien à voir avec le dogmatisme, ni avec le relativisme. D’ailleurs, combien de fois, n’a-t-on pas été étonné par certaines positions-postures de prestance, prises par des « perroquets » reconnus, dont la rhétorique paraissait exemplaire quant à l’ethique du discours analytique, et qui montraient finalement que leur intérêt n’était en rien concerné par la « compactification de la faille ». En effet, se spécialiser dans la répétition de ce que d’autres s’échinent à élaborer en « compactifiant leur faille », épargne aux « perroquets » le labeur requis par celle-ci. De plus, ces derniers se muent très facilement en idéologues, bien adaptés au marché des affairistes de la suture. Ils nous saturent de postures et de slogans prétendûment analytiques, alors qu’ils travaillent résolument pour la mise en place des « camps » et du clanisme sectaire, entre, par exemple les diplômés de l’université, et ceux qui ne le sont pas.

 

Parmi les apports lacaniens les plus précieux à la théorie freudienne, il y a celui qui concerne la pulsion de mort en tant qu’elle procède du signifiant, comme « meurtre de la chose », lequel « meurtre » est à l’origine de l’ordre symbolique. Cette pulsion de mort, réélaborée par LACAN, met en valeur les rapports de la féminité avec la fonction du Père, que sa mort rend éternel, notamment à travers l’impossible « rapport sexuel », qui perdure et pérennise l’interdit de l’inceste, malgré, par ailleurs, les « prouesses » des psychosés (qui se psychotisent de plus belle, avec le renfort des « sbires » de l’ordre social, qui ne jurent que par la prédicativité. Et lorsque ceux-ci s’opposent à cet ordre social, de manière parfois spectaculaire, voire histrionique, sous prétexte qu’ils défendent la cause des « malades », ils font généralement tout pour que les théories aliénistes se consolident et fassent échec à l’ordre symbolique et à sa logique spécifique), à l’unisson de ces névrosés, capables, au nom du « souverain bien », d’ organiser leurs crimes de masses, et d’orchestrer leurs discriminations et ségrégations, tout en prônant la « civilisation », élevée au rang de promotrice et d’édictrice d’interdits moraux, de plus en plus sophistiqués, pour supplanter en vain, celui de l’inceste. Cet interdit –si essentiel- ne cède aucunement au progrès scientifique et technologique, ni ne se laisse violer et transgresser par des commandements religieux, dont le caractère fondamentalement pervers, compromet en vérité la place et la fonction de Dieu, en tant qu’il rappelle l’impossibilité du « rapport sexuel », issu de cet interdit indépassable et inaliénable. C’est d’ailleurs cette impossibilité, qui cause l’amour, et le définit comme « le don de ce qu’on n’a pas » (LACAN), confirmant ainsi la rencontre (le « bon heur(t) ») avec « l’a-mur » , c’est-à-dire le mur de l’objet a, dont la perte définitive et irréversible, cause le désir, paradigmatique de la « re-naissance ».

 

Toutes les idéologies, quelles qu’elles soient, arraisonnent l’objet a, dont la perte irrémédiable, cause le désir et confirme le caractère définitif du « manque à être ». Elles dégradent l’objet a en objet de satisfaction d’un besoin « universel ». Et la singularité, inhérente à la subjectivité, a toutes les peines du monde à se faire entendre, même à travers des symptômes, qui se voient déliés, par des experts reconnus et patentés par l’ordre social, de leur ancrage dans l’ordre symbolique. Elles font aussi « courir le bruit » que la civilisation revient à dépasser et à transcender la condition humaine d’être parlant, en vue de réaliser et d’accomplir un projet ontologique certain, pour peu qu’on accepte de se soumettre aux règles que les pouvoirs –avec le concours de certaines élites – concoctent pour le bien de ceux et de celles qui sont confrontés à la division subjective, laquelle rend impossible « le rapport sexuel », auquel ils ont droit. Ainsi, la complétude et la plénitude ontologiques, sont défendues par ces « progressistes », qui sont en vérité les fossoyeurs du désir et les massacreurs de la subjectivité, au même titre que ceux qu’ils proclament combattre.

La psychanalyse, elle, prône simplement le respect de la dépendance du symbolique, qui nous altère et rend problématique notre unité, en raison d’un rapport particulier noué avec les objets, censés apporter et assurer cette dernière. La subjectivité met au jour l’inanité de quelque objet que ce soit à recouvrer l’unté réelle de tout être parlant, confronté désormais, même s’il croit avoir trouvé son objet pour lui faire miroiter sa plénitude imaginaire, à un constant « manque à être », qui accompagne le désir et toutes ses convoitises, qu ‘elles soient explicites et/ou implicites. Cette dépendance du symbolique et ses conséquences, loin d’inhiber, en lestant chacun à un impossible, a en fait le mérite de « castrer », et d’entraver les élans paranoïaques de tout un chacun, en faisant de cet impossible une limite, un défaut, une faille indépassables, hissée au rang de l’assise de tous les possibles, qui s’enrichissent en l’intégrant et en l’incluant définitivement en eux.

Dans cet écrit, il s’agit pour moi de continuer à ma manière, de « compactifier ma faille », avec l’aide de ceux qui sont censés s’occuper rigoureusement de la leur, sans chercher à s’identifier à qui que ce soit, par exemple en imitant la méthode de « compactification » d’un « expert » dans le cadre d’un transfert imaginaire, qui fait inévitablement obstacle à ce travail de « compactification », par ailleurs menacé de toutes parts. Les formes d’imposture sont multiples pour se faire passer pour ce qu’on n’est pas ! Il en est qui se spécialisent même dans l’apprentissage par cœur de ce que produisent certains de ceux qui sont tout à la « compactification » de leur faille. Ils s’épargnent, en apprenant par cœur, la mise à l‘épreuve de leur propre faille, faisant ainsi main basse sur le travail de ceux et celles qu’ils admirent , et qu’ils remercient en s’identifiant imaginairement à eux, via leur psittacisme tragi-comique. Ainsi, un candidat, fort opportuniste et très prometteur quant au psittacisme, ne pouvait pas concevoir qu’on puisse occuper une fonction dans une association de psychanalyse, si on n’était pas doté d’un diplôme universitaire ! Avec ce genre d’imposture, on est bien loin des réflexions de FREUD quant à «  l‘analyse laïque », et les rapports qu’entretiennent savoir et vérité.

Faisant ainsi échec au « manque à être », d’aucuns, parmi ceux-ci, évoquent par dessus le marché, le sujet, qui se voit ravalé, en vérité, au rang d’individu, cher aux idéologies libérales de l’infatuation moïque. La propension à ânonner des arguments, empruntés à ceux et à celles qui mènent cette tâche de « compactification », montre aisément que les représentants du psittacisme ne sont en rien intéressés par ce labeur, dont ils exploitent les résultats, se les approprient, afin d’ obtenir le titre qu’ils convoitent, et qu’ils soient enfin reconnus sur le « marché » de la pathologie, par les confréries des « spécialistes ». Par ce biais, le discours analytique est perverti subrepticement par le discours universitaire, qui favorise le « cirque » des identications imaginaires, tellement prisées par certaines institutions, qu’elles se doivent de les renforcer. En leur sein, le discours analytique se consume sûrement en idéologies, adaptées aux rapports sociaux capitalistes, et auxquelles il faut convertir ceux qui présentent des symptômes, dont la lecture univoque, menée par ces « spécialistes », les destine à être dissouts dans une conception, qui fait oublier son caractère bilatère, en invoquant par exemple, son appartenance à la modernité suprême, représentée par les neurosciences, adossées qu’elles sont, au règne de l’individualisme « débile », prôné par le néo-libéralisme. Le bric-à-brac idéologique, composé de différentes conceptions bilatères, unies entre elles par le rejet de l’unilatère, passe pour le nec plus ultra de la pluralité et de la plurivocité. Cette imposture tient souvent lieu de supposée éthique dans ce genre d’appareils idéologiques d’Etat, devenus des hauts lieux de la trahison de la signifiance.

Autrement dit, rien ne s’oppose à ce que des imposteurs continuent d’ânonner l’imprédicativité, tout en la dégradant en théorie, intégrée au discours universitaire, qui ne souffre d’aucune façon la dialectique propre à cette imprédicativité, laquelle consiste à mettre en évidence sa négation fondamentale, qui se concrétise dans son inachèvement structural, c’est à dire son ratage radical, bienfaisant pour le sujet, désormais assuré de et par son « manque à être », et contre lequel une lutte sans merci est menée, réunissant les tenants de conceptions apparemment opposées, mais toutes hostiles à la castration symbolique, à laquelle fait écran le fantasme, principal pourvoyeur auprès de chacun, des multiples idéologies de la prédicativité.

Il est donc question de faire valoir l’imprédicativité ( l’incapacité radicale de tout attribut, comme complément nécessaire, d’assurer une plénitude et une complétude ontologiques) en tant qu’elle signifie que tout texte –émis oralement ou par écrit-, et marqué par un point final, n’est jamais achevé. Cette caractéristique, liée à la structure du signifiant, constitue l’assise de la métonymie, qui donne lieu à des métaphorisations, sans aucun parachèvement, quel que soit le point final choisi. Le défaut de parachèvement consiste en définitive à montrer que la signifiance est constamment à l’œuvre, parce qu’elle procède du signifiant, qui ne peut se signifier lui-même, et dépend d’un autre qu’il engendre, pour s’assurer de ses propres place et fonction. Même un texte sacré, dont les termes sont irremplaçables et inchangeables, finit par consacrer le signifiant, dont la structure se révèle à l’occasion des lectures et des interprétations différentes et renouvelées, qui se font progressivement jour.

Quant à la réalité extérieure, supposée objective, elle ne l’est plus, dès lors qu’elle est rapportée par un sujet parlant, qui ne peut faire autrement que l‘interpréter à sa manière, selon un point de vue qu’il choisit, et dont les raisons –même si elles se réfèrent à son savoir- ne sont pas ipso facto forcément explicites et claires, même à ses propres yeux. C’est le travail qu’il consent à faire sur sa propre construction, qui peut mettre au jour les dimensions qui la constituent, à partir de ce qui lui demeure définitivement immaîtrisable, et qui ouvrira la voie à la vérité qu’elle contient, qu’elle ne libère par conséquent, que si certaines conditions sont respectées.

