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DOCUMENT DE TRAVAIL POUR LE SEMINAIRE : « LE MALAISE DANS LA CIVILISATION »

Ce texte a été écrit de telle sorte que les différentes lectures qu’il pourrait impulser, aideront et serviront à dégager des axes de travail et des pistes de réflexion. Il précise en de nombreux points ce que j’ai déjà avancé dans « Le covid-19 : la « belle aubaine…. », mis en ligne sur le site de l’AECFLille.

LES CONFINES NE SONT PAS TOUS DES DECONFITS, NI

DES« CONS-FINIS », FUSSENT-ILS DECONFINES !

« Sache que les lettres sont une communauté parmi d’autres ».

« La lettre est une entité existentielle » (NÛN. Muhieddine IBN ARABI. 1165-1240).

« La sagesse ne dure pas pour celui qui n’est pas lecteur des lettres de l’esprit » (Mohammed BEN ALI OULD ERRZIN. 11ème siècle).

« Plus on croit être, plus on prétend être en invoquant n’importe quoi, plus on se débilise ! » (Propos d’un analysant).

Le discours analytique n’a pas besoin d’être servi par de mièvres et de piètres penseurs qui « mangent à tous les râteliers », sous prétexte qu’ils privilégient l’éclectisme, parce qu’il les préserve de toute radicalité, confondue avec l’extrêmisme, et protège leur « liberté » de penser des risques d’une aliénation, considérée comme gravissime pour leurs précieux apports à la « science universelle ». Ce genre d’arguments est, comme par hasard, largement utilisé par de fieffés opportunistes, qui ont montré à loisir qu’ils étaient capables ultérieurement, d’infâmes trahisons, attentatoires à l’éthique même du discours analytique.

Si la covid-19 a fait l’objet d’un tel « cirque » médiatique, surtout télévisuel, ce n’est pas seulement parce que les connaissances médicales faisaient défaut, mais c’est surtout parce que comme toute affection impliquant les êtres parlants, elle cesse d’être univoque et met en évidence diverses dimensions, dont il s’agit d’élucider les spécificités de chacune, afin de les articuler selon une dialectique susceptible d’engendrer un nouage, respectueux de cette subjectivité, propre aux êtres parlants, tellement oublieux de cette évidence qu’ils s’engagent dans les pires travers, alors qu’ils voulaient les éviter. Alors que le terme stigmatisant : « pestiféré » existe, peut-être celui de « covidé » viendra-t-il s’ajouter au répertoire ? Ce dernier servira à désigner à la fois, grâce à sa polysémie, les personnes que le virus aura infectées, ainsi que celles qui ont mis en commun leur vide constitutif, pour faire preuve de solidarité. Cette solidarité, trait de civilisation, sert certes à conjurer la mort, mais elle montre qu’elle procède de la pulsion de mort, qui est à l’initiative des déconstructions de l’infatuation imaginaire, toxique pour la civilisation, même lorsqu’elle s’appuie sur un « capital cognitif » destiné à anéantir le « manque à être », pourtant nécessaire au narcissisme. L’infatuation imaginaire, quelles que soient les formes qu’elle revêt, anéantit la singularité qui confirme que le vide est le socle inaliénable du sujet. Cette singularité est inconcevable sans la féminité, qui prend part à la solidarité en tant qu’elle consolide ce vide, civilisateur, parce qu’il définit la subjectivité comme l’articulation entre la féminité et la singularité : l’une pas sans l’autre et inversement. La pulsion de mort mobilise ce vide pour nourrir et soutenir l’ « ex-sistence », désormais libérée de l’impératif de colmatage ontologique, ravageur et mortifère. Elle fait partie intégrante de la civilisation et s’oppose radicalement à ceux qui la dénigrent et la dévalorisent, au risque de devenir eux-mêmes –à leur insu-, les agents actifs de la mort. C’est tout l’enjeu des débats que nous avons eus à BERLIN, en Juin 2019. Profane, la pulsion de mort ne profane pas l’ « ex-sistence ». Bien au contraire, elle met en évidence la négation, fondatrice de la subjectivité. Profane, parce qu’elle mobilise la négation, profane parce qu’elle concrétise la féminité, elle ne profane en aucune façon la vie. Elle lui est même nécessaire et elle la protège de ceux qui lui portent atteinte constamment en renforçant la « psychose sociale »..C’est à tous ces titres, qu’elle confirme l’inconscient et contribue à la civilisation, laquelle ne consiste nullement, malgré les préceptes de la doxa, à éradiquer le vide essentiel, par quelque colmatage qu’il soit, et de quelque nature qu’il relève.

L’arrogance de certains savants, qui confondent leur savoir avec la vérité, a été fortement ébranlée par la covid-19. Ils se sont donné à qui mieux mieux en spectacle, sur les plateaux de télé, pour rivaliser en toute-puissance, laquelle s’est avérée aussi vaine que tragi-comique, s’il ne s’était agi, malheureusement de morts, lesquelles morts ont frappé un nombre très important de « laissés pour compte » de la société capitaliste, réputée riche et démocratiquement avancée. L’arrogance induite par ce genre d’épithètes, est illustrée par un Donald TRUMP, illustre tenant –parmi d’autres- de la contagieuse débilité qui menace la planète. Elle est redoublée pour mieux scotomiser l’échec cinglant qu’a mis au grand jour cette pandémie : les prouesses managériales de ses élites, dont l’abnégation, voire le sacrifice, non reconnus à leur juste valeur, ne peuvent susciter chez elles que des sentiments de persécution, dont l’importance informe sur la paranoïa qui leur est associée. L’épidémie a mis en échec leurs immenses compétences managériales et logistiques. Elle a engendré en plus la défiance et le rejet de populations qui comptaient sur elles, elles qui ont le pouvoir et le savoir pour maîtriser et mettre sous contrôle ce que la « populace » ignorante ne peut pas comprendre. Et voilà que cette dernière, non contente d’être protégée par ces « humanistes » patentés, ose mettre en doute leur supériorité intellectuelle et leur générosité ! Face à ce crime de lèse-majesté, les « flambées » paranoïaques, elles aussi très contagieuses, se multiplient et inspirent l’instauration de sanctions pour les contrevenants du nouvel ordre sanitaire. De plus, au sein du peuple, il y a heureusement ceux et celles qui sont toujours disposés (es) à aider leurs « supérieurs », en s’adonnant par exemple à des délations, comme en Italie, ou à des « dénonciations » comme en France, pour faire respecter l’ « état d’exception », imposé par l’ « urgence sanitaire ». Comme l’état de guerre a été évoqué à la tête de l’Etat français, des « nostalgiques » ont cru que le moment était venu de reprendre du galon et du service : après les Juifs, naturellement impurs, dénoncés pendant l’occupation nazie, l’heure est propice pour « démasquer » les infectés (es) –fussent-ils (elles) soignants (es)-, par ailleurs applaudis (es) rituellement tous les soirs. Quant aux Asiatiques, impliqués dès le départ dans cette pandémie, certains d’entre eux ont du « payer leur tribut » au racisme courant, qui sévit en France. Ethniciser le virus (virus chinois) n’a pas été la moindre des opérations idéologiques, tentées par les tenants de l’hygiénisme et de la purification « ethno-corporelle» : se prémunir à tout prix contre la souillure et la pollution extérieures, étrangères ! D’où l’appel à « la guerre », livrée et menée tous ensemble contre cette maudite incarnation de l’altérité, non seulement polluante, mais aussi et surtout mortelle ! La guerre totale devient alors complètement justifiée : il s’agit de « terroriser » le virus en mettant la main, bien sûr « protectrice » et salutaire, sur la vie des citoyens(nes), réduits (es) à des « moutons », soumis (es) à des « règles-barrières » quasi « pastorales », dont celle qui a été baptisée « distanciation sociale », à l’équivocité sémantique flagrante. Même dans les pires moments, l’ordre capitaliste n’oublie pas ses funestes modalités de réification, constamment à l’œuvre, malgré les attentions feintes dont il les pare.

