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Réponse au Texte de B.LAURIE « Guérir du symptôme psychique »

RÉPONSE AU TEXTE DE BENOÎT LAURIE : « GUÉRIR DU PSYCHIQUE »

L’écrit de Benoît LAURIE requiert, si l’on en fait une lecture critique approfondie, de s’arrêter quasiment à tous les paragraphes, pour souligner maintes ambiguïtés et soulever des questions qui permettent d’élucider celles-ci.

Je me contenterai ici de reprendre certaines de ses propositions, de les commenter et, éventuellement de les discuter. Il appartiendra ensuite à chacun de poursuivre le travail, en apportant ses commentaires et autres critiques. Comme toujours, c’est en s’appuyant sur les élaborations des uns, que d’autres peuvent avancer et construire les leurs, si tant que les idéologies qui les habitent, ne les inhibent pas trop. Proposer ses lectures et ses interprétations peut conduire à mettre au jour des divergences et des désaccords –plus ou moins importants- qui mettent à mal l’impensé dont raffolent les idéologies ferventes d’ontologie et de raison sphérique, au bénéfice du moi et au détriment du sujet, sa négation. Cependant, fonder de nouvelles constructions, aussi problématiques soient-elles, permet à la pensée d’être continûment animée et mobilisée contre les méfaits de l’impensé, qui, s’il lui est nécessairement associé, ne doit pas la dominer et la juguler.

Comme le précise LACAN dans Télévision, « la guérison, c’est une demande qui part de la voix du souffrant ». Mais de quoi le « souffrant » souffre-t-il ? Qu’est ce qui peut le faire souffrir et qui l’amène à s’adresser à quelqu’un qui le libèrerait, sinon le soulagerait de cette souffrance qu’il est le seul à vivre et à éprouver, et à savoir en dire –difficilement- certaines choses ?

Pour répondre à ces questions préliminaires, il convient tout d’abord de lever les ambiguïtés liées aux termes utilisés, qui prennent des significations particulières, selon les discours auxquels ils sont intégrés. Ainsi, si le souffrant se plaint, à partir de la position que lui confère le DM (discours du maître), c’est peut être que son infatuation est mise à mal. La lecture que peut en faire le discours médico-psychologique se fonde sur sa conception de l’individu qui ne doit souffrir d’aucune façon une quelconque division ni atteinte de son unité, et par là même de son infatuation, qu’il s’agit de réparer, quitte à convoquer tous les savoirs possibles et imaginables qui se concurrencent, sur le marché de « la folie de guérir », pour proposer, voire prescrire la meilleure réparation de cette souffrance. De cette lecture, qui privilégie une position subjective, on peut retirer une question théorique et méthodologique qui concerne par exemple les rapports de causalité, entre les effets constatés et l’agent causal qui les détermine. Ces rapports de causalité s’inscrivent dans une logique dont la spécificité se manifeste dans un discours qui intègre ou pas l’inconscient en tant qu’il subvertit la raison mise en jeu dans la quête de la cause, comme le traumatisme, qui expliquerait leur survenue et les manifestations qui en découlent. Ainsi, les théories de la causalité et le savoir qu’elles diffusent pour guérir du « traumatisme » et de ses conséquences, s’inscrivent en faux et accentuent le refoulement et la méconnaissance du « troumatisme » inhérent à la dépendance du symbolique et à la signifiance comme matrice de tous les sens, dont celui qui accorde la prééminence au traumatisme en tant qu’à priori universalisé par le discours médico-psychologique, prétendant apporter des « solutions » pour s’en « libérer », alors que la valeur donnée à l’événement qui le suscite, procède d’une interprétation qui lui donne un sens, resté intouché dès lors que le facteur causal est circonscrit et repéré sous la forme d’un en soi, aux conséquences funestes. Cette raison prend les choses pour ce qu’elles sont : elle promeut l’objectivation et la réification en mettant en avant des savoirs préétablis, qui se débarrassent allègrement du signifiant lequel, même s’il ne l’exclut d’aucune façon, incite à la renverser en la subvertissant. Aussi, n’importe quel symptôme cesse d’être objectif, dès lors qu’il est « parlé », rapporté, relaté, voire confié. Il renvoie à une position subjective qui rend compte de la place qui est accordée au sujet, à travers la plainte et la souffrance qu’elle rapporte. L’assomption d’une position subjective, via le symptôme, s’avère d’autant plus difficile que ce dernier tente d’évincer le sujet, et la division qui l’accompagne, laquelle fait d’autant plus souffrir que la complétude du moi se voit compromise, malgré tout ce que l’aliénation sociale propose comme illusions objectales (psychotropes, relaxations, hypnoses et autres « quincailleries » dites thérapeutiques) pour continuer à faire croire que, parce qu’un savoir a désigné et « dompté » l’agent causal traumatisant, la division subjective, « troumatisante » se retrouve suturée, alors qu’elle est indépassable Elle se montre d’autant plus douloureuse que les promesses de la maîtriser s’avèrent, à terme, vaines. La question qui émerge alors, revient à se demander pourquoi malgré la maîtrise du prétendu agent causal, « ce qui cloche » persiste et finit, paradoxalement, par s’imposer grâce au symptôme, qui se voit dès lors condamné à la chronicisation, tout en mettant en échec ses « éradicateurs », dont le souci de le supprimer prévaut sur sa lecture la plus exacte possible.