Un sens n’est jamais inhérent à une situation : il n’émane pas directement d’elle, il ne lui est pas accolé de façon claire et limpide. Il requiert l’intervention d’un être parlant, soumis au signifiant, qui la lui confère, qu’elle soit ou non référée à son savoir. Aucune situation ne porte non plus en elle sa signification, qu’il s’agit alors d’extraire comme sa quintessence. Issue de l’« ab-sens », toute signification met en lumière la « présentification de l’absence, » vers laquelle elle oriente pour produire les interprétations qu’un sujet propose, lesquelles lui assurent en retour son « ex-sistence ». Elle se concrétise grâce aux représentations, mises en jeu par des lectures, qui matérialisent le rapport constitutif de toute réalité en tant qu’elle s’organise à partir de choix d’éléments et de dimensions, dont des articulations particulières, vont donner lieu à des constructions s’insérant dans un discours, inclusif ou exclusif de l’inconscient, à travers le respect ou le rejet de l’échappement qu’il induit. En toute occurrence, tout tient à ce qui est relaté, qui s’avère tributaire des points de vue de de ceux qui le font vivre, en même temps qu’ils en vivent eux aussi. Ainsi, l’illusion de l’objectivité, qui maîtriserait le réel par le savoir, que certains usent comme prédicats narcissiques, de manière quasi paranoïaque, tend à cèder et à laisser place à une ouverture, favorisant la fécondité de la dépendance du symbolique, dont l’incomplétude bat en brèche toute promesse de jouissance, impossible –quoi qu’il en soit- à tenir, puisque cette impossibiité est inhérente à la condition d’être parlant, soumis au primat du signifiant et du langage en tant qu’ils consacrent le « meurtre de la chose », comme en soi ou comme essence. C’est pourquoi les combats autour de l’hégémonie et de la suprématie d’une langue prétendument infaillible, sont en définitive des combats d’arrière-garde, réservés aux intoxiqués de l’infatuation moïque, paranoïaques « en herbe » ou bien confirmés, surtout lorsqu’ils détiennent un pouvoir qu’ils utilisent pour être imaginairement comblés. Car aucun pouvoir ne vient à bout de la structure subjective, corrélative de celle du signifiant. Aussi, aucune langue, aussi prestigieuse soit-elle, ne peut transcender sa détermination par la structure du signifiant, qui ne peut se signfier lui-même, dépendant qu’il est d’un autre signifiant, pour tenir et occuper sa place. Les prétentions politiques de faire d’une langue un métalangage, capable d’assurer une garantie ontologique à ceux qui la parlent, tout en instaurant une hiérarchisation débilitante de ces locuteurs, ne peuvent conduire qu’à un échec individuel et collectif, propice à l’explosion de manifestations psychopthologiques, qui préfigurent des crises sociales importantes, dont la solution ne peut intervenir que si la contagion de la société par l’infatuation moique, aggavée par l’économie de marché et la place de l’argent comme avoir (propriété) idéal, pour s’assurer la jouissance phallique, est entravée par l’avènement et l’acceptation d’autres discours, qui articulent autrement, et de facon fondamentalement inédite, le rapport entre avoir et être. C’est pourquoi une théorie prédicative ne saurait être démantelée par une autre idéologie prédicative, fût-elle plus séduisante et, donc plus à même de faire oublier sa manière d’user de la causalité, bien souvent réduite à un schéma univoque, qui refuse de savoir que la cause se déduit des effets qu’elle engendre, et qui la matérialisent en la travestissant. D’où les différentes hypothèses que ce rapport de causalité suscitent. Autrement dit, il n’ yaura pas de remède efficace aux diverses escroqueries visant à éradiquer l’inconscient, – notamment par son pervertissement en l’incluant dans des théories prédicatives de type psychiatrico-psychologique -, sans jeter les bases d’une véritable révolution anthropologique, qui reconnaisse la subjectivité à travers toutes les dimensions qu’elle mobilise, et qui sont sans cesse refoulées par des idéologies, obsédées par l’ontologie, même si elles paraissent opposées, voire antagoniques ou antinomiques les unes face aux autres. Alors qu’elles sont toutes profondément d’accord pour renforcer la prédicativité erronée de leurs discours, moyennant des emprunts, qui scientiques, qui religieux, voire les deux pour mieux mettre l’inconscient sous le boisseau, en vain. La négation, qui donne sa consistance à l‘inconscient, impose une imprédicativité structurale. Il confirme la faille narcissique, insupportable pour tous ceux qui croient détenir les clés de la jouissance phallique totale, et qui plus est, veulent la partager avec leurs semblables. D’une part, leur infatuation moique leur donne l’illusion que la jouissance, c’est à dire l’ontologie ou l’être, est possible, d’autre par ils croient qu’elle est uniforme et valable pour tous, au détriment de la singularité, qui se voit ainsi, bafouée et piétinée.

C’est ce que le « soviétisme » nous a appris à travers les drames qu’il a causés, sous prétexte de faire le bien à ceux qui en étaient privés, et qui le recherchaient, sans se donner la peine de mettre en valeur en quoi consiste ledit bien, défini une fois pour toute par ceux qui savent mieux que les principaux concernés (les idéologues et leurs apparatchiks).

Lutter contre la spoliation et l’appropriation de la plus-value par le capitalisme, qui dépossède ceux qu’il exploite des fruits de leur travail, débouche sur la récupération –grâce à l’Etat, qui finance et gère les services publics au profit du plus grand nombre des exploités- d’une grande part de ce qui a été subtilisé, pour la redistribuer et atténuer ainsi les affres de l’exploitation. Contribuer à cela, ne signifie aucunement garantir la jouissance phallique, considérée comme la récupération totale de la perte, inhérente à la condition d’être parlant. Cette perte ne doit en aucun cas être confondue avec celle qui est liée au travail, en tant qu’il est déterminé par les lois de l’économie de marché, exclusives du désir et de sa Loi. Perverti, ce dernier est ravalé au rang d’un manque, déterminé de façon univoque comme un besoin universel, dont la satisfaction peut être connue de manière scientifique, prévue à l’avance, et partant programmée, en ne tenant aucunement compte de l’avis des personnes concernées, ni de leur singularité, qui caractérise leur lien avec l’objet qu’elles convoitent, comme nous l’apprennent par exemple les jumeaux monozygotes. Ils ont beau être totalement identiques sur le plan génétique, leur singularité, à travers leur désir particulier et spécifique, n’en est pas moins « criante ».

Grâce à notre anatomie et à notre physiologie cérébrales, notre corps se laisse subvertir par l’ordre symbolique, qui libère de l’emprise totale du déterminisme biologique. Et ce n’est certes pas un autre déterminisme, à visée tout aussi prédicative que le biolgique, à savoir le déterminisme social, qui changera la teneur prédicative des idéologies, exclusives du « manque à être ». On a beau les opposer, leur raison, ou leur rationalité est identique, dans le sens où elle incite à ne rien vouloir savoir du primat du symbolique. Aussi, s’agit-il plutôt de travailler à l’émergence d’une conception qui puisse intégrer l’inconscient à sa raison, en bénéficiant alors des dimensions rendues disponibles, afin d’envisager de nouvelles perspectives, rompant avec les multiples impasses antérieures, toujours réactualisées par les chefs de file de la prédicativité, qui, tout en se parant des vernis de la démocratie et du « progressisme », n’ont qu’un seul objectif : la défaite de l’inconscient et donc de l’imprédicativité, identifiée à un obstacle majeur, constitué par le ratage structural, qui met en péril les promesses de complétude et de plénitude ontologiques, soutenues par l’humanisme scientifique et/ou religieux, source de régressions aussi funestes que dramatiques (Cf . par ex les campagnes meurtrières menées par des extrêmistes religieux de toutes obédiences d’un côté, et les bombardements nucléaires d’Hiroshima et de Nagasaki de l’autre).

L’aliénation sociale est renforcée lorsqu’une majorité se croit convaincue qu’une idéologie parviendra un jour, grâce au développement des connaissances techno-scientifiques, à offrir la possibilité d’atteindre la complétude et la plénitude ontologiques, au détriment de la subjectivité et de l’inconscient, dont la « clocherie » irrémédiable, trouvera ses multiples « soignants », porteurs de conceptions, dont le caractère prédicatif, débouche immanquablement sur le clanisme sectaire , et partant sur les camps, même si elles s’en défendent. L’ exclusion de la signifiance les y conduit sans cou férir. En effet, alors que l’imprédicativité, inhérente au signifiant, n’est pas exclusive de la prédicativité, qui lui est nécessaire, les théories prédicatives, elles, dans leur compétition acharnée pour faire miroiter la jouissance phallique, ne s’embarrasse pas de fioritures, et sont toutes disposées – par tous les moyens, même s’ils sont différents- à « écraser » tout ce qui peut rappeler la signifiance et l’imprédicativité. Le spectre de ce totalitarisme est bien large : il s’étend de la dictature nazie et toutes ses abominations, jusqu’ à la « soft –barbarie » néo-libérale, à visage très humain ! En effet, la « démocratie libérale » n’est rien d’autre que l’expression trompeuse, destinée à masquer le conservatisme qui imprègne, voire imbibe la « modernité », conçue et répartie entre maints (es) idéologues, obsédés par la promotion de la meilleure mise en échec la structure subjective. A preuve, les ineptes confusions qui marquent l’idéologie dominante, et continuent de l’abreuver : la féminité et la condition féminine, le patriarcat et la fonction paternelle etc…

La conception de l’homme, initiée, soutenue et nourrie par la raison classique, qui détermine tous les discours, exclusifs de l’inconscient et de ses dimensions, envahit l’ensemble des conceptions psychopathologiques, mises en œuvre dans les institutions dites soignantes, et dont l’objectif principal consiste à pervertir la « dé-raison » des symptômes, pour la remettre sous le boisseau de quelques constructions théoriques bilatères, que la raison classique élève au rang de sciences, passionnées qu’elles sont par l’ignorance et le rejet de l’inconscient, qui échappe à leur maîtrise. D’oces théories en cautionnant leur prédicativitéces, passionnés hopathologiquess discours exclusifs de l’ù, d’ailleurs l’appel en renfort à une pseudo-psychanalyse, pour conforter ces théories univoques, en cautionnant leur prédicativité, représentée par diverses modalités d’éviction de la subjectivité et de l’inconscient. Aussi, n’est-ce pas en négativant une affirmation, qu’un énoncé ouvrira inéluctablement à la dialectique moebienne. En effet, le contraire d’une proposition fausse, n’est pas ipso facto nécessairement vrai ! Il peut être tout aussi faux. Les artifices rhétoriques, déliés du vide qui leur donne naissance, finissent par montrer rapidement l’imposture théorico-pratique qù’ils ne cessent de masquer, en surenchérissant quant à leur conviction à l’égard du discours analytique, qu’ils ont tendance à « absolutiser » idéalement, alors qu’il dépend et procède d’autres discours, dont la caractéristique consiste à suturer l’écart irréductible qui lie le signifiant au signifié. Ainsi, sous prétexte de simplifier et de se préserver de toute complexité, la signifiance, matrice de la plurivocité, est rejetée. Pourtant, la complexité réside dans l’avènement progressif d’un discours, qui dépasse les précédents, en rompant avec la logique qui les caractérise et dont il est tributaire en en procèdant lui-même. Aussi, même si un pouvoir totalitaire peut imposer un discours, il ne peut anéantir les autres, issus du signifiant et de sa structure, dont la rebelle persistance finit par le décomposer, grâce à la mise en œuvre déraisonnable d’une raison, d’autant plus menaçante, qu’elle met au jour une « inquiétante étrangeté », porteuse de xénopathie, dont la xénophobie, qui « balaie » en un clin d’œil, les platitudes morales, empreintes d’humanisme.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

COMMENT DENONCER DE MANIERE PLUS EFFICACE ET PLUS RESPONSABLE ? SINON EN METTANT EN AVANT L’ALIENATION SYMBOLIQUE (DEPENDANCE DU SIGNIFIANT/SUBJECTIVITE), POUR MIEUX BATTRE EN BRECHE ET LIMITER LES EFFETS DE L’ALIENATION SOCIALE (HEGEMONIE D’UNE OU PLUSIEURS IDEOLOGIES, REUNIES ET IDENTIFIEES PAR LEUR EXCLUSION DU SIGNIFIANT, ET PARTANT DU SUJET (DE L’INCONSCIENT).