Au regard de la faillite des élites politico-administratives quant à la gestion de cette pandémie, quelques « sommités » médicales nous ont offert un spectacle, digne de celui des marionnettes, animées par des journalistes qui se délectaient face aux prestations tragi-comiques mises en scène par certaines d’entre elles. L’ignorance épistémologique et la « passion de l’ignorance », issues du raisonnement binaire, partagé par les uns et par les autres, se coalisaient et s’accentuaient de jour en jour, -surtout au début de la propagation du virus-, au grand dam des populations qui n’en pouvaient mais. Une doxa s’est subrepticement installée à force de matraquage télévisuel incessant, dont les effets inhibiteurs sur le plan intellectuel se sont avérés d’autant plus dévastateurs qu’ils ont aggravé la docilité et la servilité, « tueuses » du sujet et renforçatrices de la « psychose sociale ». Cette « psychose sociale » participe grandement à la faillite de la civilisation en excluant la subjectivité, sous prétexte qu’elle est un facteur aggravant d’exposition au virus. La mettre au rencart est une garantie pour atteindre l’harmonie de rapports sociaux, et la préserver en mobilisant les forces de l’ordre établi, appelées à sévir en « verbalisant » pour faire respecter les « sauf-conduits » jusqu’à instaurer des « couvre feux », heureusement révoqués par le Conseil d’Etat, je crois. L’évacuation de tout ce qui ressortit à la subjectivité a laissé libre cours à la suprématie du management social pour continuer à faire marcher la machine économique, qui puise son énergie dans l’exploitation des plus pauvres, et partant des plus exposés à la contamination. (Cf. la surmortalité par la covid-19 en Seine-St-Denis : elle a montré que le coronavirus a bien « fait le vide » dans certains lieux et milieux, marqués par une grande pauvreté et une non moins grande promiscuité).

Face à la sidération immédiate provoquée par cette pandémie, il s’agit de recouvrer son audace intellectuelle pour ébranler la doxa, source d’inhibition qui, si elle impose une servilité, ne peut cependant la maintenir très longtemps, au risque de générer des actes impulsifs de bravade, qui ne sont en rien des preuves de bravoure. Au contraire, ceux-ci légitiment et justifient les réponses et les réactions agressives et répressives. Ils aggravent les mesures d’oppression et de restriction, préjudiciables à l’existence de tous et de chacun, foulant au pied tout ce qui peut ressembler de près ou de loin à la subjectivité en tant qu’elle met en jeu d’autres modalités du « vivre  ensemble », grâce essentiellement au truchement du sujet, qui se voit forclos par la « psychose sociale », devenue un vecteur important de « l’ensauvagement » des rapports sociaux. Le capitalisme nourrit sans cesse cette psychose en aggravant les illusions de complétude par l’appropriation d’objets, faisant miroiter, surtout aux yeux des « laissés pour compte », une possible réalisation de soi et un accomplissement narcissique, décevants à terme, malgré les relances du fantasme, poussant à convoiter autrement la même chimère.

L’imprédicativité (ratage de la réalisation de soi par le surinvestissement imaginaire d’objets, faisant échec à l’objet a) est constamment mise en évidence dans ces remarques fondamentales que LACAN nous livre dans ses « Réponses à des étudiants en philosophie » (Autres écrits). Elle est implicitement énoncée à travers les références à un réel qui n’est jamais déjà là, préétabli. Au contraire, il est induit par les réalités qui matérialisent sa présence en le métaphorisant. Ainsi, les réalités le présentifient, le substantifient tout en témoignant de l’insaisissabilité de son essence, de ce qui le constitue. Le fantasme propre à chacun, contient cette logique, mais il en rend l’accès difficile. Aussi, le symptôme devient-il une médiation indispensable, invitant à une déconstruction, qui peut favoriser sa compréhension, d’autant plus que celui ou celle qui en souffre, se le réapproprie avec l’aide de celui ou celle qui est « supposé(e) savoir ».

« En fait, souligne LACAN, la psychanalyse réfute toute idée jusqu’ici présentée de l’homme. Il faut dire que toutes, tant qu’elles fussent, ne tenaient plus à rien dès avant la psychanalyse. Il persiste et signe : « L’objet de la psychanalyse n’est pas l’homme, c’est ce qui lui manque, -non pas manque absolu, mais manque d’un objet ». Il ajoute cette précieuse précision : « Encore faut-il s’entendre sur le manque dont il s’agit, c’est celui qui met hors de question qu’on en mentionne l’objet ». Pour conclure sur ce point, tout en faisant un clin d’œil à la Révolution française, il remarque que : « Ce n’est pas le pain rare, c’est la brioche à quoi une reine renvoyait ses peuples en temps de famine ».

De là cette conséquence qu’il tire : « une interprétation dont on comprend les effets, n’est pas une interprétation psychanalytique. »

« C’est pourquoi, il « enfonce le clou » en affirmant que « la psychanalyse comme science sera structuraliste, jusqu’au point de reconnaître dans la science un refus du sujet ».

La négation, mise en œuvre par la subjectivité, n’est pas une dépossession. Même si les « êtres parlants » sont parlés, ils permettent au moi de mettre au jour qu’il est le porteur et le vecteur d’une altérité qui le constitue en le divisant et en permettant au sujet, procédant de celle-ci, de s’exprimer et de continuer à cohabiter avec lui. Cette négation instaure ce principe logique : l’un, c’est à dire le moi, ne peut se passer de l’autre, c’est à dire le sujet. Quant à la réalisation de soi, si elle se résume à recouvrer une homéostasie et un équilibre par épuration du défaut constitutif de la subjectivité, elle est vouée à l’échec. La mise en œuvre de la négation par l’inconscient et ses différentes formations, sert à rappeler –via le retour du refoulé- ce défaut structural que paradigmatise l’objet a, « cause du désir ».

Tous ceux qui sont attelés à « compactifier leur faille » sans répit, sont censés être assez vigilants pour ne pas se laisser identifier à des maîtres, d’autant plus que l’éthique, liée à une telle tâche, les en préserve. Faute de quoi, ils se « stérilisent » intellectuellement, et entraînent dans leur dévoiement le DA (discours analytique) et son éthique.

