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DANS TOUT MAL(MÂLE)ENTENDU, LA FEMINITE EST TOUJOURS INSUE, MAIS INATTENDUE : ELLE INDIQUE QUE LA « PERE-VERSION » EST BIEN L’ENJEU DU « DISCORD » !

« Qu’il faille faire avec la médiocrité, c’est à dire la tyrannie du bilatère, surtout s’il est assorti de moralisme humaniste, est une chose imparable, voire nécessaire. Mais se laisser gagner et imbiber par elle, par confort et adaptation sociale, est un outrage pour la subjectivité et son éthique !»

« L’intelligence consiste en l’occurrence, en la subversion de cette médiocrité, afin de limiter son emprise et de s’en libérer un tant soit peu ! Elle ne consiste pas à remplacer un moralisme humaniste par un autre, mais à subvertir le bilatère en le négativant, c’est-à-dire en rappelant la négation qui le constitue, et permet sa déconstruction tout en ouvrant l’accès à un autre discours, censé être désormais plus respectueux du « dire », auparavant oublié, refoulé, malgré les effets concrets qu’il génère. » (Réflexions produites durant certaines séances de cartels).

Le sujet a partie liée avec le « discord » qui renvoie à la lettre en tant qu’elle vectorise le « trait unaire » et l’inscrit en même temps qu’elle- même subvertit le corps. Cette incorporation élève ainsi ce dernier à une sexualité inédite et spécifique aux êtres parlants, privés à jamais du rapport sexuel. Le discord renvoie donc à l’unarité qui réunit et rassemble les êtres parlants à partir de la particularité de chacun (e ). Quant à leur singularité, elle procède de l’articulation dialectique entre cette dernière et l’unarité, éloignant ainsi tout a priori universaliste, présupposé et préétabli, qui rejoint en dernière instance l’univocité du bilatère, et sa médiocrité. En faisant écho à l’Un ou à l’unarité, le « discord » s’avère indispensable à la moebianité du discours analytique.

Faire communauté consiste donc à partager le « discord » et à s’en soutenir pour rapporter tous les désaccords à la signifiance qu’il entretient sans relâche. Ainsi, s’appuyer sur ce discord permet un passage vers une modalité du collectif qui remet en question la vulgate et la parlure lacaniennes, que des idéologies humanistes ont vite fait de reprendre à leur compte en vue de tenter de mettre à bas la radicalité de la moebianité du discours analytique. Centrée et fondée sur la pulsion de mort, cette dernière met en œuvre des formes de littoralité que traduisent les pulsions. Elles sont issues du manque à être et finissent par le confirmer en rencontrant sur leurs trajets les objets visés et convoités, qui procurent en dernière instance le ratage, nécessaire à leur relance. Ce ratage concrétise la « tuche » et témoigne de l’implication de la pulsion de mort comme garante du sujet, dès lors qu’elle anime « l’automaton », propre au « manque à être ». Le « bon heur (t) » avec la signifiance rend le symptôme sensible au « chaos » qu’elle cause dans les conceptions qui servent à lui résister, à la contraindre et à la contrarier afin de la mettre définitivement en échec. Les idéologies « colmateuses » du défaut et de la faille qui donnent sa consistance à la signifiance, poussent à une prédicativité de plus en plus envahissante et violente à l’encontre de celle-ci, considérée comme un obstacle au progrès, dont l’objectif est de mettre fin à l’impossibilité du rapport sexuel , « inter – dit » par les êtres parlants eux-mêmes, quelles que soient les illusions qu’ils partagent et mettent en commun pour ne rien vouloir savoir de ce qui détermine les positions qu’ils choisissent. Le « discord » est bien l’assise de leur communauté ! Leurs accords et /ou leurs désaccords, quel que soit le nombre de ceux et celles qui les partagent, ne mettent aucunement fin à ce « discord » structural, inhérent à la dépendance du symbolique.

Les pulsions rendent compte de l’inscription corporelle de la lettre en tant qu’elle subvertit son fonctionnement « naturel » en faisant advenir une sexualité dont la spécificité revient à rendre impossible « le rapport sexuel ». Cette impossibilité, à la source de la libido, est également partie prenante de la littoralité : elle entre dans sa détermination et prend part à la moebianité et à ses divers modes d’expression qui renferment l’énonciation. La lettre déprend le corps de son déterminisme biologique total et instaure le « manque à être » que le signifiant confirme en le mettant à l’œuvre dans tout énoncé. Son inscription dans le corps, grâce aux échanges avec l’autre, est  « troumatisante » et propice à la mise en place d’une altérité, alimentée par une division qui articule une séparation définitive d’avec l’être, et une aliénation qui rend irrévocable la dépendance du symbolique en tant qu’elle met en jeu les dimensions de l’imaginaire et du réel. Les tours et les atours qu’impulse le fantasme dans sa quête conjonctive et prédicative n’épuisent jamais les possibilités qui s’offrent pour qu’une demi torsion, appliquée aux énoncés bilatères, spécifiques du discours du maître, se produise et ouvre la voie à une mise en continuité permettant le quart de tour qui signe le passage à un autre discours. Cette opération remet à sa juste place le vide, issu de la dépendance du symbolique et du primat du signifiant (S2), nécessaire à l’avènement de la signifiance ou de l’intension (S1) , dont la subsomption par l’articulation des signifiants est imposée par la structure subjective. La signifiance se rappelle toujours au bon souvenir des locuteurs et interlocuteurs, continuellement confrontés à la polysémie et à l’équivocité signifiantes, inductrices de malentendus, qu’aucun discours ne saurait supprimer, mais que tous les discours ne respectent de la même façon.