 

De même, il ne suffit pas de dénoncer une théorie, dans le but de la subvertir, voire de la battre en brèche, si la logique ou la raison qui est à sa base et la constitue, est partagée par celle qui tend à la supplanter et à la remplacer. Ainsi, les fort louables tentatives de Frantz FANON, de s’affranchir des conceptions psychopathologiques de l’Ecole psychiatrique d’Alger, dictées par la raison bilatère hégémonique, n’ont pas abouti totalement à mettre en échec leur fondement logique, qui parvient malgré tout à contaminer les conceptions opposées, à travers les résistances tenaces, liées à la raison classique, exclusive de l’inconscient. Après avoir laissé se répandre des âneries, au nom de la science, -analogues à celles qui constituent les thèses aryennes du nazisme-, certains mandarins de cette Ecole (POROT, SUTTER, PELISSIER,…), ont fait plus ou moins amende honorable pour « humaniser » leurs conceptions, sans remettre en cause ou en question les fondements rationnels, qui leur ont permis de les « mettre sur le marché » de la « santé mentale ».

Assurer l’advenue de l’imprédicativité en subvertissant et en décomposant des idéologies prédicatives, ressortit au combat politique, qui consiste à préserver des régressions constantes, favorisées par l’omniprésence nécessaire du bilatère (prédicatif), qui refoule l’unilatère (imprédicativité vectrice de complexité), et qui s’oppose à sa refondation et à sa refonte, sur la base de ce qui le fonde malgré tout, et dont il ne veut rien savoir. Le recours à des idéologies et aux appareils, mis en place avec le concours des pouvoirs qui excluent toute trace de signifiance, mettent à mal la récursivité qu’ils « absolutisent » à telle enseigne que, même le point nodal de celle-ci, qui articule de façon permanente la prédicativité et l’imprédicativité, sous la forme de rapports, imposant que l’une est inséparable de l‘autre , est bafoué par méconnaissance.

( Pour rappel, la récursivité est le rapport entretenu par toute conception prédicative avec ce qu’elle tente de refouler, et qui la constitue, à savoir le signifiant, vecteur de la signifiance, et partant de l’imprédicativité, dont aucune production ne peut s’affranchir, même si elle ne veut pas le savoir).

 

LE PIRE DES TRAUMATISMES PROVIENT DES MULTIPES TENTATIVES DE NIER LE « TROUMATISME », INHERENT A LA CONDITION D’ « ETRE PARLANT », CONTRE LAQUELLE LES INSURRECTIONS -PARFOIS TRES BRUTALES ET VIOLENTES- REUNISSENT ET REGROUPENT DE NOMBREUX ADEPTES D’IDEOLOGIES, EN APPARENCE TRES OPPOSEES.

 

Le vide ou le trou accompagne la nomination de toute chose. Il correspond à une perte , qui substitue l’ex-sistence à l’essence. Ce vide , lié au refoulement primordial qui instaure la condition d’être parlant est troumatisant : il signe une perte définitive qui fait gagner en existence ce qui est perdu en essence, en être (essentialisme) ou en ontologie. Ce « troumatisme » (LACAN), cause de l’échappement, est fondateur de la subjectivité. Il est matérialisé par la dimension de l’impossible et son omniprésence à travers les effets qu’il induit, et qui marque toute construction et toute fiction. Aucun ordre social, quelles que soient les idéologies qu’il impulse, ne peur restituer ou suturer cette perte ou cette faille, par laquelle chaque être parlant s’élève au rang de sujet, dont le désir procède de ce troumatisme, qui ne permet à aucun objet prescrit a priori, de tarir ce dernier, essentiel à l’ « ex-sistence ».

Il amène LACAN à dire dans « Les écrits techniques de FREUD » : « Le trauma, en tant qu’il a une action refoulante, intervient après-coup (voir l’homme aux loups), ce sera comme non intégré, le premier noyau de ce qu’on appellera par la suite ses symptômes. Donc, entre la frappe (trauma) et le refoulement symbolique, il n’y a aucune différence essentielle. La seule différence c’est que personne n’est là pour lui donner le mot…le refoulement commence, ayant constitué son premier noyau. Il y a maintenant un point central autour duquel pourront s’organiser par la suite les symptômes». Il poursuit « A l’intérieur de ce qu’on appelle associations libres, images du rêve, symptômes, se manifeste ue parole qui apporte la vérité ». il persiste et signe dans « De la psychanalyse dans ses rapports avec la réalité » (Autres écrits) : « le symptôme est vérité qui se fait valoir dans le décri de la raison ». Quant à la vérité qu’il contient et renferme, elle est « cette satisfaction à quoi n’obvie pas le plaisir de ce qu’elle s’exile au désert de la jouissance ».

Toute violence, quel que soit son degré de cruauté et de sadisme, ne peut traumatiser de façon uniforme tous ceux qui l’ont vécue de près ou de loin. Chacun d’eux aura sa manière d’en rendre compte, de l ‘interpréter, de lui donner un sens particulier. Et même si elle concerne ceux qui l’ont vécue, dans leur chair ou par récits interposés,tous (toutes) ne sont pas marqués par elle de façon univoque, comme s’ils étaient contaminés par un même mal. D’ailleurs, même une maladie contagieuse n’est jamais vécue de la même façon par ceux et celles qui en sont affectés, et les moyens mobilisés par les uns et par les autres, pour lutter contre elle sont différents, quel que soit par ailleurs son degré de gravité.

Le pathos, dénonciateur de traumatismes divers et variés, fait l’économie de réflexions critiques approfondies concernant maintes conceptions humanistes, réductrices et étriquées, notamment parce qu’elles ne se soucient guère de la subjectivité, corrélative de la condition d’être parlant. Aussi est-il nécessaire pour affiner ses positions théoriques et cliniques, d’opérer une profonde et radicale mutation épistémologique et anthropologique, qui montre que toute position idéologique et/ou théorique, procède d’un point de vue particulier, qui implique différentes dimensions, impliquées dans diverses articulations, qu’il s’agit délucider, surtout si elles se soldent par des symptômes. La mutation à opérer consiste à intégrer la dimension spécifique du vide, qui est toujours actif, et dont l’absence est présentifée par des effets, d’autant plus omniprésents qu’ils sont refoulés, dans le sens où ce vide est généralement et imaginairement identifié au néant, qui le rend d’emblée inactif, et surtout maîtrisable par son colmatage, toujours gros de catastrophes individuelles et sociales. Le vide, ainsi intégré, met en jeu la féminité, partagée par les deux sexes, et assure la récursivité, induite par la signifiance, dont les manifestations se matérialisent par l’équivocité et le malentendu. Le « troumatisme », inhérent au refoulement primordial, essentiel à l’advenue du sujet, est omniprésent à travers la faille, propre à la subjectivité, qui requiert d’être étayée et confirmée. Ainsi, le savoir, à l’accroissement duquel elle participe, jusqu’à l’érudition, s’avoue incapable d’y mettre un terme, malgré toutes les tentatives de la suturer. Elle met en présence ce savoir avec un ratage inévitable qui contribue à l’éclairer et à l’orienter de telle sorte qu’il évite des échecs cinglants, voire cuisants. La faille, « compactifiée », permet des succès grâce au ratage qu’elle induit, et conduit à des débâcles lorsqu’elle se trouve bafouée et piétinée. Opérer une rupture dans les conceptions qui organisent et encadrent les existences des uns et des autres, accompagne inévitablement une re-définition du savoir, c’est-à-dire une coupure épistémologique, qui est censé aboutir à un nouveau nouage des différentes dimensions, notamment celle du vide, qui permet l’avènement d’un nouage moebien ou d’une dialectique inédite, « débarrassée » de la préoccupation d’en finir avec ce dernier en le suturant, pour ne plus avoir affaire avec lui. Cette rupture requiert une rigueur à toute épreuve, et ressortit aussi bien à l’acte psychanalytique qu’à l‘acte politique. L’acte analytique est éminemment politique !

 

En tant que psychanalyste, « serviteur » du discours analytique, mon travail consiste à venir à bout des résistances, nourries par toutes sortes d’idéologies, érigées contre l’inconscient. Ne voulant rien savoir de l’altérité et de l’unilatère, elles favorisent l’éclosion de symptômes divers, qui se voient renforcés, voire aggravés par les approches psychiatrico-psychologiques, qui partagent cette même méconnaissance. « Contaminées » par la raison prédicative et ontologique, qui surestime la conscience, elles mettent d’autant plus en échec leur l’objectif thérapeutique, qu’elles prétendent se débarrasser à tout prix de symptômes, en les déliant de la subjectivité et de singularité qui les produisent. La vanité d’un tel projet, qui peut prendre des formes multiples, se manifeste toujours en fin de compte. La raison classique et la prédicativité qu’elle privilégie, se fourvoie à chaque fois lorsqu’il s’agit d’analyser une causalité. Ainsi, une entreprise, aussi extravagante et exécrable, que la destruction des Juifs d’Europe par les nazis, s’appuie sur une idéologie qui soutenait que les Juifs étaient les responsables des malheurs du peuple allemand, en lieu et place du féroce système d’exploitation capitaliste, auquel participaient certainement quelques Juifs. Cette explication simpliste et foncièrement fausse, a nourri les illusions de millions d’ Allemands, pendant un temps, pour les idéaliser et les surestimer, en compensation de leur misérable condition socio-économique. Et ce n’est pas l’échec d’une telle conception , fondamentalement erronée et mortifère, qui a initié une dénazification conséquente et résolue, aussi bien en Allemagne que dans d’autres parties de l’Europe et du monde. Le système de recyclage et de réadaptation à la « démocratie libérale » de représentants du nazisme, par certains de leurs anciens adversaires, a fait montre d’une grande efficacité, tout en continuant à verser des «  larmes de crocodile », et à mettre en avant une commisération empathique.