Faire intervenir la subjectivité dans cette lecture implique d’abord de mettre en cause le savoir qui croit détenir la signification du symptôme, et dépossède par là même celui qui le porte, de tout savoir susceptible de l’éclairer. Il s’agit là d’opérer une coupure qui implique un choix de rationalité, soutenant un travail critique, fondé sur une dialectique inédite impulsée par la négation propre à l’inconscient. Cette négation admet les discours qui la refoulent, voire la forclosent, pour les subvertir à partir de leur dépendance du symbolique, dont l’incomplétude les transcende tous, quels qu’ils soient et quelles que soient leurs prétentions, renforcées par l’aliénation sociale, à l’œuvre notamment dans les institutions médico-sociales, où les batailles idéologiques autour de l’infatuation moïque, font rage, au détriment de la mise au point de lectures adéquates du symptôme. Les coupures, opérées dans les savoirs grâce aux critiques qui en sont proposées, consistent en des évidements rendus possibles par la mise en jeu du primat du signifiant, lequel permet de lever la confusion entre la signification et le signifié. C’est ce que FREUD n’a cessé de faire pour libérer la subjectivité de l’emprise des conceptions médicales, qui lorsqu’elles se voient mises en échec par certains patients, péjorent, banalisent voire disqualifient leurs manifestations, comme l’a fait BABINSKI pour les hystériques, considérées comme des simulatrices.

Invoquer le sujet ou la subjectivité, c’est se référer ipso facto à une raison et à une logique qui favorisent les coupures permettant de mieux lire les symptômes en tant qu’ils sont composés d’éléments, relevant de dimensions différentes nécessitant leur distinction, qui n’exclut aucunement leur identité structurale. Celle-ci s’impose grâce à une mise en continuité moebienne, qui dépasse l’opposition stérile, nourricière de la sphéricité et de la prédicativité, dont les apôtres et les adeptes rivalisent de stratagèmes idéologiques, pour les protéger contre la menace de l’incomplétude, inhérente au sujet. Il brave et transgresse la toute-puissance du moi, à laquelle s’ajoute la force du surmoi, perverti en allié de l’aliénation sociale (cf. les impératifs éducatifs parentaux, scolaires et sociaux).

L’équivocité du symptôme réside dans la tentative de sacraliser le moi, dont la vanité se fait jour -en fonction du travail de lecture qui lui est proposé, et s’il consent à s’y soumettre- en même temps que la signifiance s’affirme en cessant d’apparaître comme dangereuse et humiliante pour le moi, toujours résistant et rétif à accepter sa place, en cohabitant avec le sujet et, dès lors, en cessant de le censurer, conformément aux injonctions propres à l’aliénation sociale et à la doxa qu’elle façonne en ne retenant que la bi-dimensionnalité, favorable à la débilité (conceptions ontologiques différentes quant à la réification, mais réunies par leur rejet du non-être et du manque à être). Paradoxalement, le symptôme « court » après celle-ci pour la recouvrer, en s’adressant à ses spécialistes, tout en recelant les conditions de l’abandon et du dépassement de la demande initiale. Mais ce « progrès » n’est possible que si la raison (le motif + la logique) qui motive la demande initiale est « travaillée » au point qu’elle accepte désormais (mais sans garantie aucune) d’entendre ce qu’elle ne voulait rien savoir, par méconnaissance et par refoulement (secondaire) de ce qui aurait pu la « polluer » et la subvertir, à savoir l’inconscient en tant qu’il entrave le bonheur, identifié au rapport sexuel, conçu comme délié d’une impossibilité structurale, qui est en fait à la base de son défaut radical et irrévocable. Réhabiliter la subjectivité ou le sujet permet de rendre pensable (contre la débilité) ce qui était auparavant refusé, au nom d’une conception ontologique inébranlable, qui se fissure à l’occasion de la manifestation du symptôme. Implicitement, ce dernier incite à faire appel à une conception ontologique et réifiante plus assurée, auprès de spécialistes, qui, en maintenant cette demande, sans en changer les termes, aboutissent à des impasses, parfois dramatiques, quel que soit l’âge du « souffrant ». Alors que le symptôme peut devenir l’occasion rêvée pour remettre en cause l’aliénation sociale et la doxa sphérique, en fonction de la lecture qu’on en produit, il peut au contraire s’aggraver et se chroniciser par le renforcement du caractère étranger du sujet, duquel le moi tend à se couper, voire à se cliver, pour s’assurer en vain une complétude factice.