La trahison de l’éthique de la science, inhérente à son imprédicativité, qui est censée s’opposer radicalement à la prédicativité du capitalisme sous sa forme néo-libérale, a été terrible et terrifiante au cours de cette pandémie. Ainsi, lorsque cette éthique de la scientificité est dévoyée parce que son imprédicativité est bafouée, la porosité du discours de la science, -en l’occurrence celui de la médecine-, à l’endroit des idéologies, exclusives de cette dernière, s’amplifie et s’aggrave à un point tel que la perversion, à la base et à l’œuvre de ce dévoiement, finit par répandre la mort. Les différents mensonges proférés par les « autorités » politiques et « scientifiques », qui ont déterminé l’organisation des réponses de prise en charge thérapeutique des malades, ressortissent à un cynisme, dont le but consiste à imputer au virus ce qui relève de la responsabilité de tous ceux qui sont censés conduire une politique de santé publique, rigoureuse et efficace. Le masquage de la pénurie des masques et des tests de dépistage a conduit à prendre des mesures de plus en plus autoritaires destinées à « diaboliser » le virus et à dissimuler l’impéritie et la faillite de la politique néo-libérale appliquée à la santé publique. Cette impéritie favorise le développement des incompétences qui poussent à la servilité et à la « débilité » ou à l’imbécillité, entendue comme « faiblesse de la pensée » (Cf. « L’anatomie d’un désastre » de Jean-Dominique MICHEL, anthropologue médical suisse). Aussi restons-nous ébahis face à la servilité d’une sommité médicale en immunologie, comme Anthony S. FAUCI, acceptant son statut de subordonné, au service et à la solde d’ un Donald TRUMP,  qui n’hésite pas à l’humilier, tant il doit savoir que sa servilité à son égard est immense.

L’EPIDEMIE DU CORONAVIRUS : SYMPTÔME MAJEUR D’UNE CRISE EPISTEMOLOGIQUE ET IDEOLOGIQUE : SIMPLIFIER LA COMPLEXITE NE SIGNIFIE PAS LA REDUIRE EN UNE VULGATE, DESTINEE A DES DEMEURES (ES) – AU RISQUE DE LA PERVERTIR-. ELLE SIGNIFIE RENDRE COMPTE DES DIMENSIONS QU’ELLE COMPORTE ET QUI S’ORGANISENT EN NOUAGES DIFFERENTS, TOUJOURS  ORDONNES PAR CE QUI LEUR ECHAPPE, REFUSE ENERGIQUEMENT PAR TOUS CEUX ET TOUTES CELLES QUI RECHERCHENT UNE INFATUATION IMAGINAIRE POUR CONTINUER A CROIRE EN LEURS ILLUSIONS ONTOLOGIQUES, SOURCES DE TOUTES LES AVANIES POSSIBLES, APPAREMMENT ADRESSEES D’ABORD AUX AUTRES, MAIS EN VERITE A EUX-MEMES.

Ce virus et la lutte à mort qu’il a provoquée à l’occasion de la prise en charge de la maladie qu’il a engendrée, a cristallisé plusieurs aspects ayant trait aux conceptions théoriques et politiques, censées répondre aux épidémies, dont les connaissances sont généralement bien maîtrisées par les spécialistes qui les étudient depuis des lustres. Mais pourquoi cette épidémie a-t-elle présenté ce caractère extraordinaire, sinon pour des raisons idéologiques et politiques, liées au cynisme des serviteurs du néo-libéralisme, incapables d’avouer la faillite des politiques sanitaires qu’ils ont mises en œuvre depuis des décennies, gouvernements de droite et sociaux-démocrates « libéraux », confondus ?

L’InterdiCTION par décret de la prescription par les médecins du « Plaquénil », sans provoquer de levée de bouclier –légitime au demeurant-, de la part de la majorité du corps médical, montre combien la mainmise de managers « technocrates », au service des intérêts suprêmes du néo-libéralisme, sont capables d’imposer leurs diktats dans certaines institutions médicales, privées par ailleurs de masques, destinés au personnel soignant, sous prétexte que les autorités publiques avaient « décrété », sinon l’inutilité de ceux-ci, du moins leur inefficacité face à cet extraordinaire virus, identifié à un « prédateur » sans pareil, et devenu précieux pour les « autorités », affairées à « masquer » leurs catastrophiques lectures et modes de gestion de la crise socio-sanitaire, avec la caution de certains spécialistes dont elles se sont entourées, et qui n’en croyaient pas leurs yeux, tant ils ont été choyés par des journalistes-bonimenteurs pour passer à la postérité , grâce notamment aux caméras. Utilisés et « usés jusqu’à la corde » par des journalistes tout heureux d’avoir à leur botte, à longueur d’émissions, ces pontes de la médecine, ont servi de caution à une entreprise de « décérébration » et de « débilisation » à grande échelle, associé au cortège émotionnel et compassionnel de rigueur, notamment lorsqu’il s’est agi de « monter en épingle » le spectaculaire conflit entre une grande partie d’entre eux et le Professeur Didier Raoult, négligeant par là même le fondement même de ces divergences, qui tiennent à des conceptions de la clinique, c’est à dire à des lectures de symptômes, fondamentalement différentes, se référant à des méthodes utilisant des critères dont la « discutabilité » n’était pas à la portée du commun des mortels. Outre que ce conflit d’interprétation prenait l’allure d’une lutte entre « mandarins », établie sur des batailles narcissiques et mégalomaniaques, il masquait en fait des divergences d’abords et d’approches cliniques, liées à des considérations idéologiques et politiques, qui ont orienté la médecine depuis des décennies, vers des conceptions et des théories de moins en moins scientifiques, et de plus en plus « caviardées » par des considérations répondant aux « bienfaits » d’intérêts privés et charitables, élevés au rang de parangons de la privatisation, identifiée à la liberté, alors qu’elle n’est en vérité que le « cache sexe » de la maximisation de la plus- value, difficilement déclarable et dicible par ses promoteurs, qui n’ont de cesse de décrier le secteur dit public pour mieux l’installer, voire l’ancrer dans l’addiction au « fric » et à sa dictature. Les différents personnels de l’hôpital public ont cependant montré à tous les menteurs et bonimenteurs qu’ils étaient capables, à leur corps défendant, de remédier du mieux qu’ils pouvaient à la catastrophique gestion de l’épidémie par les dépositaires et tenants du pouvoir, qui les narguaient et les déconsidéraient quelques semaines et mois auparavant.

Les instances politiques dirigeantes, fidèles à leur réputation de « managers », ont pris en otage un savoir médical, qui souffre non pas d’incertitude, laquelle lui est inhérente, mais d’une défaillance épistémologique essentielle et d’un dévoiement méthodologique, aggravés par l’impréparation du dispositif sanitaire, censé être prévu et prêt à être opérationnel pour faire face à une telle épidémie. Comme ce dernier n’était pas préparé, il ne fallait surtout pas avouer ni expliciter les raisons de ce défaut, de peur de discréditer les fondements de la politique sanitaire, menée depuis des décennies pour ruiner l’hôpital public, et considérer les soignants comme des fonctionnaires « privilégiés », et qui plus est, protégés par un statut à « réformer », c’est à dire à dégrader en le tirant vers le bas.