Paradoxalement, les symptômes psychiques, servent à confirmer leur fonction de rappel de la condition d’être parlant. Lorsque leur organisation et leur contenu ne sont pas examinés sérieusement (cf . la chimiothérapie psychiatrique) ils insistent, persistent et signent la présence constante de dimensions, qu’il s’agit de mettre au jour progressivement, contre les résistances qui renforcent la méconnaissance et le refus de savoir.

 

J’ai écrit ce texte de telle manière qu’il s’adresse au commun des mortels ( la mort, oubliée, c’est à dire refoulée, sanctionne la vie de n’importe qui, quel que soit son statut social et économique, et quel que soit son pouvoir, réel ou imaginaire). Autrement dit, mon texte s’adresse à tous ceux qui ne passent pas leur temps à dépenser leur énergie pour nier leur condition d’être parlant, laquelle nous rappelle que c’est parce qu’on partage cette condition, quelles que soient nos références culturelles, idéologiques, poitiques, que nous détenons cette certitude: nous sommes mortels. Atténuer, adoucir cette condition et ses effets, nous amène à chercher des « béquillages » divers, notamment dans l’exercice du pouvoir, auquel on prête des vertus compensatrices, qui se mettent au service du refoulement des limites, imposées par cette condition universelle. A preuve l’usage et l’exercice quasi paranoïaque du pouvoir civil – et qui plus est militaire- et de la force qu’ils donnent, dans le but de se « libérer » de la structure psychique ou subjective, qui nous spécifie et nous différencie des animaux (différencier ne signifie pas hiérarchiser, classer et discriminer).

La constitution de groupes humains, unifiés en apparence, autour et par une idéologie, c’est –à-dire une représentation du monde ( qui n’est jamaix l’exact reflet du monde extérieur, d’où le terme de représentation, qu’il faut compléter par celui d’interprétation), renforce l’identité imaginaire de chacun (ce qu’il croit être) de ses membres, qui accepte, grâce à ce processus d’identification (et de résistance contre ce qu’il est réellement), de se mettre sous la férule d’un chef et des représentations qu’il construit, en vue de constituer une masse d’individus, prêts à lutter pour défendre leur identification, quitte à s’abîmer dans une inhibition et une régression intellectuelles, aux conséquences fâcheuses, voire funestes pour l’ensemble de la société. Si les masses ont tendanc à se coaguler autour de l’ « hommosexualité » inspirée par le chef, le collectif, lui, se révèle plus apte à intégrer la féminité, grâce à la préservation de la singularité de «  chaque un » dans le groupe. Alors que les théories sociologiques prédicatives opposent l’individu au groupe, parce que celui-ci est censé entraver l’épanouissement de celui-là, la prise en compte de la subjectivité et de ses dimensions principales, montre que l’un et l’autre, entravent le collectif, qui sied au sujet en tant qu’il met en évidence le partage par tous les êtres parlants, d’un manque à être, dont la maîtrise échappe aussi bien au groupe qu’à l’individu. Quel que soit le niveau d’ « hommosexualité », mis en avant par l’aliénation sociale, elle demeure incapable de mettre à bas l’aliénation symbolique, inhérente à la condition d’être parlant, marquée définitivement par une altérité constitutive, essentielle à l’existence de chacun. Aussi, ce qui est commun n’exclut-il pas ce qui relève de la singularité. Bien au contraire, cette dernière ne va pas sans le le signifiant, partagé par tous ceux qui parlent, quelle(s) que soit (ent) leur(s) langue(s).

Un rêve doit servir à réveiller la multidimensionnalité et la polysémie qui le composent. Son interprétation ne doit plus se limiter à ceux et à celles qui croient détenir la clé des songes et les explictaions stéréotypées, rabâchées sans cesse, pour mieux consolider le refoulement qui empêche la formulation de questions, parfois fort embarrassantes, pour les interlocuteurs, soucieux de protéger leur narcissisme béat. Ainsi, il n’est pas inutile de se demander pourquoi le peuple algérien, si aguerri par la lutte d’indépendance, s’est arrangé pendant des décennies à méconnaître les conséquences de ses choix ? Comment tous ceux qui ont proposé à ce peuple des orientations plus conformes à ses intérêts se sont vus floués, malgré leurs savoirs et leurs connaissances, rejetés par des masses qui n’ont jamais cessé de se plaindre –à raison- de leurs conditions de vie ? Je comparerai cette situation à celle qu’on rencontre dans la clinique, lorsque le symptôme psychique ou subjectif du patient rencontre celui du thérapeute, c’est l’impasse thérapeutique , le savoir vacille, et il est finalement mis en défaut. (Même en médecine somatique, la relation entre patient et soignant, réserve des surprises quant à la prise encharge diagnostique et thérapeutique :le savoir scientifique ne nous protège pas de certaines dérives. C’est ce que FREUD nous a légué comme précieux fonds intellectuel : son savoir de neurologue est venu se heurter contre l’obstacle épistémologique, qui empêche l’accès à la vérité du symptôme psychique, comme à celle du rêve ou du lapsus. Il a mis au jour une instance autre (altérité) qui nous constitue, en nous divisant entre conscience (moi) et sujet (Autre) qui coexistent et cohabitent, l’inconscient assurant leut trait d’union sans assurer aucune unité. Pour nier cette constitution, on peut tuer et/ou se tuer. Ainsi, on maintient jusqu’au bout sa résistance et sonrefus de l’inconscient,qui dément ce que chacun croit être, même s’il obtient confirmation de la part de son entourage et de ses affidés, qui l’aiment et l‘estiment. Déconstruire ce type d’illusion n’est pas chose facile. En tout cas, c’est une opération à mener sans haine dans le cadre d’un projet politique, qui ose articuler économie politique et économie subjective (psychique).

Lorsque la politique refuse d’articuler sérieusement ces deux économies, partageant la même rationalité ou la même logique, les symptômes sociaux explosent et induisent des blocages de type névrotique, qui mettent au jour que la logique adoptée jusque là, est défaillante. En effet, elle s’appuie sur des conceptions anthropologiques (du genre humain) erronées, parce que les théories humanistes qui les irriguent, sont incapables de concevoir que l’existence subjective est réfractaire à toute homéostasie, sinon l’angoisse, voire la mort deviennent par trop menaçantes.

Si l’économie politique s’évertue à récuser l’économie subjective, qui la fonde, parce qu’elle ne peut se passer du désir, du manque, de l’échange, du « plus-de-jouir » qui, comme négation, règle définitivement son compte à la jouissance etc…elle emprisonne le narcissisme, protecteur du manque à être, dans une vaine quête totalitaire, qui se voit consolidée par des quantifications « scientifiques » à visée prédicative, qui s’exprime exclusivement en termes de besoins, réduisant ainsi les êtres parlants à des fonctions animales. Si les besoins élémentaires, primaires sont incontestables, ils ne sauraient cependant définir à eux seuls la condition des êtres parlants, auxquels ils sont certes soumis, mais qu’ils parviennent aussi à transcender et à sublimer, grâce à leur dépendance de l’ordre symbolique, dont le pouvoir subversif altère la quête totalitaire que nourrit le moi, toujours en mal de souveraineté et de complétude, qui trahissent sa structure essentielle : le manque à être. Ce dernier, parce qu’il est inhérent à la condition d’être parlant, bat en brèche toutes les idéologies qui promettent des prédicats infaillibles, auxquels il faut s’identifier pour détenir enfin une identité totale et indéfectible. Il met aussi en échec une autre tentative consistant à le contourner pour l’éliminer, c’est celle qui met en avant la pluralité ou la multiplicité des composantes, qu’il s’agirait alors d’additionner et de juxtaposer pour atteindre le « Graal identitaire », véritable avatar de la quête du Tout, dont les échecs successifs sont imputés aux moyens mis en œuvre, qui révèlent leur vanité de venir à bout de cette faille, nécessaire à l‘existence de tous et de chacun (e). Cette erreur est pathognomonique des idéologies qui ne veulent rien savoir de la structure mise en place, et mobilisée par la subjectivité. Le discours analytique, qui s’appuie sur la logique , mise en œuvre par l’inconscient, ne disqualifie ni n’invalide a priori les conceptions bilatères, mises en jeu par les idéologies, fétichistes de la conscience. Il se propose de les décomposer, c’est-à-dire de les analyser, et partant de les combattre lorsqu’elles tendent à imposer leurs diktats, dans le but d’exclure l’unilatère, inhérent à l’inconscient, sous prétexte qu’il altère la conscience et meurtrit le moi, tout à sa quête de complétude paranoïaque, partagée très souvent de anière grégaire, au nom de l’aithenticité d’une identité, dont la construction est déterminée par des idéologies, préoccupées par des enjeux politiques, funestes pour les individus qui acceptent de s’y prêter et de s’y soumettre, dans l’espoir –vain- de s’affranchir de l’altérité que l’inconscient instaure en eux-mêmes et dont ils ne peuvent se libérer, puisqu’elle s’avère nécessaire à leur existence et à leur statut de sujet, dont ils ne veulent pas, préférant ainsi une profonde aliénation sociale. (partage de la normalité paranoïaque). La fonction socio-politique des idéoligies consiste à faire main –basse sur les développements de la science, dont la prédicativité renforce celle qui les meut préalablement. Cette dernère leur fournit les arguments pour faire valoir une universalité, exclusive de toute singularité qui pourrait lui rappeler la négation qu’elle refoule. Alors que celle-ci permet,à partir de ce qui la constitue, de se rendre compte qu’elle métaphorise de façon particulière cette universalité qui la caractérise, avec laquelle elle est constamment articulée, mais qui lui échappe. Aucune conception, qu’elle soit scientifiqueet/ou religieuse ne peut assècher en le colmatant, le vide qui la fonde, a constitue et assure son évolution. Aussi sacrée et consarée fût-elle, elle reste tributaire du signifiant, qui, malgré les significations qu’il génère, renvoie le signifié sine die. Il confirme de la sorte son caractère transcendantal, qui dépasse la portée de l’entendement, imposé par la raison classique, qu’elle soit « pure » ou « pratique ». Celle-ci se montre très hostiles aux manifestations de la « déraison » que sont les formations de l’inconscient (rêves, lapsus, actes manqués.. et symptômes), pourtant reconnues maintenant comme des évidences.

