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« Psychanalyse et politique »

Mail en date du 08-01-2015 (8H18) adressé par Amin Hadj-Mouri à Yann Diener à propos de la tuerie perpétrée à Charlie Hebdo contre ceux qui honoraient le signifiant.

Cher Yann,

Je viens d’apprendre sur France – Culture l’assassinat ignoble d’Elsa CAYAT, qui faisait partie des personnes massacrées à CHARLIE HEBDO. Je suppose que c’est avec elle que tu travaillais, dans le contexte particulier que tu évoquais lors de notre rencontre à Lille. Je te présente mes condoléances. Cet odieux attentat me renforce dans l’idée que plus que jamais nous avons à défendre le discours analytique, pour ne pas tomber dans le piège de ceux qui, implicitement et explicitement, tentent de le mettre à bas. C’est en tout cas ma façon de poursuivre le combat de ceux qui ont été abattus par l’obscurantisme, qu’il soit d’ordre scientifique et/ou religieux.

Bien à toi.

Amîn

 

 

Mail en date du 08-01-2015 (12h38) adressé par Amin Hadj-Mouri à Yann Diener à propos de la tuerie perpétrée à Charlie Hebdo contre ceux qui honoraient le signifiant.

Voici un petit texte écrit rapidement, en réaction à l’attaque meurtrière à et contre Charlie Hebdo

Les personnes tuées conservent, contre leurs meurtriers, leur condition d’êtres parlants, qu’ils sont incapables d’anéantir quoi qu’ils fassent. C’est pourquoi, malgré leurs forfaits, Charlie Hebdo vivra et les hantera.
La face effroyable et répugnante de ceux qui ne peuvent pas mettre à mort le signifiant, parce qu’ils le refusent, mais dont ils dépendent malgré tout, s’est manifestée au grand jour avec la mise à mort de ceux qui le mettaient en valeur et à l’épreuve, tous les jours et sous toutes les formes qu’il permettait. Ils montraient par là même la richesse de ce trésor, si précieux pour l’humanité. Ces odieux assassinats s’intègrent dans un vaste courant idéologique et politique, de type fasciste, qui accompagne les nouvelles évolutions du capitalisme, lesquelles ne se privent pas de recourir à tout ce qui ressortit au refus de la dépendance signifiante, que ce soit sous la forme scientifique ou sous la forme religieuse. Et ce n’est pas en leur opposant une puissance plus virile que la leur qu’on parviendra à les « terrasser », mais en insistant sans cesse sur ce qui est refoulé et démenti par les rapports sociaux, à travers des discours qui rejettent l’assujettissement signifiant et son corrélat: l’inconscient, et finissent par engendrer de tels drames.
La vanité de genre d’attentats meurtriers est flagrante: ils ont certes éliminé des vies, des personnes, mais ils n’anéantiront jamais ce qui caractérise l’espèce humaine, ce qui lui confère sa substance, tant qu’elle est sur terre, à savoir le signifiant et la parole, qui font la beauté de la vie des êtres ….irrémédiablement et irréductiblement parlants, qu’aucun « narcissisme des petites différences » ne pourra transcender.
A bientôt
Amîn

 

L’émotion et la compassion au service de l’indigence épistémologique (« passion de l’ignorance ») ?

En découvrant les arguments des uns et les contorsions philosophico-idéologiques de type humaniste – exclusives de l’inconscient – des autres, j’ai en fait trouvé la confirmation que le DA (discours analytique) est bien loin d’avoir réalisé, dans les milieux analytiques, la rupture épistémologique qu’il était censé produire.

L’antidote contre « la peste » est de plus en plus actif, et les « pestiférés » peuvent être stigmatisés à loisir par des idéologues de l’illettrisme.

Que la condamnation des crimes odieux perpétrés par des « salafistes »1, bras armés de mafias politico-financières régnant dans des sociétés féodales alliées de l’occident capitaliste, soit unanime, cela ne doit être entaché d’aucun doute, ni d’aucune réserve. Notamment les crimes à caractère antisémite. Mais que l’unanimisme « panurgiste » soit à l’origine d’une union, voire d’une unité sacralisant implicitement les raisons qui conduisent à ce genre de crime (puisque même le FN a sa place et sa part dans cette unité fussent elles restreintes), cela ne peut être conciliable avec l’éthique du DA.

La condamnation de ces ignobles crimes, qui se fonde sur le DA doit se distinguer de toutes celles qui sont faites au nom de conceptions idéologiques, dont la logique peut rejoindre, à un moment, celle qui a conduit à ce type d’ignominies. Sinon à quoi servirait le DA, si ceux qui sont censés le servir, s’en servent pour consolider des idéologies qui l’excluent et l’avilissent, qu’elles soient de droite ou « de gauche », c’est à dire de type social démocrate ou social libéral voire gauchistes.