Pour masquer cette défaillance consécutive aux orientations décidées en vue de mener une politique de santé publique, conforme aux objectifs du capitalisme néo-libéral, il ne restait plus qu’à « charger » le virus d’un pouvoir prédateur tel, que le terme de « guerre » à mener contre lui se trouvait justifié, d’autant plus qu’une bonne partie du corps médical, « éberlué» par cette épidémie, venait confirmer son caractère quasi apocalyptique. Ce corps médical lui-même a été « ballotté » en fonction des interprétations des instances politiques, qui ont finalement choisi les mesures les plus drastiques, dont le confinement quasi total. Elles ont imposé aux populations les solutions les plus extrêmes parce que les mesures premières, nécessaires pour lutter contre toute épidémie, étaient révolues et ne pouvaient pas être mises en œuvre, faute de programme et de matériel adaptés. Les populations ont subi le virus, et par dessus le marché, les fâcheuses conséquences de l’impéritie du pouvoir et de sa politique sanitaire.

En laissant croire qu’il avait généreusement dénoué les cordons de la bourse pour compenser et « rattraper » ses erreurs, les tenants du pouvoir politique et économique excellent à faire « avaler la pilule », d’autant que les grands patrons de la médecine, déjà acquis à cette cause, pour arguer que n’importe quelle politique sanitaire aurait été « vaincue » par ce virus, dont le caractère inédit met indiscutablement en échec toutes les connaissances acquises jusque là en infectiologie, au point que les méthodes connues et éprouvées de prise en charge des épidémies se sont vu disqualifiées, et partant inapplicables.

Quoi qu’il en soit, ce sont toujours les mêmes qui « trinquent » et vont encore « trinquer » : ils sont non seulement majoritairement victimes du virus, mais ils seront aussi, à n’en pas douter, les victimes des conséquences économiques et sociales des mesures prises pour compenser la faillite de la politique sanitaire. Si des milliards ont été débloqués par l’Etat, via le gouvernement qui le fait fonctionner à sa guise,(le parlement réduit à un rôle subalterne) c’est pour des raisons humanitaires, et conformément à des valeurs humanistes transcendantales et indiscutables, qui appellent le peuple à la reconnaissance : les populations vont devoir être non seulement reconnaissantes, mais surtout redevables à ce pouvoir qui mérite qu’on se sacrifie pour lui, tant il a consenti des efforts financiers pour ses « sujets ». Ceux-ci devront « renvoyer l’ascenseur » en acceptant une exploitation encore plus féroce de leur force de travail (physique et intellectuelle), par reconnaissance envers leurs généreux dirigeants, comme s’ils étaient les propriétaires de ces ressources « distribuées ». Les impostures politiques et les escroqueries intellectuelles vont encore connaître de beaux jours devant elles !

Alors que la pluralité procède du vide, qui échappe à toute mainmise, celui-ci produit et engendre des expressions qui métaphorisent son insaisissabilité, alors qu’elles convoitent dans le même temps sa domestication. Les idéologies conçoivent la pluralité comme la diversité et la multiplicité des conceptions qui prétendent en venir à bout en proposant, sinon en imposant, leurs moyens de le colmater, et d’en finir à tout prix.

L’imprédicativité procède du « troumatisme » inhérent à l’ordre symbolique. Elle le confirme sans cesse et se conjoint à l’incomplétude ontologique pour soutenir l’ « ex-sistence »subjective.

Poser l’universalisme comme préalable, comme a priori, accompagnant une définition abstraite de la nature humaine, porte atteinte à la singularité en tant qu’elle met en œuvre une particularité qui matérialise et confirme cette universalité, dès lors comprise plutôt comme un après coup et non une conformation à un état préétabli. Aussi généreuse soit-elle cette conception est potentiellement totalitaire. Elle l’a d’ailleurs montré à foison, malgré les Lumières, censées l’accompagner, à travers le colonialisme et l’impérialisme et tous leurs drames. La subjectivité, via l’inconscient et le sujet, ébranle le dogme de l’universalité, grosse d’un impensé qui la disqualifie tant, en raison des méfaits qu’elle couvre, qu’elle se voit décriée, voire rejetée. Alors qu’il s’agit plutôt de la redéfinir en tenant compte des articulations dialectiques qu’elle noue avec la particularité et la singularité, dès lors« libérées » de leur univocité sémantique, liée à la domination de la notion d’individualité, conçue comme exclusive du sujet en tant qu’il rappelle l’inconscient et mobilise la négation, instauratrice et restauratrice de la division fondatrice de tous et de chacun(e). L’individu et sa survalorisation comme entité absolue , comme en soif, favorise la grégarité et l’identification imaginaire, au détriment du collectif qui respecte le sujet en tant qu’il est inséparable du moi ou de l’individu de tendance solipsiste et ségrégative, à la base d’assauts paranoïaques et mégalomaniaques, d’une violence parfois inouïe.

Le collectif ne saurait se définir comme une union unitaire formée et conformée par le partage d’un colmatage de la faille de chacun (e ) en tant qu’il (elle) est soumise et dépendante de l’ordre symbolique que des idéologies cherchent à transcender en utilisant les cultures pour nourrir le « narcissisme des petites différences » (FREUD). Faire collectif pour déconstruire tout consensus, établi sur ce colmatage, s’appuie sur la libération du discord et du dissensus. Il réduit considérablement la méprise de la démocratie en tant qu’elle rejette toute idée de colmatage au nom de cette illusion qu’est la réalisation de soi, qui exclut le sujet, parce qu’il rappelle sans cesse la dépendance du symbolique et entrave les folies générées par les tendances paranoïaques, nourries abondamment par les théories qui naturalisent ce qui ressortit à la condition essentielle de l’humanité, à savoir sa dépendance du symbolique, quelles que soient les particularités et les différences qu’elle recèle, et qui la traduisent sans qu’aucune ne soit supérieure ni inférieure à une autre. C’est sur une théorie bien particulière de l ‘amour qui tranche d’avec ses conceptions les plus courantes quant à la complémentarité achevant l’être, qui soutient le désir de chaque analyste et soutient sa pratique en tant que les particularités revêtues par elle, ne sauraient éliminer d’aucune façon le défaut qui, fait son fonds inaliénable. La praxis implique des actes qui rendent sensible et tangible le fondement théorique les permettant et les autorisant. Son efficace en psychanalyse, son succès thérapeutique ne réside pas dans le recouvrement d’une quelconque homéostasie représentant la fin du défaut de rapport sexuel. Bien au contraire, elle consiste à restituer sa place et sa fonction logique fondamentale à ce dernier afin qu’il ne soit plus exploité pour produire des théories dont la vanité consiste à le dénier et à l’exclure, alors qu’il les génère et les structure.