La dialectique que noue la mémoire avec l’oubli est inhérente à l’existence du sujet. Elle contribue à confirmer une fois pour toute le dépassement de l’ontologie en permettant à la négation d’articuler le moi et le sujet (ni le moi seul, ni le sujet seul, mais l’un pas sans l’autre), selon une logique littorale qui fait écho à la moebianité de la structure, quel que soit le caractère fétichisé des énoncés prétendant colmater aussi bien le « manque à être » que son corrélat, à savoir l’écart irréductible entre le signifiant et le signifié. La  « béance causale » ou constitutive de la subjectivité procède de l’inscription de la lettre dans le corps. Elle est oubliée derrière les tentatives de recouvrement de l’unité et de la totalité, grâce aux stratagèmes imaginaires, répondant aux impératifs ontologiques, dictés par le moi et le surmoi pour tenter en vain de suturer cette béance fondatrice du sujet, qui met en jeu une altérité essentielle, sans laquelle il ne saurait y avoir de vie « psychique » ou subjective.

La moebianité n’opère que si la « père-version », induisant la féminité, confirme définitivement la dépendance du symbolique et son incomplétude qui résiste à tous les stratagèmes ontologiques relevant de l’imaginaire. Cette « père-version » concrétise la « béance causale » en tant qu’elle est partagée par tous les êtres parlants, quels qu’ils soient et malgré toutes leurs tentatives pour s’en démarquer et s’en affranchir. Ainsi, toutes les idéologies à visée ontologique, aussi violentes et féroces soient-elles, tout comme les psychotiques avec leurs pathologies, ne parviennent à s’en libérer.

Trivialement, je dirais que le rappel du « dire » ou du « qu’on dise », opéré par l’acte analytique, induit et applique une demi-torsion au bilatère, qui révèle sa continuité dialectique avec l’unilatère moebien. Cette demi-torsion, inhérente à la négation que draine l’articulation signifiante, requiert une coupure préalable qui introduit une dialectique inédite entre les différences locales et l’identité globale. Ainsi, le passage du bilatère à l’unilatère, qui n’exclut ni ne supprime celui-ci, permet la résolution de l’impasse que représente le symptôme. Il favorise par là même le quart de tour, propice au changement de discours en tant qu’il témoigne de l’amour voué à « l’a-mur », que le transfert entretient en contribuant à « père-vertir » la quête ontologique, indissociable de tout énoncé prédicatif. La subversion consiste donc à articuler l’unarité avec la « père-version » pour que le sens commun se libère des significations idéologiques qui entravent la moebianité, conférée par la structure signifiante à tout discours. Si cette moebianité implique un « entre-deux », ce dernier ne correspond en rien à la valse-hésitation de l’obsessionnel qui refuse à sa manière le « ni…ni »,qui fait écho à « l’un pas sans l’autre » et inversement. La moebianité confirme et assoit l’unarité en tant qu’elle articule la négation avec le « Nom(non) –du –Père »

Le transfert, inséparable de l’acte analytique, est censé renverser la signification de l’amour qui le réduit au moyen idéal pour conjurer « l’absence de rapport sexuel » : il permet le passage de l’amour exclusif de « l’a-mur » à l’amour fondé et soutenu par celui-ci, qui perturbe, en la subvertissant, l’adaptation sociale en tant qu’elle est opposée –par les idéologies- à l’ordre symbolique et à ses conséquences. Ainsi, le transfert libère des « duels » qui consistent à opposer un « bilatère » à un autre « bilatère ». Il ne saurait promouvoir une conversion et une adhésion à un « bon » bilatère, appelé à se substituer à un précédent, considéré comme « mauvais », à partir d’une référence à un savoir, peu soucieux de métonymie.