Il s’agit plutôt de se demander, me semble t-il, comment introduire dans cette « unité sacrée » un peu de négation (dissensuelle) qui renvoie à la logique de l’inconscient pour que ces tragiques situations ne soient pas confisquées par des idéologues réducteurs qui participent indirectement à leurs rééditions.

Ce travail est attendu des psychanalystes qui doivent assumer la responsabilité de mettre en jeu l’inconscient là ou tous les autres redoublent d’effort pour l’évacuer et en épurer les rapports sociaux, comme le souhaite le capitalisme dans sa domination outrageuse, au point d’amener ceux qui le contestent consciemment, de se coucher devant lui, à ses pieds, acceptant la soumission à la paupérisation intellectuelle ajoutée à la paupérisation économique. N’est-ce pas pour cette raison, entre autres, que maintes cures se réduisent à des opérations de conversion(s) idéologique(s), libérées de tout « ab-sens » ?

A suivre, si c’est nécessaire

Amîn Hadj-Mouri

15 Janvier 2015

1 – A l’instar des miliciens fascistes de le deuxième guerre mondiale, en France et dans d’autres pays européens, ces « rebuts » des rapports sociaux que le capitalisme impose, sont recrutés dans les bas-fonds des sociétés que ce système organise et met en place, pour être « recyclés » avec le concours de réseaux politico-financiers mafieux qui usent de certaines lectures du Coran et des propos du prophète, concoctées et véhiculées par des officines asservies à des régimes féodaux qui partagent allègrement les « fruits » de l’exploitation capitaliste avec leurs alliés de l’occident. A chacun sa parade contre l’inconscient, à chacun son « paradis » !

 

 

 

La colère, la tristesse, tous les sentiments suscités par ces tueries ne doivent pas nous faire tomber dans les ornières idéologiques les plus nauséabondes et les plus dangereuses, qui se glissent insidieusement sous couvert  d’«unité ». Si les condamnations sont majoritaires, tant mieux. Mais ce sont les spécificités de chacune qui deviennent intéressantes pour mettre au jour ses fondements.

Aussi, à quoi servent, quant à la consolidation de la logique et de l’éthique du DA, les inepties essentialistes, simplistes, voire racistes, proférées par des « analystes », ignares de ce qu’il n’y a pas d’intrinsèque, en soi, sans extrinsèque. Le signifiant est libérateur de l’immanence!

Outre le pervertissement aggravé du DA en idéologie, ces inepties témoignent que la surenchère idéologique, qu’elles nourrissent et étaient, consiste à s’opposer sur un mode hystérique, rejoignant par là même la logique des conceptions qu’elle croit combattre (logique de la partition et de la ségrégation par l’essentialisme) mieux que d’autres serviteurs du DA, identifiés à des dupes. On sait -l’histoire nous l’a appris et nous l’apprend encore- ce qu’il advient de ces malins, à qui « on ne la fait pas », ces non dupes de l’inconscient.

Pour éviter toute dérive essentialiste mieux vaut continuer à soutenir et à faire valoir qu’il est faux de dire que « je suis Charlie », tout comme il est faux de dire que je ne suis pas Charlie, confirmant ainsi que la « psychanalyse traite des énoncés faux et irréfutables » (LACAN)

Il et quand même navrant que des analystes se réclamant de FREUD et de LACAN ne soient pas à la hauteur de l’éthique du DA, qui tient grâce à la moebianité de l’identité (globale) et de la différence (locale), afin de subvertir les idéologies qui se voudraient exclusivement bilatères (symptômes). C’est parce que nous sommes tous-et chacun- des « parlêtres »(identité), que nous sommes différents. Et même si cette différence se réifie dans un « narcissisme des petites différences » (FREUD) pour nier cette identité foncière, elle ne parviendra jamais (pour des raisons de structure) à l’anéantir, quels que soient les massacres que cette essentialisation fétichiste pourra entraîner.

La lutte à mort que se livrent les tenants des métaphorisations d’un fondement qui les détermine en leur échappant irrémédiablement, laissent accroire que leurs conceptions sont capables d’obturer et de panser, en mésusant de Dieu et/ ou de la science, par exemple, le « troumatisme » de la perte irréductible et irréversible de l’être.Cette « béance causale » (LACAN) éternelle est actualisée par le signifiant, qui confirme, via la parole, le principe si précieux de la« non-identité à soi ».

 

Amîn Hadj-Mouri

20 Janvier 2015