Si consensus il devait y avoir, ce serait certainement celui qui porterait et ferait valoir le discord, et le dissensus qui devrait s’ensuivre, pour mettre un terme aux débats stériles que commande la raison bilatère, pourvoyeuse de réductionnisme et de matérialisme vulgaire, plus compréhensible par ceux qui se déclarent hostiles à l’abstraction, induite par l’ordre symbolique. C’est du reste une des raisons pour lesquelles l’IPA, réfractaire à la signifiance, contre-indiquait la psychanalyse à certaines personnes, capables de remettre en cause « la réalité », c’est à dire le primat absolu du bilatère. De la même façon que certains intellectuels « progressistes » considéraient que des peuples n’étaient pas assez matures pour prétendre à la démocratie. Or cette dernière devrait plutôt soutenir et répandre l’idée que le savoir ou les savoirs, censés garantir l’être de ceux (celles) qui le ou les possèdent, fussent-ils scientifiques, ne sont en aucune façon maîtres de la vérité. L’échappement de celle-ci altère la toute-puissance imaginaire des savoirs, mais ne les disqualifie aucunement, pas plus qu’il ne pousse à les défier. Au contraire, il les fait gagner en dignité car ils peuvent mettre en abîme toute connaissance qui tend à s’imposer –parfois violemment- pour colmater ce qui lui donne naissance, et par là même exclure le sujet qui la rend possible. C’est son impossibilité d’obturer sa propre source qui la structure et lui assure ses progrès. Ainsi, ce n’est pas parce que la médecine soigne, voire guérit certaines affections qu’elle confère l’immortalité. Quels que soient son aura et le pouvoir imaginaires qu’on lui attribue, sa valeur tient au respect qu’elle voue à son fondement : ce qui manque toujours à ses connaissances, et qui ne cesse de l’interroger par les mises en défaut qu’elle rencontre. Elles la font progresser en lui permettant de formuler de plus en plus précisément ses problématiques.

Tout être parlant pense parce qu’il « manque à être ». Sa faille ontologique, liée à sa dépendance du symbolique, le fait parler. Sa parole en procède et la confirme sans cesse de manière implicite. Parler et exprimer son point de vue ne signifie pas dire ce que la doxa impose de penser pour être « normal » et adapté. D’autant que cette dernière privilégie la raison bilatère, au point de l’amputer des dimensions qu’elle comprend, et qui sont susceptibles de l’enrichir.

Tout mépris à l’endroit du sujet ne ressortit pas à une méprise. Les savoirs à visée ontologique prétendant garantir une réalisation certaine de soi, se refusent de savoir quoi que ce soit du défaut qui les engendre. Leur passion et leur addiction à cette ignorance active, voire militante, revient à mépriser la démocratie en tant qu’elle confirme ce même défaut essentiel, inhérent au primat de l’ordre symbolique, certes « troumatisant » mais ô combien enrichissant sur le plan existentiel.

La psychanalyse est une affaire d’amour sans « rapport sexuel » parce que l’ « a-mur » autorise les relations sexuelles, qui mettent au jour le ratage qui les détermine, en raison même de la jouissance particulière qu’elles sont censées apporter. De même elle n’est thérapeutique que si elle abandonne toute illusion d’homéostasie, afin de mettre en valeur le défaut constitutif de la subjectivité : « le manque à être » et son corrélat le manque d’objet, qui bat en brèche les idéologies prônant la complémentarité objectale, en vue d’assurer une vaine complétude.

Le particulier ou le local correspond aux extensions qui matérialisent et concrétisent l’Un en tant qu’il universalise le vide, tout comme l’intension, qui est source de modalités diverses le contenant, au double sens du terme. Seul un être parlant peut soutenir qu’il ne croit que ce qu’il voit, tout en croyant en un Dieu qu’il n’a pourtant jamais vu, et qu’il ne verra jamais de ses yeux. Cette croyance ne ressortit pas pour autant à un délire. Elle montre cependant que les organes des sens sont surdéterminés par la « pensée » qui les altère sans les léser, tout en ne se réduisant pas à sa simple production par le cerveau, à l’image de « la bile sécrétée par le foie ». Tout rejet de cette dénaturation introduite par la subversion du corps, autorisée et admise par la biologie, débouche sur une réification et une chosification qui accélèrent l’arriération intellectuelle : le réductionnisme et le matérialisme vulgaire font fureur pour mettre à bas la signifiance.

Toute conception du monde qui refuse sa détermination symbolique, récuse sa dépendance de cette subversion logique, instaurée par le langage, qui dénature en partie le corps et le soumet définitivement au « manque à être », confirmé inexorablement par le défaut radical de complétude, qu’aucun objet ne saurait combler. Le totalitarisme vise une complétude qui nie l’hérésie inhérente à l’inconscient en tant qu’il met sans cesse en œuvre une négation, d’autant plus indépassable qu’elle finit par mettre au grand jour sa vanité : celle de prétendre mettre en échec, de manière violente si besoin, « le défaut de rapport sexuel ». Ce totalitarisme favorise la grégarité et l’unité groupale en aggravant la ségrégation jusqu’à faciliter le passage à l’élimination de tout ce qui peut rappeler ce défaut, lequel défaut induit la féminité et la mise en échec de « l’hommosexualité » et de ses dérives paranoïaques.

De tout temps, l’histoire des êtres parlants, a été et reste scandée par « ce qui perdure de perte pure à ce qui ne parie que du père au pire » (LACAN. Télévision). Le paradoxe des temps dits modernes consiste en ce que tout ce qui ressortit à la civilisation procède du colmatage du défaut nécessaire à l’existence en tant qu’elle ne cesse pas de rappeler le « manque à être » essentiel, qui persiste et perdure malgré les multiples promesses de son éradication comme obstacle et ennemi de la complétude. Cette forme d’amour, invoquée contre le « manque à être », nourrit des théories humanistes qui excluent le sujet, parce qu’il rappelle ce qui échappe à cette civilisation, dont l’histoire est marquée par des drames et des tragédies, dont les lectures, après coup, s’avèrent insuffisantes à limiter l’impensé qu’elles charrient et qui draine des masses de plus en plus importantes. Cette pseudo-civilisation se cristallise dans des cultures qui visent à assurer à leurs membres un narcissisme sans faille, d’autant plus que le capitalisme est venu à point nommé pour rompre avec l’esclavagisme et le féodalisme en proposant une « liberté » qui s’est avérée porteuse, en fin de compte, de grosses désillusions. Les multiples déceptions n’ont pas eu raison du fantasme de chacun ( e) qui nourrit ses propres convoitises de complétude. L’accession à cette dernière représente le nec plus ultra de la civilisation, alors qu’elle est issue d’une impossibilité qui la constitue, et dont elle ne peut se départir . Ses différents signes sont récusés, démentis, niés au point de déchaîner une violence aveugle contre tout ce qui vient la rappeler comme dimension essentielle de la civilisation. Plus lesdits progrès apportés par la civilisation se multiplient, plus ils pervertissent le sens de celle-ci en compromettant la subjectivité, qui est la pierre angulaire de la civilisation, et son point nodal.

La transgression de la structure par toute théorie visant la complétude ontologique, soutenue par une conception humaniste de l’amour, est en vérité une menace contre la civilisation, qui ne consiste aucunement, comme les élucubrations psychologiques le prétendent, en un domptage des pulsions provenant de ce réservoir d’animalité qui persiste en l’homme, à savoir l’inconscient, localisé dans certaines structures sous corticales communes aux êtres parlants et aux animaux. Lorsque les cultures transgressent leur fondement symbolique pour assurer la prédicativité à ses membres, en développant un système de production des biens qui bafoue leur subjectivité, mais qu’ils acceptent, elles deviennent à terme des menaces pour la civilisation. Elles représentent des dangers pour l’existence de ceux qui se reconnaissent en s’identifiant et en se confondant avec ses préceptes et ses commandements, devenus les garants du couronnement ontologique de chacun ( e ). La réalisation de soi convoitée par tous et par chacun, transgresse la structure subjective et devient la source de malheurs individuels et sociaux, comme le montre le nazisme en tant qu’il représente l’acmé unique et inédit de cette transgression, qui pousse à la sauvagerie esclavagiste, dont les germes sont déjà contenues dans le système capitaliste, prétendument libérateur des énergies nécessaires à la réalisation de soi. (Cf. Johann CHAPOUTOT « La révolution culturelle nazie ». Gallimard 2017).