Or, guérir revient à réhabiliter et à faire valoir, grâce à la parole, la signifiance qui soutient et définit l’incomplétude en tant qu’elle procède de la dépendance du symbolique, dénoncée par tout symptôme qui revendique et part à la conquête de la fin du défaut de rapport sexuel, pour atteindre le bonheur total. La difficulté consiste à accepter cette revendication et de la subvertir progressivement à partir de ce qu’elle consent à libérer d’éléments qu’elle contient et enferme, et qui contribuent à dépasser les résistances contre le primat du signifiant, parmi lesquelles les tendances sado-masochistes, requises par la censure contre l’avènement du sujet, qui se soldent par une culpabilité sous-jacente, nourricière du symptôme.

Le discours médico-psychologique –avec toutes ses variantes humanistes niant le sujet de l’inconscient- ne peut pas prendre en compte sérieusement la négation mise en œuvre par l’inconscient, qui « pollue » et trouble la raison sphérique, gage de béatitude. Sa raison d’être et toute son organisation interne, consistent à mettre au point une censure efficace (pragmatisme) contre la signifiance et la logique asphérique qu’elle impulse. Celle-ci se révèle menaçante pour les illusions de complétude ontologique que ce discours ne cesse de faire miroiter en recourant à tous les stratagèmes possibles et imaginables, du charlatanisme le plus vil (coaching) jusqu’à la psychochirurgie, en passant par toutes les techniques usant de la suggestion, au service de la conversion.

Soumettre à la critique assidue et régulière, le savoir qui prétend récuser et/ou contenir la signifiance, permet de mettre au jour que celle-ci détermine celui-là, malgré le refoulement qu’il lui oppose. Le symptôme finit par révéler que sa quête initiale contient en vérité une base indépassable, qui ressortit à l’impossible, dont la récusation incessante met de plus en plus au jour son caractère irrévocable, qu’il ne faut surtout pas reconnaître ni accepter, selon le degré d’aliénation sociale en cause.

Le symptôme dit psychique ressortit à la subjectivité, dans le sens où il représente une manière particulière de rendre compte de la structure subjective, fondée sur un nouage borroméen des trois dimensions RSI, (réel, symbolique, imaginaire) assuré par le vide, qui introduit une temporalité spécifique : une continuité et une permanence subsumées par des discontinuités (métaphores) qui, tout en la dissimulant, ne l’anéantissent pas. C’est le temps de l’inconscient qui articule la continuité avec les discontinuités, qui l’oublient certes, sans pour autant l’anéantir. La transcendance du vide caractérise cette temporalité de l’inconscient, qui est récusée par le symptôme, alors qu’il ne peut s’en départir, même s’il trouve des « spécialistes » qui partagent son refus et prétendent l’éradiquer grâce à leur savoir sphérique, exclusif de l’insu qui le fonde. Le symptôme subjectif a le mérite de montrer qu’il peut mettre en échec le savoir qui cherche à l’éradiquer et à lui substituer une complétude encore plus angoissante. Il requiert un respect et invite à sa construction, pas à pas, pour qu’en même temps le « bien dire » facilite la déconstruction des éléments qui le constituent et font écran à la vérité, insaisissable et immaîtrisable par l’addition des prétentions du savoir médico-psychologique à réduire à néant « ce qui cloche », et qui échappe irrévocablement. Aussi, n’est ce pas le savoir du « spécialiste » qui dissout le symptôme subjectif, mais le symptôme lui-même qui, en se construisant grâce à la déconstruction des présupposés le constituant, va servir par là même, à évider le savoir prétendant le dompter et l’éradiquer. L’insu, désormais mis en avant, servira à libérer le savoir contenu dans le symptôme, lequel savoir viendra confirmer l’échappement de la vérité et le perpétuel insu, qui fonde tout savoir en le maintenant inachevé, et appelant à son progrès. Ce savoir, libéré par le travail auquel est soumis le symptôme, transcende en fait celui du « spécialiste », comme celui du « souffrant » qui privilégie celui de ce dernier pour ne pas avoir à faire l’effort d’évider le sien propre, et rencontrer in fine l’insu essentiel, inhérent à l’échappement que cause la mort définitive de la matérialité « objective » de la chose, laquelle existe dès lors par sa nomination et son intégration dans l’ordre symbolique.