L’acte analytique consiste donc à mettre en oeuvre une moebianité, refoulée et contenue par le discours du maître qu’il s’agit alors de subvertir à partir de ses propres dénégations, parmi lesquelles se range le symptôme, qui contribue à la contention de l’articulation signifiante, soutenue et déterminée par la métonymie. Les colmatages divers du symptôme, qu’ils soient chimiques et /ou idéologiques, empêchent le cours de cette dernière : ils intensifient le transfert imaginaire ( par exemple, l’empathie dont les spécialistes des relations et des ressources humaines, et autres « psys du coeur », nous rebattent les oreilles) pour dévoyer la béance, qui interdit radicalement le rapport sexuel. S’appuyer sur le discours du maître pour qu’il donne libre cours à ses fictions et à ses constructions, participe à sa subversion. La mise au jour progressive de la métonymie qui le soutient, favorise le transfert en mettant l’accent sur sa dimension symbolique, maintenue insue par les demandes de colmatage, véhiculées par le symptôme, dans le but d’en finir avec l’impossibilité qui caractérise le rapport sexuel, méconnaissant aussi par là même, le fait que cette limite indépassable, rend possible le « plus de jouir ».

Cette modalité de transfert bat en brèche les résistances et les mises en échec de l’Autre, notamment lorsqu’il renvoie au vide qui le constitue, et qui est partagé par tous les êtres parlants. Mettre en commun l’Un fait partie intégrante de l’acte analytique qui, sur cette base, favorise l’advenue de la singularité. Pas de singularité possible sans appréhension sérieuse du désir et sans déconstruction assidue de relations objectales d’autant plus fétichisantes qu’elles accentuent les illusions ontologiques ! C’est ainsi à mon sens que l’acte analytique inclut la moebianité : il la concrétise pour mieux souligner ses liens avec la dépendance du symbolique, qui caractérise tout « être parlant », et tous les « êtres parlants » autant qu’ils sont. Bafouer la moebianité et la littoralité est le propre de l’inconséquence, paradigmatique de la médiocrité qui se cache derrière la « belle âme », et sa supposée tolérance qui sert à mieux exclure l’Autre. C’est pourquoi les désaccords, quels qu’ils soient, ne peuvent gagner en fécondité théorique et logique que s’ils reconnaissent qu’ils procèdent du « discord » en tant qu’il représente la structure et l’articulation signifiantes.

La subversion, sous-tendue par la « père-version », est animée par la négation qui est à l’œuvre dès l’ inoculation de la lettre, laquelle articule celle-ci avec la « béance causale », constamment mobilisée dans et par tout énoncé, dont témoigne la plurivocité, mise en évidence par des lectures renouvelées, aux effets et aux conséquences indéniables. Elle se traduit par une hérésie, qui engendre et donne lieu à une logique moebienne ou asphérique, dont l’audacieuse insolence perturbe grandement le confort imaginaire du groupe et l’institution censée veiller sur lui pour le renforcer. Cimenté par le discours du maître, et «  ses alliés », ce confort finit toujours par être ébranlé, en raison de l’émergence progressive de l’ « unarité » qui fait voler en éclats son unité de façade. Isoler le semblant et l’affecter d’une valeur quasi ontologique en refoulant l’ « unarité » qui représente sa négation, conduit à une fermeture et à une sclérose, génératrices de crises polymorphes. Un tel symptôme peut offrir les conditions pratiques de lectures, qui peuvent constituer un progrès dont le cours et l’évolution ne suivent suit d’aucune façon une linéarité supposée conforme à un sens et à un avenir naturellement et absolument prédéterminé. Les manifestations de l’Autre que le symptôme dénonce et en demande l’élimination, contribuent à rendre manifeste le fait que l’inconscient tient sa consistance de la négation, qui entrave et perturbe la propension, voire l’obstination du moi à renforcer sa paranoïa, dans le but de défaire le « défaut de rapport sexuel », alors qu’il est à la base de la « condition humaine ».

Enfin, je rappelle que l’imprédicativité procède du « troumatisme », inhérent au refoulement primordial. Elle le matérialise et le rappelle sans cesse, malgré les « prouesses » prédicatives des différents discours, destinés à mettre en place les conditions et modalités de son oubli, de son refoulement. Elle pousse à  « jouir du sujet », c’est à dire du « manque à être » qui le définit, sans s’abîmer dans des illusions ontologiques, potentiellement totalitaires et despotiques. Elle met en place une sorte de point de non retour dès l’inscription et l’insertion dans l ‘ordre symbolique, qui scelle désormais l’imprédicativité à toute prédicativité, quelles que soient les prouesses imaginaires provenant de celle-ci pour contourner, voire contrevenir à l’impossibilité ontologique, et ainsi fétichiser la jouissance phallique, au risque de nourrir le totalitarisme qu’elle porte. Comment dès lors jouir alors que la jouissance au sens de complétude et de plénitude ontologiques, se heurte à un impossible qui ne pousse pas à l’abandonner, mais à la redéfinir plus précisément ? Toute transgression de l’imprédicativité, fût-elle enivrante, s’avère en fin de compte profondément angoissante, malgré toutes les illusions dont elle se pare. Elle fait écho au viol de l’interdit de l’inceste, lequel interdit caractérise et spécifie l’ordre symbolique, dont aucun « être parlant », quelle que soit son appartenance culturelle ou sociale, et quel que soit son pouvoir, ne peut prétendre se libérer.

Amîn HADJ-MOURI

26/04/21