Comment toute culture, fondée sur l’ordre symbolique civilisateur, finit par le refouler au profit de la réalisation de soi et du  « narcissisme des petites différences », qui menacent la civilisation en tant qu’elle préserve le défaut de rapport sexuel, que les théories humanistes ne cessent de battre en brèche, au nom de conceptions du progrès qui rejettent catégoriquement le « plus de jouir » dès lors qu’il réfère et fait écho à « l’éternel féminin » ? Une culture traduit et met en œuvre de façon particulière le « troumatisme » qui résulte de la subversion de la nature (biologie ) par le symbolique, laquelle subversion constitue le socle de la civilisation, valable pour tous et pour chaque être parlant. Ainsi, s’il est un domaine où tous se rejoignent et font part de leurs difficultés et de leurs tourments, c’est bien celui de l’amour. « Bien dire » les problématiques afférentes à l’amour, est l’un des grands mérites de la psychanalyse, dont la contribution à la civilisation est décisive. L’incomplétude du symbolique, qui promeut le réel à travers les méandres imaginaires, met au jour une sexualité, dont la spécificité réside dans sa libération de la reproduction de l’espèce. Ses expressions et manifestations diverses procèdent de l’ordre symbolique, qui articule les cultures à la civilisation, et devient par là même le point nodal de l’Histoire du genre humain, qui n’a de cesse de développer son hostilité à l’égard de l’incomplétude qu’il instaure. Les résistances érigées contre celle-ci sont sources de malaises qui ne s’arrêtent que lorsque les drames qu’ils ont engendrés deviennent aussi insupportables que vains : le nazisme, comme paroxysme du rejet de la subjectivité civilisatrice, soutenu par des théories racistes et antisémites, qui présentent l’aryanité germanique comme idéal suprême de la réalisation de soi, n’a pas été totalement éradiqué après le crime inédit et à nul autre pareil qu’il a perpétré et organisé méthodiquement. Ses racines restent enterrés par tous ceux qui ne veulent pas être éclaboussés et souillés par cette négation de la condition d’être parlant. Mais elles n’en restent pas moins vivaces : leurs résurgences sous de nouvelles formes sont probables, d’autant que le capitalisme néo-libéral, qui les irrigue, s’alimente aux mêmes sources idéologiques : le darwinisme socio-biologique justifiant les hiérarchisations et l’exploitation quasi esclavagiste de « laissés pour compte » (ceux « qui ne sont rien » et ceux qui sont moins que rien) incapables « constitutionnellement » et « intrinsèquement » , non seulement de réaliser leur « programme » ontologique, mais de transgresser et de mettre en danger celui des « méritants( es )», obsédés et enfermés dans leur fétichisme addictif de l’argent, gravement débilitant, mais pourvoyeur de prestigieux postes de « managers » (cf. d’une part, « la gestion des ressources humaines », pathognomonique de ce que j’ai appelé la « softbarbarie », mise oeuvre dans l’entreprise Orange sous la férule de Didier LOMBARD, adepte d’un management aux relents nazis, qui a provoqué de nombreux suicides, et d’autre part le « recyclage » et le « blanchiment » d’un Heidegger, élevé au rang de grand penseur et de grand philosophe, alors qu’il n’a jamais été capable de renier, ni de remettre en question son adhésion au nazisme, qui, comme idéologie, n’a pas manqué de laisser des traces dans sa profonde pensée ontologique. Il a joui de la part d’une certaine intelligentsia, notamment en France, d’une mansuétude et d’une reconnaissance éhontées, auxquelles Lacan s’est prêté, malgré sa lecture originale de Marx, à la lumière de Freud : s’inspirant du concept de « plus value » il a forgé celui de « plus de jouir ». HEIDEGGER, intellectuel nazi, a profité de la guerre froide pour se faire aider par une bonne partie de l’intelligentsia européenne, dite libérale, occupée à « ferrailler » contre la prétendue hégémonie du marxisme, qui était réduit et dégradé en vérité, en une théorie identifiée au soviétisme stalinien et à ses représentants français du PCF, ennemis de la « liberté », ce mot-valise qui fait l’affaire et les affaires de nombre d’imposteurs. D’ailleurs, Il reste encore de nos jours des séquelles de ces errements, qui alimentent sans arrêt maintes impostures intellectuelles et politiques, qualifiées de « libérales » et d’humanistes, pour mieux masquer les germes du fascisme qu’elles portent en elles. La précoce et ferme adhésion de cet universitaire au nazisme, ne pouvait pas ne pas être compatible avec sa profonde pensée philosophique, quels que soient par ailleurs les atours trompeurs dont il l’a ornée progressivement. Il n’a pas été le seul nazi à être recyclé par les idéologues du libéralisme capitaliste, et de leurs alliés de la social-démocratie, fascinés par la liberté individuelle et la réalisation de soi ou la complétude ontologique suprême, exclusive du sujet et de la négation qu’il mobilise. Cette dernière s’intègre parfaitement à « l’idéologie psychologisante », dénoncée par LACAN, dans le sens où elle repose sur une raison qui n’est pas fondamentalement différente de celle qui a conduit au « camp de concentration ».

La débilité intellectuelle (bilatère exclusif de l’unilatère ou bien extensions déprises de l’intension, ou bien encore sens sans signifiance) se repaît d’une sorte de fanatisme du bilatère, délié de l’unilatère qui le détermine. Elle se cantonne et se confine dans une logique exclusive de type binaire, qui est très courante, renforcée qu’elle est, en général, par les enseignements qui sont donnés dans des écoles destinées à la reproduire et à la consolider, voire à la figer en dogme indiscutable. Elle est bien mise à profit par les idéologies qui récusent la « lutte des classes », et la remplacent par d’autres oppositions visant à occulter et scotomiser le processus économique fondamental du capitalisme: l’exploitation, dissimulée derrière la lutte des sexes, ou bien celle des races, qui trouveront des idéologues recourant à la « science » pour les justifier et les légitimer, alors qu’elles finissent par mettre au jour ce qu’elles sont censées refouler. Il suffit de se référer aux deux siècles précédents, notamment aux travaux de l’anthropologie physique et de la phrénologie de Broca, pour se rendre compte que des « scientifiques » se mettaient bien au service de la discrimination sociale et « raciale », imposant cette imposture intellectuelle : quantifier et mesurer pour justifier. (Cf l’usage dit scientifique de la psychométrie et les inepties proférées par le psychologue Hans Jünger Eysenck à propos de l’intelligence et de ce qu’il appelle « L’inégalité de l’homme », titre d’un de ses ouvrages. Il a fui l’Allemagne nazi pour s’installer en Angleterre. Mais n’est pas FREUD qui veut ! Ce n’est pas parce que ce psychologue a fui le nazisme, qu’il s’est départi et libéré de la logique qui fonde cette idéologie prétendant à une ontologie suprême et purifiée de toute altérité, réservée à ceux et celles qui l’épousent au titre de méritants (es)). De la même façon, les travaux des psychiatres français de l’Ecole d’Alger (SUTTER, POROT et consorts) ont dressé le profil psychologique et psychopathologique de l’Arabe pour justifier son état de colonisé, que la colonisation va améliorer, grâce à tous les bienfaits de la civilisation qu’elle va lui apporter, au nom des Lumières qui la constituent. (Cf. les travaux d’Olivier LECOUR GRANDMAISON à ce sujet).