En accord avec le développement des découvertes de la physique quantique, le discours analytique, ne verse dans aucun idéalisme qui ferait la part belle au moi et à la conscience, en leur concédant la place centrale, que le fantasme contribue à faire miroiter. Il ne se laisse pas pervertir non plus en un réalisme simplet qui, tout en acceptant la souveraineté du moi, surestime les organes des sens, au mépris des enseignements et des renseignements qu’ils nous apportent quotidiennement. Qui peut prétendre qu’un malentendu procède d’une altération de l’acuité auditive ? De même, les manifestations conversionnelles hystériques, nous apprennent que le corps n’est pas soumis totalement et « aveuglément » au seul déterminisme biologique. Aussi, est-ce là que se manifeste la surdétermination exercée par la subjectivité, c’est-à-dire par l’inconscient.

Nombre d’adeptes de l’évolution (les évoutionnistes ), élevée au rang d’idéologie, ne veulent rien savoir de l’invariance de la structure subjective, liée à la dépendance du langage, c’est à dire de l’ordre symbolique, (invariant s’il en est) qui est à l’origine de la multiplicité des variantes (langues), lesquelles rendent finalement compte de ce socle indétrônable qu’est le vide, qui suscite et provoque des oppositions, destinées en dernière instance à le mettre en évidence, au grand dam de certains réalistes, qui finissent par s’abîmer dans des fictions bilatères, de plus en plus stériles et funestes, voire mortifères. (plutôt la mort que la pulsion de mort) : le paroxysme de l’aversion et de l’hostilité contre l’inconscient, qui met au jour et concrétise l’impossibilité, inacceptable pour ceux qui veulent continuer à la méconnaître, en se référant et en se convertissant à des idéologies différentes, toujours disposées à faire miroiter une complétude illusoire, propice au développement de la haine de l’Autre. Faisant partie intégrante de la structure subjective, cette altértié essentielle ne peut être éliminée sans ( se ) donner la mort. D’ailleurs,à mes yeux, la mise mort du sujet me semble être le projet des psychoses, qui n’en peuvent mais, malgré la force de la forclusion.

S’adresser au commun des mortels signifie pour moi s’adresser au premier rang de de ceux-ci : les intellectuels, dont la fonction et la mission sociales consistent à user de leur savoir, non pas pour boucher l’accès à la vérité, mais pour « désidentifier » leur savoir de celle-ci, en le creusant sans cesse et en découvrant des nouveautés, qui montrent que c’est en respectant l’échappement de la vérité,comme ligne d’horizon, que le progrès peut être assuré. Apporter un éclairage pertinent, établi sur une logique inédite, exige de remettre en cause ses propres capacités de ne rien vouloir savoir, ni d’entendre, et d’évaluer la part prise par chacun dans ce qui est dénoncé. La dénonciation facile, développée à partir de l’adhésion à une idéologie opposée, voire antinomique, est nettement insuffisant, si l’on veut être cohérents et conséquents. Je propose pour ma part d’intégrer la logique subjective, autrement dit le sujet de l’inconscient, dans les réflexions pour orienter autrement l’économie politique, qui ne cesse de refouler les fondements subjectifs qui la rendent possible.

Mëme si l‘écriture rend plus ou moins ardus certains de mes énoncés, ils sont loin d’être hermétiques, à condition seulement qu’on s’engage à se déprendre –au moins partiellement- de références idéologiques pesantes, servant le refoulement et l’inhibition. Celui-ci et celle-ci sont souvent « bétonnés » par ceux qui détiennent et se croient propriétaires d’un savoir, coinçant ceux qui n’en disposent pas, qui se retrouvent dès lors relégués –du fait de la hiérarchisation des savoirs et des pouvoirs, instruments de maîtrise de la vérité- à une catégorie, qui ne leur reconnaît même plus la condition d’êtres parlants. Lire et déchiffrer à bon escient une réalité sociale requiert, comme c’est le cas pour un cas clinique, des efforts pour tenir compte des diverses articulations qui nouent tous les facteurs mis en jeu, et qui se concrétisent dans les différentes interprétations proposées. En rendre compte sérieusement et honnêtement, implique des choix théoriques qui sont d’ordre politique, et ont, de surcroît des effets et des conséquences politiques. Les lectures réductrices sont légion : elles procèdent de préoccupations narcissiques qui s’accommodent fort bien de certains préjugés tenaces, qui ne se soucient guère d’offrir une interprétation sérieusement fondée de la situation en cause. Mettre l’intelligence d’une phase importante de l’histoire du pays à la remorque de telles préoccupations est un affront pour le travail intellectuel, ravalé dès lors au rang de contribution idéologique, composée de formules éculées et rebattues. Introduire une nouvelle logique pour rendre compte le mieux possible de la place de la subjectivité dans les situations de crise sociale est une gageure, qui a le mérite de tenter de sortir des sentiers battus, qui nous ont menés jusqu’à présent à des impasses, parfois dramatiques. Prendre le temps de les analyser avec de nouveaux instruments conceptuels, c’est le défi auquel nous sommes confrontés, pour nous libérer des logiques qui ont largemet montré leurs limites, et qui ne cessent de revenir sur le devant de la scène, sous des travestissements séduisants de « modernité », laquelle n’est en vérité que de l’enfumage pour perpétuer et légitimer la domination de certains sur d’autres, comme si les uns et les autres ne partageaient pas cette même condition d’être parlant, qui permet de refuser catégoriquement les interprétations des différences en termes d’inégalités.

C’est à mon avis à partir d’un éclairage différent, voire inédit, et non d’antiennes réchauffées et resucées, que de nouvelles orientations et directions pourront se dessiner à court et à moyen terme.

 

« COMPACTIFICATION DE LA FAILLE » ET REVOLUTION CONCEPTUELLE :

 

Mettre en défaut les idéologies qui prétendent protéger des affres de l’inconscient, notamment à travers les symptômes, qui engagent la subjectivité, est essentiel. Avant tout, pour accorder une valeur certaine à ces derniers, sans les disqualifier en leur conférant un sens péjoratif. C’est aussi à partir de la clinique individuelle qu’on se rend compte que la subjectivité est également impliquée et engagée dans les crises sociales. Il s’agit alors de bien identifier comment cette dernière intervient à la fois, de manière spécifique dans les situations de crises individuelles et sociales, et de manière identique aussi bien.

Ainsi, au cours de l’analyse de celles-ci, il est pertinent de se demander comment il devient possible de faciliter et de favoriser en un moment crucial de mise en défaut des multiples résistnces de toutes sortes, une possibilité de procéder à cette demi-torsion de la bande de moebius, pour opérer le basculement d’un discours à un autre, le bouleversement d’une raison par une autre, sans que cette rupture et ce bouleversement inédits, qui font rupture, anéantissse la raison et le discours qui dominaient outrageusement auparavant, en n’hésitant pas à recourir à l’exclusion et à l‘ostracisme, voire à l’élimination ou à la mise à mort réelle et/ou symbolique.
Même si des personnes incarnant le système mafieux et prédateur qui a dominé l’Algérie, pendant des décennies, ont été mises en détention, ce n’est pas en offrant des têtes, aussi emblématiques soient-elles, que le système s’amendera, d’autant plus que, sur le plan national et international, il garde de multiples soutiens, plus ou moins puissants. La « soft barbarie » néo-libérale, le moment venu, ne se perdra pas en conjectures, et ne se souciera d’aucune considération morale, dont elle à l’habitude de faire étalage, lorsque ses intérêts seront menacés.

 

Comment s’affranchir des termes dans lesquels le pouvoir, représenté par l’armée et ses gradés, qui jouent au « Père fouettard », en jetant en pâture des individus, de toutes sortes, certains célèbres pour être des champions –de longue date- de la corruption institutionnalisée, jusque dans les rangs de ladite armée, qui prend en otage le peuple, en faisant expier leurs fautes à ceux et à celles que le système a lâchés, dans le but de se refaire une virginité, alors que le pouvoir de l’institution judiciaire, censé assurer l’indépendance de la justice, est bafoué et foulé au pied par des imposteurs, qui usent de leur toute-puissance pour punir, et par là même se disculper et se présenter comme recours, c’est à dire comme le relais de l’arrivée au pouvoir de nouveaux prédateurs, dont les différents déguisements « modernes et modernistes », ne doivent pas tromper. Quels que soient les reproches et les accusations portés contre les uns et les autres, une des premières et fondamentales ruptures avec l’ancien système, aurait consisté à donner à la justice tous les moyens de faire son travail d’investigation et d’élucidation, et à assurer aux accusés, présumés innocents -avant la mise en évidence de leur culpabilité par la justice-, une défense, digne de ce nom. La justice est bien autre chose que l’imposition par la force de la célèbre formule : «  œil pour œil, dent pour dent » ! Le peuple ne doit en aucun cas se réjouir de ce genre de revanches, dont les conséquences seront terribles, pour lui, s’il accepte de s’en satisfaire et de confirmer ceux qui veulent s’identifier à d’opportunistes justiciers de pacotille, soucieux de dissimuler que la maîtrise qu’ils tirent de leur pouvoir, est fondamentalement et complètement mise au service de nouveaux rapaces et autres fossoyeurs, qui se bousculent au portillon, dans l’ombre de ceux-là mêmes qui mettent en avant leur force, la croyant infaillible, et l’imposant comme telle. Le peuple se retrouvera alors compromis dans une politique à laquelle il aura donné son aval, en entérinant ces incarcérations et autres destitutions, qui sont des enfumages de grande envergure, destinés à mieux tromper sa vigilance et ses lectures de la « crise » actuelle. S’il est une unité du peuple à consacrer et à promouvoir, ce n’est certainement pas son unification par quelque idéologie que ce soit qui finirait par l’uniformiser et le réduire à néant. C’est au contraire l’acceptation de toutes les différences qu’il peut sécréter et exprimer, sans oublier ni refouler ce qui assure et soutient ces dernières, à savoir le langage, ou plus exactement la dépendance irréversible du signifiant (symbolique). Ainsi, grâce à cette dépendance, on pourra se libérer des funestes confusions qui persistent à laisser croire que le progrès réside uniquement dans le comblement -par la force si besoin- de la faille ou de la béance constitutive de tous et de chacun, et non pas du tout dans la » compactification » et l’intensifiation de celle-ci, qui fait écho à ce qui échappe à toute maîtrise de quelque ordre qu’elle soit, si tant est que le peuple n’accepte plus d’être dupé par ceux qui font miroiter devant lui, leur toute-puissance, en faisant croire qu’ils la partagent avec lui , voire même qu’ils l’exercent pour son bien.