Les infortunés progressistes humanistes contribuent à méconnaître que « l’amour est le don de ce qu’on n’a pas » (LACAN). Ils croient que leurs conceptions sont les meilleures pour mettre fin au défaut de rapport sexuel, indéfectiblement lié à l’ordre symbolique, dont l’incomplétude et l’échappement qu’ils engendrent s’avèrent insupportables et menaçantes pour la paranoïa et l’hypertrophie du moi que le savoir accentue considérablement. Les idéologies éradicatrices du défaut de rapport sexuel, confondent la bataille menée contre le symptôme subjectif avec les luttes légitimes consistant à atténuer le plus possible les affres de l’aliénation sociale, qui aggrave le symptôme en réifiant la subjectivité, en vain. Aussi l’humanisme apparaît-il comme une ontologie réifiant de manière universelle l’homme, en le délestant de la subjectivité. Ainsi, il contribue au renforcement de l’aliénation sociale, qui incite à se déprendre du sujet et de la division qu’il fait subir au moi, lequel compromet l’existence et aggrave le symptôme en tentant de s’adapter à celle-ci et à ses impératifs de plus en plus despotiques et totalitaires. (cf. les rapports entre le surmoi et l’éducation chez les enfants). Le symptôme est porteur d’une conception du monde et d’un lien social, c’est à dire d’un discours qui, même s’il ne souffre pas le sujet et a tendance à faire une place de choix au moi, présente quelques ébranlements, propices au questionnement, qui doit prendre le pas sur l’urgence de l’éradication de la souffrance. Ce questionnement, associé à la construction du symptôme, permet à ce qui est perdu, suite au travail de précision et de correction, basé sur les éléments libérés, de se transformer en gain précieux pour asseoir son existence. Dès lors, une conception du monde, qui ne se résume plus à une adaptation à l’idéologie dominante, devient possible. La négation, mise en œuvre par l’inconscient, marque de toute façon le symptôme, même s’il s’acharne à la dénoncer comme polluante, sous la féroce insistante et conjuguée du moi et du surmoi.

Le symptôme accentue et amplifie cette opposition entre l’aliénation sociale et l’aliénation symbolique ou signifiante, qui, si elle distingue bien le moi de sa négation qu’est le sujet, les articule dans le sens où l’un ne peut se passer de l’autre, selon une mise en continuité qui récuse la logique exclusive de l’aliénation sociale, soucieuse d’en finir avec le sujet, pour éviter d’être confronté à l‘inconscient et à ses formations. Le totalitarisme de la complétude, exclusive du sujet, souvent généreux quand il se drape dans l’humanisme, bafoue la finitude de la structure subjective, qui se caractérise par une dynamique d’ouverture et de fermeture, garantissant l’indécidable qui fait écho à l’imprédicativité. Grâce à la mise en évidence de celle-ci, qui concrétise la structure signifiante, l’inscription, voulue par l’aliénation sociale, dans des rapports sociaux de plus en plus pervers, la débâcle psychotique peut être entravée. Elle fait obstacle, autant que faire se peut, aux efforts des éducateurs de tout poil, spécialisés ou non, qui se soucient très peu de ce « bien dire », obnubilés qu’ils sont par dire le bien, conformément à la morale et au surmoi écrasant, dopé par l’aliénation sociale. La morale et ses préceptes pervertissent la fonction du surmoi en le mettant au service de l’exclusion du sujet, alors qu’il est censé représenter l’interdit structural, dont la limite se voit bafouée par la soumission à des séries d’interdits, destinés, sous couvert d’hygiène mentale, à lutter contre les « pollutions » émanant de la négation de la toute-puissance du moi : l’inconscient. Aussi, d’une manière générale, la psychiatrie, tombe-t-elle entre les mains de « fous » en tant qu’ils sont les fervents agents de l’aliénation sociale, qui leur doit une reconnaissance sans bornes, en les choyant d’autant plus qu’ils masquent les méfaits de celle-ci, en compagnie des « ramasse-miettes » du discours médico-psychologique.