Cette débilité, instituée dans les plus hautes institutions officielles, notamment celles de l’Etat, favorise l’impensé jusqu’à donner lieu au pire, qui éclabousse même ceux qui la dénoncent à juste titre, mais qui restent malgré tout enfermés dans la même logique qui la détermine. Cet impensé est renforcé par des théories réductionnistes et simplistes qui revendiquent une scientificité, désormais garantes de leur « modernité ». Il est à l’œuvre dans les inepties psychologiques qui considèrent l’inconscient comme une instance pourvoyeuse de comportements archaïques, renvoyant à l’animalité représentée par les pulsions réduites à des instincts, qui ont échappé au domptage civilisateur du surmoi, ravalé au rang de représentant de l’ordre social et de ses normes « civilisatrices », alors qu’elles s’avèrent d’autant plus perverses qu’elles ne veulent rien savoir de l’interdit de l’inceste, socle inexpugnable de la structure subjective.

« Le malaise dans la civilisation » est nourri et entretenu entre autres, par le cynisme pervers de ceux qui avouent et reconnaissent leurs erreurs manifestes pour se permettre de battre leur coulpe et s’éviter d’en répondre, en explicitant les raisons qu’ils ont choisies, et qui les y ont amenés. Ainsi, leur responsabilité est éludée et se résume à leur simple aveu. Ils la dissimulent en acceptant des réparations superficielles (rustines cosmétiques) qui accentuent en vérité la déloyauté et la transgression de l’éthique, inhérente à la condition d’ « être parlant ».

Cette perversion chronique fait partie intégrante du libre-échange et des « lois » du marché, qui met en avant la compétition en la soumettant à la loi de la jungle, sous couvert d’émulation saine et loyale. Le ratage, inhérent à la structure subjective, lui règle finalement son compte en imposant le défaut de rapport sexuel, qu’il refoule voire forclot par toutes sortes de stratagèmes imaginaires, nourris par le fétichisme généralisé de l’argent. Malgré la persistance de son ignorance de l’incomplétude, due à la dépendance et à la soumission irréductible au symbolique, ce régime socio-économique bute inévitablement sur le « manque à être » qui le détermine, quelles que soient ses multiples dénégations idéologiques et récusations pseudo-scientifiques.

La pluralité des singularités rendues possibles par le symbolique renvoient à l’Un, constitutif de tous les êtres parlants en tant qu’il les divise, les altère et les enrichit par là même d’une altérité, indéfectiblement liée au « manque à être », dont la mise en commun –grâce à la parole et à l’échange qu’elle détermine- assure la singularité de chacun (e ) en même temps que sa dépendance du symbolique.

Une analyse est une modalité de rapport, mis en place avec ce qui est censé être énoncé. Elle s’appuie sur une interprétation qui articule des dimensions différentes selon une logique particulière qui les noue de façons différentes et en propose une version, dont le caractère discutable met en évidence le fondement même de ce qui lui donne naissance et qui lui échappe. Par sa façon de traiter cette dimension, tout énoncé en devient une métaphore qui concrétise son fondement, quoi qu’il en soit, et de quelque façon qu’elle en tienne compte, voire en le récusant.

La médiocrité intellectuelle, entretenue par la démagogie libertaire, qui vante la toute-puissance souveraine du moi –illustrée par les inepties du genre « quand on veut, on peut ! »-, s’aggrave et favorise le règne totalitaire du néo-libéralisme, qui ne tarde pas à montrer ses potentialités autoritaires, voire fascistes. Le libertarisme, né dans la Silicon Valley, est devenu la matrice du libéralisme le plus sauvage, et le plus cyniquement et cruellement esclavagiste, à l’image du management « moderne », représenté par Uber et Amazon, qui prétendent incarner la liberté sans entraves, notamment celles qui proviennent de l’Etat et du droit du travail, acquis grâce à des décennies de luttes, menées par les véritables travailleurs, à savoir ceux et celles qui usent leur force de travail pour vivre, voire survivre, alors que leurs parasites grossissent inconsidérément, au point d’en « crever ». Un exemple en France de cette médiocrité intellectuelle, qui prône cette liberté débilitante, est représenté par un certain Gaspard KOENIG, qui veut aller encore plus loin que les chantres du néolibéralisme, ces « premiers de cordée », issus de grandes Ecoles –dispensatrices de savoirs de plus en plus abrutissants -, et appelés à truster tous les pouvoirs pour le bien de ceux qui ignorent la chance qu’ils ont d’être leurs subordonnés. Aussi devraient-ils leur être à jamais reconnaissants en acceptant d’être assignés à cette place qui « sublime » leur servilité consentie, d’autant plus qu’ils adhèrent à leur conception de la liberté et de la toute-puissance individuelle, qui n’a que faire de la subjectivité et de la complexité qu’elle introduit dans la vie. Le réductionnisme pseudo-scientifique, représenté par la socio-biologie et le darwinisme social est tellement pragmatique que pour supprimer les TOCS par exemple, il suffira de perfectionner la technologie des électrodes et des implants dans le cerveau pour que, comme des « idiots », on continue d’identifier -en la réduisant et en l’altérant fondamentalement-, l’ « ex-sistence » subjective au cerveau et à son fonctionnement, départi de sa surdétermination symbolique. Comme si les hallucinations visuelles ou auditives par exemple existant dans des tableaux cliniques, réunissant aussi bien des hystériques que des psychosé(e)s, ne pouvaient provenir que des seules lésions anatomiques et/ou physiologiques, par ailleurs présentes dans certaines affections neurologiques. Cette complexité occultée, la voie devient libre pour les investisseurs dans les suppléances technologiques, qui attirent l’admiration de tous. Mais ce qui est vrai pour les prothèses de certaines fonctions organiques ne l’est pas forcément pour un organe dont le fonctionnement, du fait même de sa détermination biologique, la dépasse, la subvertit sans pour autant l’annuler. Cette dialectique est trop complexe pour être entendue par ceux qui forclosent la structure subjective et participent de la psychose sociale qu’ils contribuent à aggraver sans vergogne, au nom d’une science prédicative de plus en plus mesquine et perverse. Le discours dans lequel ils sont enfermés pour faire valoir leur narcissisme et le « libérer » de ce qui le fonde : le « manque à être », les pousse à la démagogie, afin de laisser accroire que ce qui est vain, en raison même de la structure subjective, ils le font pour eux et leurs semblables, qui ne doivent en aucun cas douter de leur force intellectuelle, ni de leur générosité. Leur vœu et leur volonté de se sacrifier pour mettre en défaut le sujet, et partant le désir, passionnent et séduisent les foules. Leur mise en question équivaut alors à une défiance, qui trahit l’incompétence et la malhonnêteté de ceux qui ont l’outrecuidance de la fomenter pour les persécuter injustement. C’est pourquoi il faut que tous les pouvoirs leur soient acquis, afin qu’ils puissent être protégés par des lois « sur mesure », et mener à bien leur entreprise, en veillant à écarter –par une surveillance de tous les instants- tous ceux qui leur nuisent, eux, mais surtout ceux et celles pour le bien de qui ils se sacrifient. A défaut de s’accaparer le pouvoir et tous ses leviers, il faut qu’ils aient l’appui des instances actuelles, qui partagent leur conception de l’individu et de sa paranoïa exponentielle, dont le fondement occulté par la forclusion, reste le « manque à être » en tant qu’il est et restera réfractaire à toute leur panoplie de domptage et de dressage, fût-elle hyper sophistiquée. Leur totalitarisme et ses dérives fascistes apparaissent au grand jour lorsque leur conception générale de l’homme est battue en brèche quant à ses fondements principaux. « Démocrates », ils ne tolèrent en fait que les modifications superficielles et cosmétiques qui préservent le fond (s) de leur théorie en le dissimulant aussi efficacement que possible. C’est à ce niveau que se concentre leur pragmatisme réformateur ! Leur médiocrité intellectuelle, qui correspond à la mise en place hégémonique d’une conception bilatère, exclusive de son fondement signifiant (à savoir l’unilatère, corrélatif du UN relevant de l’unarité et non de l’unité abstraite. Cet UN est la marque de l’altération de l’entité moïque par l’Autre, qui l’ampute de sa complétude imaginaire, et l’enrichit de possibilités diverses de modalités existentielles), est élevée au rang d’un paradigme de la morale et de la bienfaisance. Le consentement et l’adhésion plus ou moins massifs à cette idéologie, censée renforcer la tendance paranoïaque générale, se heurte cependant aux méfaits qu’elle produit notamment sur le plan économique : elle ne peut pas masquer longtemps les conditions de vie de plus en plus difficiles d’un grand nombre de familles et de personnes isolées. Ces difficultés de plus en plus grandissantes et de plus en plus dramatiques vont être imputées à la pandémie, qui va à terme se transformer, pour eux, en « tunique de Nessus ». Face aux graves conséquences de cette épidémie, les appels au sacrifice de ceux et celles qui « triment » et « trinquent » sous le joug du néo-libéralisme, vont de nouveau être multipliés, avec le recours culpabilisateur à la morale et aux bons sentiments – mis au service du sauvetage d’un mode de production de plus en plus inique et meurtrier, qui sera présenté par les pervers les plus cyniques, comme le rempart idéal qui a su limiter les effets catastrophiques de la pandémie. Ces pervers auront le « culot » de s’accaparer le mérite de ceux et celles qui se sont retrouvés aux premières loges, et ont pâti –au risque de leur vie- de l’impéritie de la gestion, menée de main de maître par des « experts », aux compétences labellisées par de grandes écoles, auxquels on ne peut rien reprocher tant cette crise sanitaire est inédite, inconcevable, et le demeure encore. Ce caractère si particulier de cette crise sanitaire rend caduque et vaine toute critique, puisque rien ne pouvait lui être opposé comme réponse adéquate et conséquente. Ce fatalisme « disculpateur » va faire d’autant plus flores que les « cordons de la bourse » vont se délier pour « épater » les pauvres gens, et regarnir surtout les caisses des plus nantis, au détriment de ceux qui ont souffert et vont continuer de souffrir, en se contentant des déplorations compatissantes et de l’inflation compassionnelle de « larmes de crocodile », qui accompagnent une solidarité de pacotille, parée de paillettes pour faire avaler les « miettes » généreusement octroyées.