Chaque fois que l’on s’aventure à chercher et à vouloir définir ce qu’est « être algérien », le rique de se laiisser piéger par les idéologies ontologiques –même opposées entre elles- est un risque majeur de dérive intellectuelle (lire l’article de Chems eddine Chitour dans le Soir d’Algérie pour s’en convaincre :la surenchère des prédicats et autres attributs essentialistes fleurissent allègrement et nourrissent abondamment l’illusion identitaire totalitaire, en surestimant et en surclassant un prédicat, devenu essentiel et indispensable).Or aucun attribut ou prédicat, de quelque valeur qu’il soit, décerné à un événement, à une situation, à un objet voire à une personne, ne saurait déterminer et définir l’ essence qu’il vise, de manière définitive, puisque celle-ci échappe au rapport qui la matérialise partiellement, dans le sens où elle peut faire l’objet d’une autre prédicativité, différente de la précédente.Tous les rapports alors proposés, même additionnés les uns aux autres, n’aboutiront jamais à une saisie totale et entièrement maîtrisée de ce qui se confirme comme échappement. L’algérianité, aussi idéalisée soit-elle, ne saurait être une identité qui vienne à bout du « manque à être » qui la fonde et peut la faire évoluer, si tantest qu’on ne forclot pas ce dernier. En effet, cette algérianité, englobe des différences et des particularités importantes, sans pour autant que ce qui la caractérise et la spécifie, annule ces dernières. Bien au contraire, être algérien, quelle que soit la langue maternelle qui nous lie au signifiant, transcendant toutes les langues en tant qu’il instaure la polysémie et les relations particulières avec le signifié, met au jour une quête ontologique, jamais résolue une fois pour toute, tant le manque à être qui la fonde et la nourrit, s’oppose radicalement à toute définition ontologique, absolue et définitive. C’est ce « manque à être » qui lui permet d’évoluer en remettant constamment en question ce qu’elle apporte sur le plan identificatoire, puisque ce que l’on croit être n’est qu’une couverture imaginaire qui métaphorise le vide ontologique, servant de soubassement à toute identité, structuralement incomplète. L’ »ex-sistence » tient à ce « troumatisme », que dénoncent les symptômes, notamment névrotiques, très infliuencés par les idéologies dominantes qui n’ont de cesse de rejeter l’altérité, issue de ce « troumatisme », dont les manifestations sont présentées comme une « inquiétante étrangeté », alors que cette altérité est familière à travers les formations de l’inconscient, dévalorisées par la raison raisonnante, alliée du moi et toujours à son service pour écarter toute vérité contenue dans ces mêmes formations, et pouvant en procéder si leur analyse est entreprise, avec le concours actif de celui qui croit d’abord ne pas disposer du savoir requis pour les élucider.

Une des priorités consiste à s’affranchir des rites humanistes et « progressistes », qui n’arrêtent pas de « naviguer » entre Charybde du déterminisme biologique, et Scylla du déterminisme social, « bétonnant » de la sorte les impasses intellectuelles et politiques, qui se manifestent de façon éclatante dans les prises en charge institutionnelles de patients divers, souffrant de l’hégémonie de la raison classique que leurs symptômes mettent à mal, et dont il faut absolument qu’ils en guérissent pour recouvrer leur « raison », dont le caractère bilatère, déliée de sa base unilatère, est considérée comme le paradigme de la « normalité », à laquelle il faut qu’ils se soumettent, à l’encontre de l’ordre symbolique, qu’elle bafoue et transgresse plus ou moins violemment.

Dans ce contexte, le cas de certains «marxistes », fossilisés dans leurs anciens dogmes, produits par des appareils idéologiques partisans, dotés d’une dialectique à deux termes, dont l’aboutissement réside dans une synthèse totalisante et absolue, dont eux seuls pouvaient détenir les clés, grâce à leurs connaissances du matérialisme dialectique et du matérialisme historique. Ces deux matrices, ont engendré des idéologies imposant une raison qui n’a plus rien à voir avec celle qu’a tenté de mobiliser MARX, notamment quand il met au jourt les rapports entre valeurs d’usage et valeur d’échange. Outre l’articulation entre le manifeste (valeurs d’usage) et le latent (valeur d’échange), les questions ayant trait aux relations entre la structure invariante et toutes les variantes qu’elle permet comme effets, sans pour autant s’y dissoudre, sont posées. FREUD, quant à lui, sans être marxiste, retrouve cette dialectique dans la subjectivité, grâce à l’inconscient, qui l’initie et l’insuffle constamment, à travers le désir et ses modes de satisfaction qui, loin de l’épuiser, soulèvent la question de l’objet adéquat et définitif, en même temps que celle de la temporalité, qui fait intervenir la dimension du transfini, dès lors que la jouissance ne saurait se départir du ratage. L’équivocité, contenue dans le « plus-de-jouir », forgé par LACAN, implique l’excès en même temps que l’absence. Elle fait écho à la relation dialectique qui articule le réel à toute réalité, qui procède d’une construction, impliquant et mettant en jeu l’imaginaire et le symbolique, de telle sorte qu’ils se nouent en générant à chaque fois un réel, qui opère en les excédant, c’est à dire en leur échappant, les mettant ainsi aux prises avec un vide omniprésent. Aucun excès visant le colmatage de ce dernier, ne vient jamais à bout du ratage qui négative le fantasme, et partant la jouissance pour l’inférer à la castration symbolique en tant qu’elle assoit l’assujettissement définitif et irréversible à l’ordre symbolique. Celui-ci « excède » aussi, et dérange tout ordre social, déterminé par une « lutte des classes », d’autant plus féroce que des idéologies, fussent-elles opposées, continuent à répandre l’idée qu’ elles détiennent, les unes mieux et plus que les autres, les moyens de résoudre ce ratage, et ainsi, de réduire à néant la dimension de l’impossible, qui procède de la structure inhérente à la condition d’être parlant, soumis de manière indéfectible au signifiant et à ses conséquences.

Avant d’être qui que ce soit, chacun est d’abord et avant tout un être parlant, même s’il résiste à s’incliner devant le primat du symbolique, qui donne son existence à tout ce qu’il nomme. Nommer finit par mettre un terme à l’essentialisme, et à donner naissance à des réalités diverses, qui représentent des métaphorisations, issues de la « mort » ou de la fin de tout en soi. Cette « mort » engendre l’émergence d’un vide par lequel l’échappement ne cesse d’opérer, en donnant naissance à de nouvelles productions, dont le progrès vient confirmer qu’aucune d’entre elles ne peut obturer ce dernier, au rique d’anéantir la métonymie, qui sous-tend et soutient les créations métaphoriques que constituent les réalités.

 

Une politique qui récuse et combat férocement cette logique moebienne que je viens de décrire rapidement, mobilise des hommes, dont la tendance paranoïaque est à son service. Elle sert aussila mégalomanie en la dotant d’onstruments de pouvoir, qui malmènent le narcissisme en le « noyant » dans toutes sortes d’illusions ontologiques. Celles-ci sont d’autant plus contagieuses que des idéologies sont prêtes à se charger de la « distribution » de la paranoïa, en s’appuyant sur les mécanismes d’identification imaginaire, qui participent grandement au refus d’accepter l’importance de la dépendance du symbolique. Ce refus sous-tend la méconnaissance , alliée du refoulement (secondaire). Il conduit à terme à des « crises », dont l’analyse rigoureuse permet de mettre au grand jour les différentes modalités du nouage entre des aspects proprement individuels, et d’autres facteurs socio-politiques et économiques. Ces crises peuvent mettre en cause les discours qui dominaient jusque-là : elles permettent de protester, de contester, de se soulever, sans pour autant que les mouvements qu’elles pfovoquent débouchent sur une rupture conséquente, signifiant un changement de discours et de lien social.

Comme les symptômes individuels, les « crises » sociales exigent des subversions conceptuelles et des renversements, voire des bouleversements logiques, pour que les « tares » habituelles, charriées par le dicours de la conscience et de la raison classique, fixiste, soient « débusquées » et écartées, le temps de permettre à un nouveau discours d’émerger et de montrer sa viabilité.

Alors que le discours du maître ne saurait être anéanti, certains prônent le réalisme pour maintenir et consolider sa main-mise et son pouvoir. Pour redorer le blason de conceptions discréditées, ils vont jusqu à leur « greffer » -de manière révolutionnaire- des éléments du nouveau discours. Ils tendent à montrer ainsi que ces derniers peuvent fort bien être intégrés, voire assimilés, pour produire des conceptions, dont la logique exclusivement bilatère, devient capable alors de mieux récuser toute référence à l’unilatère. Ce qui semblait initialement rendre la contestation plus efficace, finit, en raison de la suprématie de la logique bilatère, par renforcer l’ordre social et aggraver les inégalités ainsi que les injustices sociales. En d’autres termes, je dirai qu’ aucune théorie politique ne saurait ête porteuse d’espoir, si elle dénie la subjectivité et exclut la condition d‘être parlant.

En Algérie, certains « marxistes », au faîte du progressisme, nous convient à un triste spectacle. Convertis au réalisme le plus inepte, ils déclarent s’être amendés, parce que désormais, disent-ils , lils sont devenus capables de « retourner au réel, aux faits ». Comme si ces derniers étaient naturellement et intrinsèquement objectifs, indépendants de toute représentation et de toute interprétation des « êtres parlants », qui les rapportent. A cette erreur fondamentale inhérente au réalisme, ils rajoutent le recours à l’empirisme et au pragmatisme, dignes des idéologies qui jalonnent et participent au développement du néo-libéralisme, en proposant une méthodologie simpliste et funeste : « à partir des faits, essayer de construire une problématique, de fabriquer des instruments d’analyse qui soient en adéquation avec la réalité » (Daho DJERBAL EL WATAN 26/02/17).

Comment contrer la « soft barbarie » néo-coloniale, de plus en plus perverse, après l’échec des idéologues qui ont pris en otage le marxisme pour le dégrader en idéologie bilatère, qui a produit d’innombrables victimes, sous prétexte de mettre à bas le capitalisme. C’est à l’analyse de cette imposture théorique qu’il s’agit de s’atteler pour redonner à MARX ses lettres de noblesse, comme a su les lui rendre LACAN en le présentant comme « l’inventeur du symptôme ». Dans ses Ecrits, (« Du sujet enfin en question »), il précise : « MARX a mis au jour une dimension qu’on pourrait dire du symptôme, qui s’articule de ce qu ‘elle représente le retour de la vérité comme tel dans la faille d’un savoir ». La vérité du capitalisme est la plus –value qu’il dissimule symptomatiquement, en tronquant le temps et en naturalisant les usages des corps, appelés à devenir utiles pour le bien de tous, sans dire explicitement que leur mise au travail est un mode d’exploitation de leur force de travail qui va être rémunérée d’abord et avant tout pour qu’elle reste encore disponible, afin que celui qui l’exploite-en la payant au modre prix- recueille tous ses fruits afin d’en jouir plus que celui qui la met à sa disposition (plus-value). « Le symptôme  est vérité d’être fait du même bois dont elle est faite » (Ibid.)