Les idéologies, exclusives de la logique asphérique, qui infestent leurs connaissances, les rendent incapables d’aider tous ceux qui se débattent contre leur « maladie », et n’en comprennent pas bien les raisons causales, alors qu’ils sont de plus en plus contraints à s’adapter à elle, et de mieux en mieux, puisque dès lors qu’ils sont étiquetés de « malades », ils n’ont plus qu’à se soumettre à cette assignation, qui leur vaudra quelques avantages, pour le moment du moins. Essentialiser la différence par le biais du savoir médico-psychologique, permet à ces « fous » d’exclure l’identité paradoxale des « parlêtres » : ils confondent le particulier avec la singularité, qui ramène tout caractère exceptionnel à sa nature ordinaire. Ils ouvrent ainsi la voie aux dérives racistes qui réunissent aussi bien les tenants de la différence essentialisée que ceux qui la nient totalement et catégoriquement. Ces effets catastrophiques proviennent de l’exclusion de la logique unilatère de la subjectivité qui tient compte du bilatère comme une nécessité, et dont l’évidement, lorsque le symptôme devient un prétexte à l’expression de cette dernière, assure sa renaissance. Même maintenue sous le boisseau, et contrainte à demeurer implicite, la subjectivité est constante et permanente, continue. Elle est constamment régénérée par le vide que met en jeu la chaîne signifiante, à partir de l’équivocité et de la polysémie, qui confirment la disparition définitive de l’essence des choses, dont l’existence tient à leur nomination, créatrice aussi bien d’un vide, appelé à constituer le fonds-même de celle-ci. Le symptôme vient en quelque sorte, à un moment donné mettre au jour, à travers une plainte et une souffrance, la discontinuité à laquelle il a procédé pour « troubler » cette continuité, et partant la questionner quant aux rapports qu’elle promeut, et qui font l’essentiel de l’existence.

En participant à la construction du symptôme, avec toutes les conséquences que cette tâche laborieuse implique, la cure analytique permet de refonder la raison et l’entendement qui passent d’une hostilité, censurant la signifiance, vécue et interprétée comme une menace pour les illusions de la complétude du moi, à une levée de l’inhibition qui facilite l’effectuation de coupures et de scansions, donnant lieu à des articulations nouvelles, au service de l’asphéricité, qui renoue avec le primat du signifiant en privilégiant des nouages inédits, orientant désormais l’existence vers de nouveaux horizons. Passer par ce bouleversement épistémologique, laisse inévitablement des traces quant à la façon de s’inscrire dans des rapports sociaux, qui ne veulent rien entendre de l’inconscient, mais dans lesquels il faut quand même prendre place, en restant le plus possible la « dupe » de ce dernier, pour mieux contrer et refuser les hochets offerts –pour services rendus et bonne adaptation- par les maîtres de l’aliénation sociale, parmi lesquels se comptent de nombreux psychanalystes et maints regroupements de ceux-ci.

En conclusion, parmi les nombreuses déclinaisons du symptôme que j’ai évoquées ici, je retiendrai celle-ci qui les résume : le symptôme met à l’épreuve le moi en l’exposant à l’altérité, qui le décentre. En luttant contre celle-ci, il rend incompréhensibles les manifestations qu’il exhibe, et dont il se plaint à un autre, qu’il croit armé, pour l’aider à se libérer de l’Autre. Cette altérité radicale, qui renvoie au vide, implique une imprédicativité, dont l’advenue émerge progressivement de la prédicativité, initiée, voulue par le désir. En effet, cette dernière consiste en une quête de la plénitude, induite par le manque à être, issu de la Loi (interdit de l’inceste). Elle convoite un objet dans ce sens et, au fur et à mesure, finit par respecter cet «  inter-dit » qui se traduit par un ratage indépassable et protecteur contre les assauts de l’angoisse. Autrement dit, la prédicativité, revendiquée par le symptôme, bute sur le ratage de l’objet qui la sanctionne en quelque sorte, et lui impose l’imprédicativité, contenue par le symptôme, et sans lequel elle ne sautait advenir « naturellement ».

25 février 2018