Le fatalisme désespérant face à la pandémie, a été avalisé et justifié par l’aréopage de sommités médicales spécialisées, dont les divergences d’approche ont éclaté au grand jour. Certaines conceptions se sont explicitement mises au service d’objectifs politiques et idéologiques, faisant voler en éclats la prétendue neutralité scientifique (cf. le rapport d’audition du Pr Didier RAOULT par le Sénat, le 08/05/20).

Face à la mascarade politico-scientifique à laquelle on vient d’assister, il n’est pas besoin de rivaliser en bravades, plus ou moins hystériques. Subvertir des idéologies dominantes en déconstruisant l’impensé (lié à l’insu relatif au refoulement secondaire et distinct de l’insu radical, relatif au vide constitutif de tout savoir) qui les marque, et qui arrange quantité de personnes, en entretenant leurs illusions de complétude, est autrement plus difficile, surtout lorsque le discours analytique lui-même, censé y conduire, finit par se laisser contaminer par sa domination, au point de le soutenir plus ou moins explicitement.

Il s’agit de mettre au travail le paradoxe contenu dans tout acte de bravoure qui, en même temps qu’il répond et propose de réparer une injustice, peut rester emprisonné dans une conception univoque, privilégiant l’infatuation moïque, laquelle empêche par là même l’avènement de la subjectivité, alors que l’occasion lui est propice et favorable pour la mettre en valeur Ainsi, combien de situations historiques ont été gâchées et perdues pour cette raison essentielle ! Je pense aux peuples qui se sont libérés des jougs coloniaux, et qui ont complètement raté leurs indépendances, en se laissant enfermer dans de nouvelles prisons, créées par leurs propres dirigeants, successeurs de leurs anciens geôliers, et tout aussi cruels, quand il faut imposer la censure et l’ostracisme à l’endroit de ceux et de celles qui ont à redire pour défendre leurs points de vue. C’est le cas aussi de certains résistants français qui, après avoir lutté contre les tortionnaires nazis, n’ont pas hésité à le devenir à leur tour en Algérie, où le jour même de la capitulation de l’Allemagne nazie ( 8 Mai 1945), des milliers d’Algériens ont été massacrés par des soldats et des milices de colons, sous prétexte qu’ils transgressaient l’ordre colonial en manifestant avec des drapeaux algériens. A ce type d’ignominie, s’ajoute celle des armées américaines, enblématiques de la libération de l’Europe , dans lesquelles le racisme et la ségrégation envers les soldats noirs, étaient institués. Aussi, tout ce qui tend à faire du nazisme une idéologie, « extraterritoriale », radicalement étrangère à la « civilisation européenne », n’ayant absolument rien à voir avec elle, est une conjuration de type magique, qui ne résiste pas à l’analyse, comme le montre d’ailleurs Johann CHAPOUTOT dans « La révolution culturelle nazie ». Le nazisme ne relève, à mon sens ni de « l’indicible », ni de l ‘ « innommable », ou d’autres fadaises obscurantistes, comme aiment à le répéter certains idéologues qui voudraient l’éloigner d’eux, et ne lui trouver aucune explication rationnelle, le reléguant ainsi à une sorte d’« étrangeté » radicale, alors qu’il procède de la mutation des rapports sociaux, dominés par l’exploitation capitaliste, déjà caractérisée par le colonialisme et son prolongement impérialiste, et mu par le fanatisme de la spoliation, du pillage et de l’appropriation de plus en plus massive de la plus value, dont la familiarité est proportionnelle à son refoulement. Ce refoulement aide et conduit à réduire en esclavage des populations entières. Il participe à donner la mort à tous ceux qui ne sont pas considérés comme dignes de vivre, surtout s’ils rappellent à ceux qui refusent catégoriquement de le savoir, qu’ils partagent malgré tout , avec eux, cette précieuse négation, qui fonde le sujet.

Amîn HADJ-MOURI

20/05/20

 

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