Ces régressions théoriques, dramatiques pour les damnés du sytème d’exploitation capitaliste, constituent les symptômes des idéologues qui croient que leur savoir équivaut à la vérité, et qu’il faudrait que celui-ci soit appliqué pour que la jouissance qu’ils en tirent eux-mêmes soient partagées avec leurs semblables. Ainsi, fidèles à la prétention ontologique de leur idéologie, ils tiennent à leur jouissance. Ils ne parviennent pas à s’en départir, et partant de libérer leurs analyses des illusions qu’elle nourrit, laissant accroire qu’on finira un jour par la saisir et la maîtriser, ou à défaut, en inventer une autre, avec l’aide de la sophistication ontologique dûe à la science. Une chape de plomb écrase la condition d’être parlant, alors qu’elle offre la possibilté de jouir d’une ex-sistence, placée sous le sceau et les auspices du désir et de son objet, qui quelque satisfaction qu’il apporte, s’achévera toujours par un ratage, dont le caractère implacable et inflexible le rendra invulnérable à toute conception visant à l’éradiquer. C’est ce ratage qui invalidera toute illusion quant à une nouvelle jouissance : la dépendance du symolique empêche radicalement l’invention d’une autre jouissance, qui se substituerait à celle qui échappe et qui suivrait un certain sens prescrit et défini de l’Histoire. C’est plutôt la mise à profit de impossibilité , liée au ratage, qui ouvrira la voie à des possibles, qui cesseront de la la bafouer, tout en étant respectueux des limites et interdits infranchissables qu’elle apporte, en vue de garantir une ex-sistence, rebelle aux ordres sociaux, et à leurs desseins mortifères.

Etre offensif sur le plan intellectuel pour faire valoir la dialectique moebienne, qui met en valeur l’unilatère (identité globale), sans exclure le bilatère (la différence locale), nécessaire à l’émergence de celui-là, implique et inclut des positions radicales quant au combat à mener contre le bilatère, qui peut   s’allier avec tous les pouvoirs( intra, inter et extra-institutionnels) pour exclure l’unilatère. Les modes d’exclusion de ce dernier sont pernicieux et pervers. Ils peuvent se réclamer de plusieurs discours, dont celui de l’université préférentiellement, en raison de la place et de la fonction sociales accordées au savoir. Certains adeptes de ce lien social croient qu’en négativant une assertion de façon sentencieuse, docte et péremptoire, au caractère démagogique, ils la feront accéder à la logique moebienne, qui promeut une dialectique, caractérisée par une articulation d féconde de l’impossible et du possible, lequel fait valoir le contingent comme ce qui appelle le nécessaire, sans lequel il ne saurait advenir. C’est ainsi que prend tout son sens la célèbre formule de LACAN : « IL n’y a pas d’universelle qui ne doive se contenir d’une existentielle qui la nie ».

 

Heureusement qu’on manque définitvement d’être pour pouvour ex-sister ! Malgré tous les prédicats que le manque àêtre suscite, aucun d’eux, qu’il soit seul ou bien accompagné d’autres attributs,ne parvient à apporter une assurance ontologique définitive. Les différentes formes d’avoir, de propriété et d’appropriation, doublées par les pouvoirs divers qu’elles octroient, poussent au totalitarisme qui se voudrait réalisateur de la jouissance phallique, en vain. Comme l’obstacle à cette dernière procède la structure subjective, liée à la condition d’être parlant, la débilité conduit à l’imputer à des boucs émissaires, dont l’élimination fera croire que son accès est enfin libéré. L’Histoire de l’humanité regorge de ce genre de situations. La plus exemplaire, alors qu’on croyait avoir été éclairés et civilisés par les Lumières, c’est la barbarie nazie –et sa « solution finale »-. Elle nous ont montré que, plus on se croyait capables de dépasser notre condition d’être parlant, plus notre paranoïa (amour passionnel voué à son moi idéalisé, élevé au rang d’une totalité sans faille ni division) s’aggravait , et devenait contagieuse par les mécanismes d’identification imaginaire, mobilisés par l’hostilité déclarée à l’inconscient, cette altérité altérant le moi et mettant au jour notre dépendance du symbolique, constitutive de notre condition.

 

 

La grégarité groupale pousse à l’identification imaginaire, qui tend à annuler le manque à être propre à chacun (e). Elle ne favorise pas la clairvoyance, ni la lucidité. D’où l’inanité de l’appel aux jeunes générations, qui, sous prétexte de leur jeunesse, vont avoir une vision plus juste de la situation. Ces arguments démagogiques sont fondamentalement réactionnaires, dans le sens où ils ne mettent pas du tout l’accent sur les fondements des concepttions différentes dont les jeunes sont porteurs . La jeunesse ou la collectivité des jeunes, n’a jamais été un critère de progrès intellectuel, sauf pour les essentialistes et les idéalistes, qui croient et font accroire aux entités en soi. La justesse d’une analyse devient un souci éthique, et partant politique.

La crise algérienne doit être lue , c’est à dire interprétée comme un symptôme, qui émerge de façon apparemment brutale (« comme un coup de tonnerre dans un ciel apparemment serein ») du cours habituel de la vie sociale, scandé par des prodromes (signes avant coureurs) issus des nombreux conflits d’intérêts, liés à l’état de la lutte des classes qui y règne, de tout temps, caractérisée par des traits internes, intrinsèques, et entretenant des rapports avec ce qui se passe au niveau des rapports de forces, au niveau mondial. Les nombreuses dimensions que contient cette lutte des classes, en Algérie, conduisent à un moment donné de leurs tensions et de leurs exacerbations à des ruptures des rapports sociaux, qui s’accompagnent de manifestations diverses, dont l’analyse doit être menée de façon rigoureuse par ceux dont c’est le métier et la fonction sociale, à savoir les intellectuels, partisansd’une idéologie, ou non. L’ébranlement du corps social contamine obligatoirement les différentes institutions qu’il s’est données pour leur assigner, en tant qu’AIE (« appareils idéologiques d’Etat » L. ALTHUSSER), une certaine cohérence, corespondant au projet politique que le pouvoir poursuit, fort de ce qu’il croit représenter auprès du peuple, dont l’habitus, depuis l’indépendance, malgré quelques soubresauts et sursauts, a consisté à accepter de se laisser duper, pour préserver une image de force et de puissance, qu’il croyait être préservée et consolidée par les politiques et leur bras armé, garant de cette toute-puissance, illusoirement partagée.

Démystifier les conceptions psychologisantes, décomposer la logomachie psychosociologique, qui se présentent comme neutres, sous couvert de considérations empiriques et techniques, relève de ce souci de mener des analyses sérieuses et responsables sur le plan politique. Les présupposés idéologiques, qui imprègnent leurs énoncés, considérés comme scientifiques, doivent être interrogés, sans concession, afin que la « dispute » et le débat se fassent à ciel ouvert, sous les yeux d’une majorité de citoyens, qui ne sont plus rélégués au rang d’ignares, incapables de comprendre certains enjeux, qui les concernent. Que certains ne se donnent pas la peine de saisir ce qui est en jeu, relève de leur responsabilité. L’éthique du travail intellectuel consiste à cesser de croire et de faire croire à « la belle âme » pour réserver, à tous et à chacun(e), la responsabilité de ses choix.

Cette éthique procède de la prise en compte de la subjectivité et de la logique qu’elle implique dans « l’ex-sistence » ( terme lacanien qui souligne le décentrement du sujet par rapport à l’idéalisme individualiste, qui conçoit les individus comme une entité en soi et abstraite), c’est dire dans la vie individuelle, inséparable de la vie sociale et collective. Cette conception freudienne de la subjectivité rejoint celle que MARX met en œuvre dans sa sixième thèse sur FEUERBACH dans « L’idéologie allemande » : « l’essence humaine n’est pas une abstraction inhérente à l’individu isolé. Dans sa réalité, elle est l’ensemble des rapports sociaux ».

Ces derniers sont fondés sur la prééminence de l’ordre symbolique, dès lors que pour « ex-sister », une nécessité s’impose : accepter de devenir un être parlant et de se soumettre à cet ordre symbolique, dont la dépendance est irréversible, puisque l’autisme le plus « accompli », n’anéantit pas complètement cet enracinement. D’où les possibiltés  thérapeutiques qui demeurent quant au recouvrement de cet ancrage et de ses conséquences, afin de construire sa place dans un ordre social, qui n’est pas toujours prêt à l’accepter. Tout ordre social tend à nier, tout comme les individus qui y sont plus ou moins adaptés, le caractère essentiel de la dépendance du symbolique, confondant allègrement les impératifs et les commadements sociaux avec les limites, prescrites par le symbolique, et qui sont loin d’être inhibitrices. Bien au contraire ! Ainsi, l’interdit de l’inceste est libérateur. Tout comme le signifiant, il nous affranchit de cette imposture , qui consiste à saisir et à maîtriser la réalité empirique immédiate En ne nous permettant pas d’accéder directement à l’essence des choses, il nous offre les possibilités de nous délester du réalisme commun, de « violer le bon sens » (Bernard D’ESPAGNAT), pour faire progresser le savoir sans illusion de toute-puissance. Contrairement aux physiciens, fondateurs de la mécanique quantique, les tenants de la raison classique ne renoncent pas au réalisme naturel et mécaniste. Ils continuent de se bercer d’illusions quant à leurs capacités à lever les voiles de l’apparence pour atteindre, dévoiler et révéler l’en soi, c’est à- dire l‘essence des choses.

Dans le champ de la subjectivité, l’inconscient vient nommer ce lieu, ce trou qui est la trace de l’échappement et de la perte d’essence. Elle ne cesse de fuir et de déterminer les réalités, qui ne peuvent s’en passer, même si elles la refusent et la récusent en tant qu’elle les fonde. L’inconscient est le nom de ce trou ou de ce vide, qui fonde l’ex-sistence de chacun(e) et de tous(ttes). Il consiste en une négation fondamentale, qui fait la nique aux idéologies prédicatives, dont le réalisme conduit immanquablement à privilégier le psychologisme en tant qu’il aboutit inévitablement à des positions réactionnaires. Il est vrai que cette négation est « troumatisante » pour « la belle âme », qui ne se résout pas à accepter , ni à intégrer que ce qui est connaissable, implique de l’inconceptualisable (par exemple la mort frappe, avec une certitude absolue, tous les êtres parlants, sans qu’ils puissent la conceptualiser).

Le « troumatisme », fondateur du sujet et de son « ex-sistence », est choquant et traumatisant pour la belle âme et tous ses tenants ! Il « viole » le réalisme et le mécanicisme scientifiques de type prédicatif , qui a été dépassé par la physique quantique. (Cf les travaux de Niels BOHR, de Bernard D’ESPAGNAT et de Michel BITBOL , entre autres, tous spécialistes de la mécanique quantique et de sa révolution conceptuelle, qui rejoint la logique du discours analytique, tel que FREUD l’a énoncée et comme LACAN l’a fondée en raison, en écrivant par exemple le mathème (la formule topologique) du discours analytique a / S2 / S / S1, les petites lettres occupant la place de l’agent, l’autre, le savoir et la vérité, pour le structurer, de façon inédite.

Les consolations psychologisantes, aussi pathétiques et émouvantes soient-elles, ne peuvent masquer leur inscription dans les confrontations théoriques et les controverses, qui font écho à la place du sujet et à la lutte des classes. Tout sytème d’exploitation est réfractaire à la subjectivité, qu’il cherche à nier pour mieux poursuivre son objectif, celui d’accumuler de l’avoir, sous toutes ses formes, pour s’assurer d’un être, dont le fondement reste, envers et contre tout : le manque à être, en tant qu’il instaure la première mort de toute essence et de toute ontologie, en raison même de la subversion du corps par l’ordre symbolique, instaurateur par ailleurs de la sexualité humaine, qui ne se réduit plus désormais à la reproduction de l’espèce, mais met au grand jour la quête d’un objet destiné à assurer une complétude, indécise et aléatoire, malgré les codes sociaux qui tentent vainement de la domestiquer, en la soumettant à des modèles de complétude imaginaire.

Si le colonialisme était soucieux du sujet et de la subjectivité, il ne conduirait pas à massacrer, à humilier pour nier en vain la castration symbolique, dont il ne peut se défaire et qui conduit, à plus ou moins long terme, à son échec. Son rejet de la subjectivité, au sens de la dépendance du symbolique de la part de tout être parlant, aggrave ses méfaits contre ceux auxquels il dénie ce statut, alors qu’il ne le reconnaît pas non plus pour ceux qu’il prétend représenter, et auxquels il promet d’apporter la complétude, qui leur fait défaut. Quant à ceux qui souffrent du colonialisme, négateur de la subjectivité, eux aussi étaient pris auparavant dans une « lutte des classes », qui la faisait oublier et refouler leur statut de sujet. Avec la victoire temporaire du colonialisme, ils peuvent redécouvrir la subjectivité, et s’appuyer sur elle pour mener leurs luttes légitimes contre l’humiliation désubjectivante qui les assaille quotidiennement et constamment. Cependant avec la mise à bas du régime colonial, rien ne garantit que le respect plus ou moins grand accordé à la subjectivité pendant la lutte, persistera et demeurera. L’Histoire nous enseigne que les indépendances n’ont jamais apporté aux peuples qui les soutenaient, et ont combattu pour elles, les récompenses dignes de leurs sacrifices. Bien souvent, quelques charognards et autres prédateurs se sont accaparés le pouvoir par la force, et ont instauré des régimes, qui s’inscrivaient dans la nouvelle donne, dictée par la lutte des classes, faisant rage sur les plans local et mondial.

La perversion psychologisante de l’inconscient est une manière de réhabiliter le réalisme et le mécanicisme « scientifiques » de ceux qui se croient capables, grâce à leur savoir, de décrire une réalité, indépendante, telle qu’elle est, en en perçant le secret. La science, ainsi dégradée, devient le substitut de la religion : elles se rejoignent et se conjoignent dans la compétition pour la meilleure prédicativité. La stérilisation intellectuelle sévit alors, et les problèmes conceptuels nouveaux ne sont même pas perçus. « Naturellement » obsédés par la réalité en soi, confondue avec le réel, alors que nous sommes des êtres parlants, faisant partie intégrante du monde, la question qui vaut d’être posée, concerne non plus comment les choses sont dans leur essence, mais comment elles nous apparaissent, c’est à dire sous quels rapports il est possible de les relater, de leur donner existence, sans prétendre connaître et maîtriser leur essence. Cette logique, à l’œuvre dans la mécanique quantique, rejoint celle que l’inconscient met en place, sous la forme de la bande de moebius, qui précise l’articulation dialectique entre le local et le global. Ainsi, si au niveau local, l’envers et l’endroit sont bien distincts, au niveau global, lorsqu’on dépasse le niveau local, l’identité entre les deux s’impose, grâce à la continuité de l’un avec l‘autre. Toute métaphorisation, aussi complète en apparence ne se suffit à elle même. Elle ouvre la voie nécessairement à des suplléments qui ne la complèteront jamais. Ainsi il ne saurait y avoir de métaphore sans métonymie : l’une et l’autre sont différentes, mais toute métaphore subsume la métonymie qu’elle concrétise par son caractère infini, tout en préservant son caractère implicite. Cette logique procède da la structure subjectivede la subjectivité. C’est pourquoi, aucun ordre socio-économique et politique, quels que soient les pouvoirs qu’il s’arroge, ne peut venir à bout de l’ordre symbolique. Il se rappelle toujours, à un moment donné, au bon souvenir de ceux qui le refoulent et l’oublient, en produisant des théories au service de sa méconnaissance, faute de pouvoir le forclore, comme tentent de le faire les psychosés.

L’abord par LACAN des symptômes psychopathologiques ressortit au discours analytique, à travers son souci constant de subjectiver ceux-ci et des les libérer de leur réification par le savoir médico-psychologique , qui entrave l’accès à la vérité qu’ils contiennent. Cette vérité ne peut éclore sans leur restituer leur valeur singulière en tant qu’ils renvoient à l « ‘ex-sistence » de l’individu qui les porte, et à sa façon de mettre en jeu et en scène son propre manque à être, et partant son désir, que nul objet, quelle que soit la valeur qui lui est affectée, ne parviendra jamais à combler totalement, au risque de mettre en danger sa vie : la mort peut devenir la solution au manque à être, fondateur de l’ex-sistence.

L’inconscient excède en fait toutes les tentatives de mise à mort du sujet, qui tient à la pulsion de mort pour contrer toutes les illusions ontologiques, promettant la résurrection de l’être, avec tous les soutiens possibles et imaginables, ceux qui recourent à la prédicativité scientifique, comme ceux qui font appel à celle de la religion. Ainsi, la définition du progrès est dévoyé et galvaudé, puisque celui-ci est réduit à l’accumulation de connaissances, qui prétendent mettre fin à l’écart irréductible, séparant toute réalité du réel qu’elle induit. Dans ce contexte, dominé par les idéologies prédicatives, partagées par une grande majorité, l’Occident –malgré toutes les catatrophes qui ont jalonné son histoire, dont la dernière en date -la pire de toutes-, à savoir La Shoah, passe pour le modèle idéal et infaillible, qu’il s’agit de copier pour mieux renforcer l’illusion qu’il représente la voie royale de l’éviction du vide, via son colmatage, grâce à l’accumulation de connaissances, dont l’éclectisme prétend à l’exhaustion. Pourtant, elles ne cessent de mettre en évidence ce que les idéologies, qui les exploitent, refoulent sans arrêt, à savoir leurs limites intrinsèques, inhérentes à leur dépendance du signifiant, lequel met en jeu l’impossibilité comme une dimension structurale, issue de la subjectivité. Aussi, si une révolution se déclare sur le plan socio-politique, sans qu’elle s’accompagne d’une subversion anthropologique, qui mettrait en évidence la subjectivité et s’appuierait sur sa logique, on se condamnera à répéter des antiennes, qui finiront par aggraver les impasses théoriques et politiques, néfastes au peuple, toujours disposé à ingérer toutes les sornettes prédicatives et ontologiques, mises à sa disposition par les tenants de conceptions réductrices et univoques du savoir. (le savoir comme moyen idéal et irréfutable pour les adeptes du colmatage de l’écart, instauré par le signifiant, qui distingue réel et réalités tout en les nouant de telle sorte qu’aucune réalité, construite comme un rapport avec ce qu’elle tend à restituer, ne peut prétendre rendre compte de la totalité de ce qu’elle relate, comme une fin en soi, alors que grâce à elle, l’échappement est bien mis en évidence, permettant ainsi de la remettre en cause et en question, et partant de la dépasser).

 

 

 

La subversion anthropologique procède de cette logique qui promeut l’imprédicativité, fondée sur l’écart constitutif du signifiant, qui n’est jamais accolé « naturellement » à son signifié, de sorte qu’il permet à à la signifiance de tempérer les ardeurs paranoïaques de certains titulaires de savoirs, identifiés à des détenteurs de pouvoirs. Ils peuvent faire preuve de despotisme, pour se libérer de la signifiance, qui les perturbe. Malgré leurs multiples pouvoirs de la récuser et de la refuser, ils se heurtent à sa nature structurale. Ils n’en peuvent mais et se retrouvent parfois « Gros-Jean comme devant » (La Fontaine), sans pour autant lui céder. Ils pourront continuer à biaiser, avec l’assentiment de tous ceux et de toutes celles qui croient que vivre , se résume à n’avoir comme objectif que l’écrasement de l’incomplétude par le colmatage de cet écart et de sa corrélation subjective, à savoir la division entre le sujet et le moi, articulés, grâce à l’inconscient, de telle sorte que l’un ne peut se passer de l’autre, sans cependant se confondre. C’est parce que le moi propose ses énoncés et les exprime à ses façons, qu’une énonciation peut s’en déduire, comme un au-delà des significations premières, contenues dans ses propos, qui prêtent toujours à équivoque et suscitent de nombreuses interprétations. C’est d’ailleurs ce que l’on retrouve dans les histoires d’amour, produites par les poètes , qui ont inspiré le Chaâbi algérien (musique populaire), ainsi que la musique andalouse (musique « savante »). Ils nous rapportent les cas d’amants en quête de significations, quant à la passion amoureuse qui les tiraille. Leur démarche pour tenter de comprendre leurs propres sentiments qui les dépassent, auprès de sages, détenant un savoir pouvant les éclairer, grâce aux interprétations et au décrytptage du lien amoureux avec l’aimé, se solde bien souvent par un échec. Et l’incomplétude, liée au désir amoureux, devient source d’un plus grand malheur, qui résiste aux explications et aux onctions du savant. L’invocation de Dieu finit alors par la leur faire accepter : l’incomplétude, restitue l’humilité et devient l’assise de « l’ex-sistence » en tant qu’elle sauve le désir, par la reconnaissance de sa transcendance et de son indépendance à l’égard de tout objet, prétendant le réduire au silence. Dieu en devient alors le garant, en tant qu’il est le nom de celui qui n’est pas soumis au « manque à être », propre aux seuls êtres parlants, qui en sont affectés. Grâce à lui, ils peuvent se sortir de nombreuses impasses, dans lesquelles ils aiment à se fourvoyer, pour s’affranchir du réel et le démentir, en vain.

 

Amîn HADJ-MOURI

20 /09/19

 

 

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